Expo : les matériaux de construction, un patrimoine francilien négligé

Expo : les matériaux de construction, un patrimoine francilien négligéRessources, une exposition présente sur les murs du Pavillon de l’Arsenal, à Paris, jusqu’au 29 mai 2022. Crédit photo : ©11h45.

La pierre, le bois, le gypse, la terre… Les matériaux de construction utilisés sur les chantiers franciliens viennent souvent du bout du monde. L’Ile-

Jean Rebuffel « à l’écoute des promoteurs et des maires »
Le bâtiment alerte sur « les concurrences déloyales »
L’uniformisation des villes est-elle inéluctable ?

La pierre, le bois, le gypse, la terre… Les matériaux de construction utilisés sur les chantiers franciliens viennent souvent du bout du monde. L’Ile-de-France les produit pourtant, et les filières qui les exploitent sont porteuses de savoir-faire anciens. Une exposition au Pavillon de l’Arsenal en dresse un inventaire passionnant.

On les a sous les yeux depuis si longtemps qu’on en oublie de les remarquer. C’est le grès de Fontainebleau, qui a pavé bon nombre de rues parisiennes. C’est le calcaire de l’Oise, et il a formé tous les blocs des immeubles haussmanniens. C’est le gypse de Seine-Saint-Denis, et il enduit pour mieux les protéger toutes les parois des constructions, intérieures ou extérieures : on le connaît mieux sous le nom de plâtre. Ce sont enfin les essences des forêts franciliennes : elles supportent les toitures en charpente, soutiennent les parois et les vitres en menuiserie, décorent les murs sous forme de lambris. Les ressources qui ont servi à construire Paris sont toujours là, tout près de nous. Ce sont elles que met en valeur une sobre mais passionnante exposition, intitulée Ressources, actuellement visible au Pavillon de l’Arsenal.

L’exposition nous montre aussi bien des matières brutes, issues des roches, carrières et forêts, que des objets qui témoignent du travail qui les transforme. Sites, ressources naturelles et savoir-faire donnent ensuite naissance à des filières qui mettent les matériaux de construction à la disposition du bâtiment. Le tout se trouve dans un rayon de 99 km autour de Paris.

Particularité de cette exposition, les deux commissaires, l’architecte Timothée Gauvin et le vidéaste Antoine Plouzen Morvan, ont choisi le film pour présenter les métiers qui, de la grume à la poutre, du bloc au moellon, de la poudre à la plaque, transforment la matière première. Quatre projections très spectaculaires autant que pédagogiques présentent ainsi quatre filières franciliennes -la terre, la pierre, le plâtre et le bois- qui transforment la matière en matériau.

Du bloc au moellon, de la grume à la poutre

Certaines sont restées très artisanales, faisant intervenir des outils que les ouvriers des siècles passés ne désavoueraient pas, d’autres sont passées à l’industrie. Leur point commun : elles sont souvent très méconnues, et parfois même mises à l’écart. La mondialisation est passée par là, et sur les chantiers franciliens, les matériaux viennent le plus souvent du bout du monde.

“Vendus sur catalogue, emballés, étiquetés, ils nous affranchissent de leurs origines, nous font oublier leur nature, les moyens mis en oeuvre pour les fabriquer. Ce faisant, ils perdent leur valeur et l’architecture oublie sa géographie”, déplorent les commissaires de l’exposition.

Ainsi en va-t-il du grès francilien, extrait à Fontainebleau ; progressivement remplacé par les granits bretons, puis asiatiques, il n’est plus guère exploité aujourd’hui, et ne sert plus qu’aux  réhabilitations historiques les plus prestigieuses. Le calcaire du Lutétien, présent dans d’autres carrières -dix exploitations sont encore en activité dans l’Oise-, permettrait, selon une étude conduite en 2018, si on l’utilisait à plein, de produire quelque 9000 logements en pierre massive chaque année. Mais l’histoire ne dit pas à quel prix ils seraient vendus…

L’Ile-de-France est également très riche en forêt : elle représente, entre espaces publics et privés, quelque 22% du territoire. Pourtant, l’entreprise Roeser, qui réalise sur mesure planches et poutres pour ses clients charpentiers, essentiellement en chêne, est la dernière scierie en activité.

Exposition Ressources - Pavillon de l'Arsenal

Il en va tout autrement du gypse, très présent dans le sous-sol francilien et toujours très utilisé : tout le monde connaît les fameuses carrières, souterraines ou à ciel ouvert, exploitées depuis des siècles. Le bassin parisien concentre près des deux tiers des gisements français, et produit industriellement un plâtre massivement utilisé dans la construction, essentiellement sous forme de plaques. C’est dans le massif de Montmorency que l’on trouve les carrières souterraines les plus grandes d’Europe.

L’exposition fait ensuite sa place à la terre, matériau universel de construction. Depuis 1856, ce sont les briqueteries de Sommereux et de Wulf d’Allonne qui utilisent les sous-sols argileux du bassin parisien pour produire enduits, pavages, tuiles et briques.

Un inventaire raisonné des matériaux de construction franciliens qui est aussi une forme de reconnaissance d’un patrimoine matériel et immatériel très ancien et pourtant méconnu. Le nouvel engouement pour la proximité, et les coûts désormais accrus de l’énergie et des transports pourraient-ils redonner des lettres de noblesse à ces matériaux traditionnels, voire réussir à les réintroduire sur les chantiers franciliens ?  Peut-être, à long terme… Redécouvrir ce patrimoine séculaire, le temps d’une expo, constitue d’ores et déjà une promenade fascinante.

A lire sur le même sujet :

Des maisons expérimentales appliquent le « bas carbone » depuis 100 ans

« Terre et ville », thème à l’honneur de la biennale d’architecture et de paysage de la Région