Saint-Germain-en-Laye : Prestige, forêt et grands projets

Saint-Germain-en-Laye : Prestige, forêt et grands projets

Ville natale de Louis XIV, territoire de chasse des Rois de France, Saint-Germain-en-Laye célèbre son passé mais prépare aussi son avenir. La ville am

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Ville natale de Louis XIV, territoire de chasse des Rois de France, Saint-Germain-en-Laye célèbre son passé mais prépare aussi son avenir. La ville aménage actuellement un écoquartier à l’orée de la forêt, embellit ses quartiers existants et – plus surprenant ! – travaille avec la commune mitoyenne d’Achères pour se lancer dans la logistique fluviale…

La ville de Saint-Germain-en-Laye est la plus chère des Yvelines, reconnaissent, non sans une certaine fierté, les Saint-Germanois. Sur le plateau, près du château et de la gare du RER A, située à 18 minutes de La Défense, les appartements se vendent autour de 6 000 euros le mètre carré. Les biens les plus prestigieux partent autour de 8 000 euros le mètre carré. C’est plus qu’à Versailles, autre ville royale, où Louis XIV est mort. Mais c’est à Saint-Germain-en-Laye que le Roi Soleil a vu le jour… Et c’est ici aussi que l’Otan a créé, en 1962, un lycée international. Et depuis, l’éclat conjugué de ces deux renommées continue de rayonner sur la ville…

De son passé prestigieux, Saint-Germain-en-Laye a gardé un bâti exceptionnel, de la richesse et des valeurs, mais aussi une surface boisée extraordinaire. Car les deux tiers du territoire de la commune sont constitués de forêt domaniale, gérée par l’Office national des forêts (ONF). Le territoire de chasse des Rois de France a été finalement plutôt bien préservé au cours des siècles, même si quelques enclaves ont été urbanisées il y a longtemps, notamment pour le ministère de la Défense, le fameux camp des Loges par exemple. Et ici plus qu’ailleurs, les arbres ont été respectés, y compris par les infrastructures, au point que lorsque l’A14 a été construite dans les années quatre-vingt-dix, l’échangeur prévu pour desservir l’ouest de la ville a été supprimé afin de préserver la forêt. Ici, les maires successifs ont toujours réussi à protéger leur ville contre les assauts des grands projets d’intérêt national.

Le grand pari du renouvellement

Mais pour tenir son rang et rester bien vivante, une ville, fut-elle royale, doit se développer, se moderniser, attirer des entreprises, construire des logements et renouveler sa population.

L’un des grands projets du maire, Emmanuel Lamy, réélu sans interruption depuis 1999, est de « faire de Saint-Germain une ville universitaire ». L’ouverture en 2014 du nouvel Institut d’études politiques (Sciences Po), fondé par les universités de Cergy-Pontoise et de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, marque un aboutissement de cette ambition. Il faut dire que Saint-Germain-en-Laye est déjà une ville riche d’enseignement avec 23 écoles, 8 collèges et 11 lycées publics et privés, dont le Lycée international (qui comprend 13 sections, parmi lesquelles le chinois depuis 2015). Cette ville de 42 000 habitants compte rien moins que 22 000 élèves dont 2 000 étudiants. Raison pour laquelle deux programmes de logements sociaux spécialement dédiés aux étudiants sont en cours de réalisation : l’un sur la Lisière Pereire (100 logements) l’autre dans l’ancienne maison de retraite de Bon Repos, pas très loin du Lycée international et de Science Po.

Les grands travaux de Saint-Germain

Saint-Germain-en-Laye mène actuellement plusieurs projets visant à développer la ville et à embellir ses quartiers. Le premier d’entre eux a été inauguré cet été : il s’agissait de très importants travaux de requalification de l’ex-place des Coteaux dans le quartier du Bel-Air. Cette opération a redonné aux lieux une allure plus contemporaine grâce à la suppression d’une dalle de béton et d’un centre commercial vétuste.

Le second grand projet, en cours d’aménagement celui-ci, c’est la Lisière Pereire, un quartier de logements et de bureaux réalisé sur la dernière emprise foncière libre de la commune, soit 9 hectares enchâssés dans la forêt et situés de part et d’autre de la Tangentielle Ouest (TGO), et qui sera bientôt reliée au centre-ville de Saint-Germain par un tram trainv ; 350 nouveaux logements y seront construits.

Car, dans un contexte où le foncier disponible est ici particulièrement rare, la ville manque de logements, raison pour laquelle elle mise également sur un troisième chantier, celui de l’hôpital. Situé au nord-ouest du centre-ville, en limite du secteur sauvegardé, le site de l’hôpital comprend des bâtiments remarquables, dont la chapelle inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Dans le cadre de la restructuration du Centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye (Chips), le site sera « compacté », ce qui permettra de libérer une partie du foncier pour élaborer un projet urbain. La municipalité – qui n’est pas maître d’ouvrage – souhaite ainsi lancer une opération de renouvellement urbain en cœur de ville et proposer une nouvelle offre de logements, d’activités et d’équipements structurants. À ce jour, l’étude de programmation est en cours.

Enfin, Saint-Germain souhaite aujourd’hui voguer vers de nouveaux horizons logistico-industriels avec un grand projet d’infrastructure portuaire multimodale (fleuve, rail et route), au nord de la ville, mené avec la commune mitoyenne d’Achères (puisque Saint-Germain n’a pas de contact avec la Seine). Objectif : accompagner, d’ici 2020, le développement des secteurs de la construction et des travaux publics dans le cadre du Grand Paris. À plus long terme, la deuxième phase de ce projet devrait être dédiée à la logistique longue distance et aux conteneurs, en lien avec le port du Havre.

Tous ces grands travaux vont bientôt créer de nouvelles polarités à Saint-Germain-en-Laye, qui était restée jusque-là resserrée sur son centre, autour du Château – qui abrite le musée national d’Archéologie – et de son quartier historique, classé secteur sauvegardé, « plus grand centre commercial à ciel ouvert de l’Île-de-France (hors Paris) ». Dans ces charmantes rues piétonnes ou semi-piétonnes, tout est d’une propreté exemplaire et agréable à l’œil : le dessin des rues historiques, le bâti, les façades, mais aussi les échappées sur le paysage, la voirie et les espaces publics. Ici, on respecte l’histoire des lieux. Aucune trace d’enseigne criarde ou démesurée, pas de tags ni de graffitis. Le maire tient à ce que la ville soit « bien tenue ». Et les habitants, comme les visiteurs, se conforment à ces valeurs.

Cette volonté est perceptible jusque dans les chantiers. Ainsi, dans le cadre de ses projets urbains, la municipalité travaille en régie directe sans faire appel ni à un aménageur ni à un assistant à la maîtrise d’ouvrage. « On veut être maître de notre destin, explique un cadre municipal. Nous voulons coacher les projets, les architectes, les promoteurs, les calendriers, les budgets et la méthode… »

Il en est de même pour les effectifs municipaux : 730 agents municipaux pour 42 000 habitants, « c’est 25 % de moins que la strate moyenne nationale », est-il précisé. À la mairie de Saint-Germain, on parle de «  gestion municipale au couteau »… Ici, le back office est en tension permanente, car les administrés sont très exigeants et protestent dès qu’un potelet est penché… Ce qui ne dure jamais longtemps…

Un « projet fou »… abandonné

Le 17 février 2015, l’État présentait son Plan de mobilisation pour le logement « visant à développer de nouveaux programmes urbains dans des communes attractives et bien desservies », via des opérations d’intérêt national (OIN). Le premier ministre, Manuel Valls, en donnait la liste et révélait qu’une OIN multisite était prévue sur le territoire de Saint-Germain-en-Laye, où l’État a la maîtrise foncière de terrains militaires (casernes du Camp des Loges, du village Hennemont et caserne Gallieni). Objectif du ministère : « Faciliter les cessions foncières des casernes afin d’accélérer la création de nouveaux quartiers urbains. » Le projet était même chiffré : l’État avait ainsi identifié quelque 80 hectares où construire environ 3 400 logements à l’horizon 2030. Qualifié par le maire de Saint-Germain-en-Laye de « projet fou », celui-ci a, depuis, été abandonné…

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