Philippe Gallois réinvente l’entrepôt logistique

Philippe Gallois réinvente l’entrepôt logistique ©Emmanuel Nguyen Ngoc.

Philippe Gallois fait partie des architectes français qui ont réinventé l’immobilier logistique. Les anciennes « boîtes à chaussures » sont au

Des maisons expérimentales appliquent le « bas carbone » depuis 100 ans
Danse, écologie, collectif : l’architecture autrement au Studio Sanna Baldé
« Metal 57 » : seconde vie pour les anciens ateliers industriels de Renault

Philippe Gallois fait partie des architectes français qui ont réinventé l’immobilier logistique. Les anciennes « boîtes à chaussures » sont aujourd’hui des bâtiments plus complexes du point de vue architectural et plus complets en termes d’usage.

Monsieur Logistique ». Ce surnom, Philippe Gallois l’entend depuis plus de 35 ans maintenant. Au début de sa carrière dans les années 1980, l’architecte a fait le choix de l’immobilier logistique. Sa marque de fabrique : l’optimisation du taux de remplissage des camions, la mixité des fonctions et la sobriété énergétique. Des compétences que l’architecte a affinées au fil des ans. « Nous ne sommes pas nombreux en France, peut-être deux ou trois, à faire autant d’immobilier logistique », indique-t-il. Cet attrait pour la conception industrielle est ancré en lui depuis l’enfance. Son père possédait une usine de caoutchouc dans laquelle des ingénieurs dessinaient des moules pour chaussures.

« Au lieu d’aller jouer au football avec mes amis les mercredis, j’allais dessiner avec les salariés » – Philippe Gallois.

À 13 ans, il annonce à ses parents qu’il a trouvé sa voie : l’architecture. Plus tard, il intègre l’Unité pédagogique d’architecture n°7 (UP7) au Grand Palais (école aujourd’hui installée à Marne-la-Vallée). C’est là qu’il rencontre Dominique Lantez, autre professionnel de la planche à dessin, avec lequel il s’associera pendant 40 ans, jusqu’au départ à la retraite de ce dernier.

Après son diplôme, Philippe Gallois s’installe deux ans à Fez, au Maroc, où il enseigne les mathématiques et le dessin d’architecture. À son retour à Paris, il décide de créer sa propre structure, dans le 5e arrondissement, avec Dominique Lantez. L’agence SAGL ouvre ses portes en 1986. « Dominique avait un vrai don pour le dessin, on avait toujours de beaux projets à montrer. Moi, j’étais davantage sur le terrain à jouer au commerçant auprès des promoteurs que je rencontrais », raconte Philippe Gallois.

Un interlocuteur unique

Logements, lotissements, maisons en Tanzanie ou à Marrakech, rénovation de salles de spectacle comme le Moulin Rouge à Paris, etc. Durant leurs premières années d’activité, les associés touchent à tout. Mais Philippe Gallois se heurte aux difficultés de la conception de logements. À Melun, il conçoit une opération de 25 logements pour 25 propriétaires. Une affaire complexe… Il enchaîne alors sur la rénovation de friches industrielles, des opérations sur des parcs d’activités, notamment Gustave Eiffel au Blanc-Mesnil (93) ou encore pour les papiers peints Leroy à Saint-Fargeau Ponthierry (77). « Contrairement aux programmes résidentiels, je faisais là de la maîtrise d’œuvre complète, depuis le permis de construire jusqu’à la livraison, avec un interlocuteur unique », rappelle Philippe Gallois Convaincu par cette expérience, le promoteur Pitch Promotion (son plus ancien client) lui propose de créer une plateforme logistique de 7 000 mètres carrés. Un gros projet à l’époque. L’architecte s’est perfectionné depuis, en concevant des projets toujours plus imposants, plus dessinés, plus techniques et plus coûteux.

« Il y a 30 ans, en logistique, on faisait 5 % de projets intéressants et 95 % de projets passe-partout. Aujourd’hui, c’est l’inverse » – Philippe Gallois.

Projet Green Dock à Gennevilliers par A26 Architectures

Fin 2024, le projet Green Dock, composé de 16 cellules de stockage de 5 000 mètres carrés chacune, devrait voir le jour sur le port de Gennevilliers. ©A26 Architectures.

Philippe Gallois passe ainsi de bâtiments à l’apparence de simples « boîtes à chaussures », souvent implantés aux marges de la région Île-de-France, à des conceptions plus complexes. Les souterrains, les niveaux supérieurs et les toitures accueillent de multiples fonctions : espaces de stationnement, stockage, bureaux, équipements publics, agriculture urbaine, etc. Objectif : répondre à un maximum de besoins en ville. Si les usages évoluent, l’implantation géographique aussi. La logistique n’est plus réservée qu’aux seuls territoires péri-urbains. Elle s’invite de plus en plus en zone dense, dans des villes aussi dynamiques que Paris ou le quartier d’affaires de La Défense.

11 associés

L’agence SAGL se développe et atteint une quarantaine de salariés. Mais, au début des années 2000, Philippe Gallois est soucieux. « J’étais persuadé que les petites et moyennes agences comme la mienne allaient disparaître au profit des plus grosses. J’ai commencé à réfléchir à la création d’une agence pluridisciplinaire à l’anglo-saxonne », explique-t-il. Lors d’un voyage au Brésil avec des confrères, il partage sa vision. Plusieurs professionnels le rejoignent alors et ils fondent ensemble, en 2012, A26 Architectures, un regroupement d’agences dirigées aujourd’hui par 11 associés et composées de 180 salariés. Cette association de compétences comporte plusieurs avantages, notamment la mutualisation de certains postes et le traitement des candidatures pour les concours d’architecture.

« Comme chacun maîtrise un domaine en particulier, nous avons la capacité de concourir pour des projets plus importants qui pèsent des dizaines de millions d’euros, voire plus » – Philippe Gallois, aujourd’hui directeur général de A26 Architectures.

Chapelle International - Paris

L’hôtel logistique de Chapelle International, avec vue sur rue et toiture agricole. ©A26 Architectures.

Avec un budget de 62 millions d’euros de travaux, l’hôtel logistique Chapelle International fait partie des plus gros projets de l’agence mais aussi des plus emblématiques en termes d’implantation logistique en zone dense. Commandé par la Ville de Paris et l’entreprise Sogaris, spécialisée en immobilier logistique, ce bâtiment – 37 000 mètres carrés de surface de plancher, 400 mètres de longueur, sur 4 niveaux – livré en 2019 a été construit à quelques mètres des voies ferrées de la gare du Nord, dans un nouveau quartier d’habitation. En plus d’être multi-usages (terminal ferroviaire, bureaux, commerces, restaurant, pôle de formation, parking, terrains sportifs et agriculture urbaine en toiture, etc.), le projet a su relever le défi de l’insertion urbaine. Vu de l’extérieur, rien ne laisse présager que des activités logistiques sont logées à l’intérieur du bâtiment.

Avec son équipe, Philippe Gallois totalise 2 500 projets de toute envergure. Et depuis le début de sa carrière, il a réalisé entre 4 et 5 millions de mètres carrés d’immobilier logistique, un secteur qui semble avoir de beaux jours devant lui.

Retrouvez l’intégralité du portrait dans le 35ème numéro d’Objectif Grand Paris.

A lire sur le même sujet :

Logistique compétitive et durable : ça coince en Ile-de-France

La Défense troque ses parkings contre des espaces logistiques

« Sogaris réintègre la logistique en ville »

La MGP présente les actions de son projet de Pacte pour une logistique métropolitaine