Vitry fait dans la dentelle urbaine

Vitry fait dans la dentelle urbaine

Logement, emploi, aménagement urbain : Vitry-sur-Seine saisit l’opportunité de l’intervention de l’ANRU et de l’arrivée de nouveaux transports pour fa

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Logement, emploi, aménagement urbain : Vitry-sur-Seine saisit l’opportunité de l’intervention de l’ANRU et de l’arrivée de nouveaux transports pour faire évoluer son organisation urbaine.

De la cité Balzac à la mixité

Cité Balzac, Vitry-sur-Seine… Qui eut cru qu’un quartier de tours et de barres, datant des années 1960, dégradé, enclavé et partiellement vide, aurait participé à la métamorphose  de toute une ville ? C’est pourtant ce qu’il s’est passé dans la commune val-de-marnaise. Depuis 2005, cette ville de 88 000 habitants s’est donnée pour premier objectif d’ouvrir ce quartier d’habitat social en proie à l’exclusion sur le reste de la ville. L’occasion pour elle de changer de visage et de miser sur la mixité. Les financements de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine – ANRU (57 millions d’euros) et des bailleurs sociaux (93 millions d’euros) y ont tout juste suffit. Création de nouvelles voies de circulation, notamment jusqu’à l’artère principale de la ville qu’est la RD 5, ouverture de nouveaux équipements, installation de commerces… Le désenclavement de la cité Balzac se poursuivra ainsi jusqu’en 2016.

Autre intervention majeure sur ce site, véritable point de fixation des difficultés sociales de la commune : la destruction de trois tours comprenant 660 logements sociaux. Ceux-ci ne disparaissent pas, en vertu de la politique de la commune, qui veut reconstruire deux logements pour un détruit. Ainsi, 1 300 habitations sont en cours de construction sur l’ensemble de la ville, qui espère atteindre les 40 % de logements sociaux.

À commencer par les quartiers proches des réseaux de transport. Non loin de la gare de Vitry-sur-Seine du RER C se trouve le quartier du Port-à-l’Anglais. Résidentiel, ce secteur est aussi situé à proximité d’anciens terrains ayant anciennement accueilli des ateliers de fabrication. En friche il y a quelques années encore, cet espace doit son renouveau à la réimplantation des logements Balzac. Depuis fin 2011, il accueille 350 logements, dont une centaine en provenance de l’ancienne cité. Plus de 200 sont encore attendus. Les logements construits en remplacement des destructions opérées dans la cité se sont également implantés le long de la RD 5. La ZAC Concorde Stalingrad, située au nord de la ville, est un nouveau quartier qui livrera jusqu’à 880 logements d’ici fin 2015, dont la moitié de sociaux.

Plus au sud de la route départementale, la ZAC Rouget-de-Lisle profite du foncier disponible pour accueillir 870 logements dès 2016. Même politique sociale : une bonne partie d’entre eux feront partie du parc HLM. Pour ouvrir le secteur à l’emploi, 65 000 mètres carrés de locaux d’activités ont été programmés. « L’effet Balzac » se poursuit également à la frontière de la commune de Villejuif. Près de 400 logements, dont la moitié de sociaux, sont en cours d’achèvement sur la ZAC multi-sites. Pas toujours facile pour des habitants de voir leur quartier se transformer et se densifier avec la construction de centaines logements supplémentaires. Des compromis ont été de rigueur : au lieu de 400 logements, le quartier pavillonnaire des Coteaux en a reçu 200.

De l’industrie au tertiaire

À Vitry-sur-Seine, le renouveau passe aussi par l’économique. La ville veut se doter d’activités de services, à la fois pour rompre avec l’effet « cité dortoir » et pour booster ce secteur sous-représenté dans la commune. « La ville compte 27 000 emplois alors que la population atteint 88 000 habitants. Un ajustement s’impose… », explique Sandrine Gely, directrice de l’aménagement à Vitry-sur-Seine.

Malgré sa proximité avec Paris, Vitry-sur-Seine a du mal à attirer les entreprises du secteur tertiaire. La ville dispose certes de deux gares du RER C mais le nombre de trains fait défaut. « Le RER C est mal doté en termes de trains. De plus, la desserte s’est dégradée aux heures de pointe depuis l’incendie du poste d’aiguillage de Vitry il y a un an », explique Bertrand Lecomte, directeur adjoint de la voirie en charge des infrastructures à la mairie de Vitry-sur-Seine. Aujourd’hui, il faut compter quatre passages par heure en moyenne, contre huit avant l’incendie. Autre obstacle à la venue de nouvelles entreprises : le manque d’immobilier tertiaire. La ville mise aujourd’hui sur le projet de réaménagement des Ardoines, un secteur à vocation industrielle qui veut diversifier son offre et accueillir un pôle tertiaire. Parmi les entreprises qui ouvrent la marche, le groupe Casino, qui s’est installé dans le quartier du Port à L’Anglais avec 1 400 salariés en 2015.

L’attractivité passant aussi par l’éducation, la ville souhaite devenir un haut lieu de la formation et de la recherche tournées vers les métiers du bâtiment. Un éco-campus sera ainsi créé à proximité du parc des Lilas. Le terrain regroupe déjà un collège, un lycée, un Institut universitaire de technologie (IUT). D’autres offres de formation en lien avec l’éco-construction et l’éco-rénovation seront proposées. De quoi attirer des entreprises innovantes qui bénéficieront de locaux adaptés et de laboratoires. « Les perspectives sont énormes : celles du Grand Paris (…) couplées à celles des lois Grenelle vont impacter le secteur du bâtiment. Pour 2020, on estime à 16 000 le nombre d’emplois supplémentaires nécessaires dans les travaux publics », déclarait, en mars 2015, Patrick Aimon, président de  la Fédération française du bâtiment (FFB) Grand Paris. L’emplacement n’a pas été choisi au hasard. Le tramway T7 passe à quelques mètres des lieux, tout comme la ligne 7 du métro, facilitant ainsi les déplacements des futurs habitants et étudiants. Ces atouts n’ont pas échappé à l’entreprise Free, qui a installé un centre d’appel proposant 400 emplois en 2012.

De la route RD5 à une nouvelle centralité

Demandez à un Vitriot où se trouve le centre-ville. Il ne saura pas vous répondre avec certitude. Vitry-sur-Seine en est actuellement dépourvu. La ville y travaille à l’aide du Programme national de renouvellement urbain (PNRU), grâce auquel elle espère donner une centralité nouvelle à la place du marché et à celle de l’église. Mais pour le moment, s’il est un axe très fréquenté par les habitants, c’est la RD 5. Longue de presque quatre kilomètres, l’avenue est encore très minérale et peu accueillante. « La RD 5 est un axe historique et structurant de la ville. Près d’un quart de la population y vit, c’est pourquoi nous cherchons à la requalifier dans différents projets », explique Sandrine Gély. S’il est difficile d’y faire quelques virées shopping faute d’offres de commerces et de restauration variées, on y retrouve les principaux bâtiments administratifs comme la mairie, le commissariat et des équipements culturels. Les atouts existent, encore faut-il les révéler. La ville mise cette fois sur le tramway T9, attendu d’ici 2020, le long de RD 5. Il devrait contribuer au développement d’une nouvelle offre de services et permettre ainsi l’essor des nouveaux quartiers.

Mais avant, il faudra passer par quelques années de travaux… La ville, après avoir également investi 24,4 millions d’euros aux côtés de l’ANRU sur la démolition-reconstruction des logements de la cité Balzac, devra à nouveau revoir son budget chantier à la hausse. En plus des travaux pour l’accueil du tramway T9, elle devra se préparer à la construction de la nouvelle gare de la ligne 15 du Grand Paris Express, qui sera située à proximité immédiate de la mairie. Les automobilistes devront s’armer de patience : « Nous allons commencer par les travaux d’aménagement des routes sur lesquelles circulent les lignes principales de bus du réseau avant que s’engagent les gros chantiers du tramway T9 et de la ligne 15. Cela nous demandera un long travail de coordination sur l’ensemble de la ville pour que les axes ne soient pas tous saturés en même temps », indique Bertrand Lecomte.

Pour compenser ce rythme effréné des constructions neuves, la ville préserve ses espaces verts. Le parc des Lilas et ses 34 hectares se verront connecter aux quartiers résidentiels alentour grâce à la création de nouvelles voies et entrées. La commune se dote également de nouveaux aménagements paysagers. La ZAC Rouget-de-Lisle, construite sur un terrain pentu, verra se transformer cette contrainte en atout paysager. L’architecte Carmen Santana proposera des éco-connecteurs : des espaces plantés qui permettront d’aérer le nouveau quartier, notamment à l’aide de lieux de promenade, et de créer des points de vue. Dans le quartier des Coteaux, l’équilibre ville-nature passe déjà par la création de vergers et de jardins familiaux.

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