Paris fait le buzzzzzzzz

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La vie est belle, pour les abeilles parisiennes. Entre plan municipal et initiatives citoyennes, les butineuses auraient-elles trouvé en la capitale f

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La vie est belle, pour les abeilles parisiennes. Entre plan municipal et initiatives citoyennes, les butineuses auraient-elles trouvé en la capitale française la ruche idéale ?

C’est le New York Times qui l’affirme : Paris serait désormais la ville la plus « bee-friendly » au monde, autrement dit, la métropole la plus agréable pour les abeilles. Selon le grand quotidien américain, la capitale française se serait en effet transformée en quelques années en paradis pour butineuses. Rêve ou réalité ? Contrairement aux idées reçues, la ville, aux yeux d’un insecte, surpasserait désormais la campagne en termes d’intérêt : celle-ci, vaste étendue de champs souvent en monoculture, serait en effet frappée par une hausse de mortalité record des mouches à miel, exterminées par les pesticides. Paris, à l’instar d’autres grandes agglomérations, constituerait dès lors un terrain sans danger, à la biodiversité importante, et non arrosée de produits chimiques.

Si, à Paris, l’apiculture constitue une tradition ancienne – en 1856, la première société d’apiculture urbaine pose ses ruches en plein cœur du jardin du Luxembourg – , la Ville Lumière restera pourtant longtemps à la traîne derrière les pays nordiques, toujours en tête lorsqu’il est question d’environnement et de qualité de vie. Ainsi, les villes scandinaves, à l’image de Copenhague au Danemark, expérimentent la récolte de miel en territoire urbain depuis cinq ans déjà. Intitulé City Bee, autrement dit « abeille des villes » – et Biby en danois –, le programme, lancé sur les toits de l’Agence européenne de l’environnement, mêle apiculture et chantier d’insertion, pour 3 millions d’insectes hébergés dans la ville de la Petite Sirène.

L’abeille des villes choyée, l’abeille des champs oubliée ?

En France, l’initiative sera d’abord artistique : rassemblé autour d’Olivier Darné, plasticien et éleveur d’abeilles urbaines, le Parti Poétique, collectif piqué d’art et d’écologie, essaime depuis plus d’une décennie ses installations innovantes sur le territoire francilien. Rucher expérimental sur le toit de la mairie de Saint-Denis, mobilier de « pollinisation de la ville » sur les trottoirs d’Aubervilliers ou encore « Bee-Box », ruche suspendue pour arbre à miel urbain à Paris, ses dispositifs fleurissent, bientôt rattrapés par la mode de l’apiculture urbaine. Du Parti Communiste à l’Opéra en passant par France Télécom, le Grand Paris compte aujourd’hui près de 700 ruches. En 2016, alors que le matériel apicole se retrouve désormais même dans les rayons de jardinerie, la maire de Paris, Anne Hidalgo, enfonce le clou en lançant son plan « Ruches et pollinisateurs », quatre axes et douze actions, pour finir de faire de Paris une ville vrombissante.

Pour Olivier Darné, basé depuis vingt ans à Saint-Denis, à trop parler de cette abeille parisienne choyée, on aurait tendance à en oublier ses consœurs. Ainsi, le jingle optimiste, qui pourrait être « Paris, ville aux abeilles », masquerait en effet une bien plus inquiétante musique : « En peu de temps, l’abeille, ou du moins l’abeille des villes, est devenue un emblème communicationnel, éminemment politique, qu’il s’agisse des collectivités ou des entreprises, analyse Olivier Darné. Au final, les ruches urbaines en font oublier le drame de l’abeille et des apiculteurs des campagnes. Ce sont eux les plus nombreux mais qui affrontent, sans bruit et dans le silence de la presse leur plus mauvaise récolte depuis soixante ans. » L’enfer, de l’autre côté du périph’ ?

Légende : Depuis 2009, Olivier Darné et le Parti poétique ont installé leur Banque de reines à Saint-Denis. Crédit : Olivier Darné.

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