La tour de la Biodiversité : combiné gagnant entre nature et architecture ?

La tour de la Biodiversité : combiné gagnant entre nature et architecture ?

Dans le 13e arrondissement, la tour M6B2, surnommée tour de la Biodiversité, réconcilie la verdure et le bâti. Une idée originale développée et racont

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Dans le 13e arrondissement, la tour M6B2, surnommée tour de la Biodiversité, réconcilie la verdure et le bâti. Une idée originale développée et racontée par l’architecte Édouard François, fervent défenseur de la grande hauteur urbaine.

D’où vient votre intérêt pour les tours ?

En tant qu’architecte français, j’ai longtemps pensé que la hauteur ne serait pas un sujet : elle était devenue tabou dans le Grand Paris et, sans un input, celui de la densification des villes, il n’en aurait sans doute jamais été question dans la Capitale. La hauteur pour tous, livre que j’ai écrit en 2014, raconte comment j’en suis venu à l’aborder. C’est aussi le roman vrai de mon parcours résidentiel. J’habitais à Saint-Germain-des-Prés et je me suis dit que j’allais déménager dans une tour : je vis donc aujourd’hui au dernier étage d’une barre. Depuis, je bâtis des tours partout, à Moscou 130 mètres, à Bombay, 50 mètres, à Sao Paulo, 230 mètres, c’est dire si la question m’est devenue familière !

Quel est le concept de la  tour de la Biodiversité, pourquoi ce nom?

C’est un immeuble de 60 mètres que je construis actuellement avec Paris Habitat. La question à la base de cette tour, je la tiens de la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui m’avait contacté avec cette demande : « J’aimerais que les Parisiens aiment la hauteur. » C’était en effet la première tour de Paris construite depuis longtemps, il fallait donc y mettre des « extra-ingrédients » pour que les habitants l’apprécient.  En 2010, année de la biodiversité, je me suis donc dit que j’allais croiser ce mot, cette idée, avec celle d’une sommité verte, dont l’émergence serait un Mont Valérien dans le paysage francilien. Un très gros arbre, en quelque sorte. Dessus, nous allons faire pousser des plantes sauvages, suffisamment rustiques pour résister à ces grandes hauteurs, et l’immeuble sera revêtu de titane électrisé, un métal de la couleur exacte de la mousse. C’est un matériau à forte valeur, recyclable, je suis donc sûr qu’il sera réutilisé, c’est un stockage temporaire d’un matériau indispensable à l’aéronautique française (rires). Enfin, sur le toit, il y a un héliport à oiseaux, une épaisseur de 1,80 mètre de terre, pour un jardin exclusivement dédié à l’avifaune, qui reconstitue un corridor écologique à un endroit où il se trouve en piteux état. Le paradoxe de la tour, c’est qu’elle doit être dense, mais c’est la pire insulte dont on puisse se faire taxer lorsque l’on construit un immeuble. Le végétal permet d’effacer cet aspect !

On parle beaucoup des vues spectaculaires, rarement des premiers étages des tours. Quelle est votre solution ?

C’est en découpant un ananas que j’ai eu une révélation, la structure du fruit, avec des feuilles au sommet, m’ayant aidé à repenser la distribution des balcons : sur un principe très judéo-chrétien – les derniers seront les premiers –, dans mes projets, je donne aux habitants des étages les plus bas les terrasses les plus hautes : c’est cela la hauteur pour tous !

Crédit : Benoit Linero.

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