Paris-Londres : Brexit et tapis rouge…

Paris-Londres : Brexit et tapis rouge…

Un coût de l’immobilier plus bas qu’à Londres, une qualité de la vie souvent saluée, un environnement économique diversifié et des projets de transpor

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Un coût de l’immobilier plus bas qu’à Londres, une qualité de la vie souvent saluée, un environnement économique diversifié et des projets de transport ambitieux : Paris a des atouts à faire valoir pour tirer le meilleur parti du Brexit. À condition que Francfort, Dublin, Amsterdam ou Milan ne se révèlent pas plus séduisantes.  

Les décideurs politiques et les hommes d’affaires franciliens n’y sont pas allés par quatre chemins, dès les lendemains du Brexit : les Britanniques veulent quitter le navire européen ? Pas grave ! Et peut-être même plutôt positif, ont-ils susurré à mots – à peine – couverts.

Paris, éternelle rivale de Londres, et plus largement l’Île-de-France ne pourraient-elles, ne devraient-elles pas saisir l’occasion pour ouvrir grands leurs bras aux investisseurs étrangers ? Ne serait-ce pas enfin le moment de damer le pion à cette capitale britannique un peu trop audacieuse, un peu trop orgueilleuse à l’ombre des tours de sa City ? La première à ouvrir le bal des prétendants, si l’on peut dire, à cette manne tant espérée aura été Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France.

La présidente a ainsi lancé un « Welcome to Paris Region » aussi retentissant que possible, faisant écho au fameux « tapis rouge » que Boris Johnson, ancien maire de Londres, voulait déployer il y a quelques années sous les pieds des entrepreneurs français tentés de traverser la Manche…

Pierre Gattaz, président du Medef, aura été encore plus direct : « Nous devons faire » a-t-il affirmé début septembre « le marketing efficace et positif de la France. »

La conviction qui sous-tend ces prises de position est simple : les investisseurs, quel que soit leur pays d’origine, ont en commun l’horreur des incertitudes politiques et de l’instabilité législative et règlementaire. Or, la Grande-Bretagne, qui doit lancer un processus de négociation qui durera plusieurs années, entre, pour le moins que l’on puisse dire, dans l’inconnu. De quoi faire de la France, en comparaison, et même en phase pré-électorale, un îlot de stabilité… « C’est une vraie carte à jouer », explique Chiara Corazza, directeur général de Paris Île-de-France Capitale économique.

Reste à savoir s’y prendre…

Déployer un « marketing positif »

D’abord valoriser les atouts parisiens. La capitale française est régulièrement, dans les enquêtes réalisées auprès des chefs d’entreprise de toutes origines, classée aux tout premiers rangs des villes au sein desquelles il fait bon vivre. Cette image historiquement acquise reste largement reconnue, comme en témoigne le sondage réalisé par OpinionWay pour Paris Île-de-France Capitale économique et KPMG auprès de 500 investisseurs internationaux. « Mais cet atout, même s’il est utile, n’est pas au premier rang des préoccupations des chefs d’entreprise », note Chiara Corazza.

D’autres points forts comme par exemple le coût de l’immobilier pourraient être mieux valorisés, notamment en comparaison avec Londres. Car pendant que les tarifs de l’immobilier s’assagissaient au cours de ces dernières années à Paris, les prix bondissaient dans le Grand Londres. Aujourd’hui, le prix au mètre carré dans Paris intra-muros est d’environ 8 000 euros en moyenne, ce qui correspond aux quartiers les moins chers de Londres ! Dans les zones les plus huppées de Central London, dans le borough de Kensington & Chelsea par exemple, le prix moyen au mètre carré atteint 15 000 euros.

Un argument qui compte pour les entreprises dont les cadres doivent se loger à Londres, sachant en outre que la capitale britannique n’offre pas non plus les mêmes facilités que la France en termes d’accueil de l’enfance et de la petite enfance… Déjà, « une enquête de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Londres, conduite en fin 2015, a montré qu’un quart des entreprises londoniennes considéraient que le manque de logements rendait plus difficiles les recrutements », souligne Crocis, un observatoire de la CCI Paris Île-de-France.

En termes d’immobilier d’entreprise, l’Île-de-France a aussi « un parc de bureaux très performant », affirme Mickaël Le Priol, économiste au Crocis, « La Défense, qui a beaucoup évolué ces dernières années, est toute indiquée pour recevoir d’éventuelles candidates à l’installation en France. »

Une implantation géographique favorable

Autre atout du quotidien, le transport. Même si les Franciliens se plaignent souvent de leurs transports en commun, ils sont plutôt mieux lotis que ne le sont les Londoniens. Tramway, Autolib… De nouveaux moyens de transport ont fait leur apparition ces dernières années dans les rues parisiennes. Surtout, le Grand Paris Express offrira dans la décennie à venir 200 kilomètres de voies ferrées supplémentaires et 68 gares nouvelles aux Franciliens tandis que la ligne directe Roissy-Porte de la Chapelle, particulièrement importante pour les entreprises, est prévue pour 2023. À côté de ces projets, le Crossrail britannique en cours de réalisation fait presque pâle figure. En desservant 40 gares d’Ouest en Est sur une ligne radiale de 21 kilomètres, il ressemble davantage à un RER qu’au nouveau Grand Paris Express. « À partir de Paris, le réseau TGV proposé est unique en Europe et les hubs de Roissy et d’Orly mettent Paris à quelques heures de toutes les capitales européennes. Pour une entreprise qui veut rayonner sur le continent, l’emplacement parisien est tout à fait performant », poursuit Mickaël Le Priol.

D’une manière générale, l’économie de l’Île-de-France, très diversifiée, et le bassin d’emploi et de consommation de 12 millions d’habitants que l’on y trouve devraient également être attractifs pour des sociétés soucieuses de trouver une implantation du même niveau qu’à Londres.

De nouvelles mesures ont également été annoncées pour rendre la France plus attractive. Le premier ministre, Manuel Valls, a ainsi fait part de sa volonté d’améliorer l’accueil des talents étrangers aussi bien que des cadres français installés hors de France et en cours de rapatriement. Pour ces derniers, dits « impatriés », la durée pendant laquelle s’appliquent des exonérations fiscales partielles passera de cinq à huit ans.

Toujours pour faciliter l’installation des particuliers ou des entreprises, le premier ministre a évoqué un « guichet unique de l’information » qui pourrait renseigner les intéressés sur les dispositifs fiscaux les concernant. Une mesure de nature à faciliter l’installation et à réduire les éventuelles appréhensions. Le taux de l’impôt sur les sociétés, traditionnellement critiqué, sera progressivement ramené à 28 %. De nouvelles mesures à associer aux désormais classiques Crédits d’impôt recherche (CIR) ou Crédits d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE)…

« D’une manière générale, déclare Mickaël Le Priol, il faut aussi réaffirmer la volonté de stabilité législative, réglementaire, fiscale. Les entreprises craignent avant tout l’incertitude. »

Tout cela suffira-t-il pour que Paris se saisisse de ce Brexit qualifié par Pierre Gattaz d’ « opportunité fabuleuse » ?

Rien n’est moins sûr. D’abord parce que Londres entend, elle aussi, retenir ses pépites. C’est ce qu’elle essaiera de faire en négociant au mieux l’ouverture du marché européen dans les années à venir ou même en enjolivant encore ses attraits fiscaux. Ensuite parce que d’autres capitales sont évidemment sur les rangs. Dublin, l’autre anglophone, elle aussi très tentée par le dumping fiscal, a des avantages à faire valoir. Elle est déjà très appréciée des entreprises américaines qui accueillent elles mêmes bon nombre de descendants de la diaspora irlandaise et qui voient en elle une efficace tête de pont européenne. Francfort, qui abrite le siège de la Banque Centrale Européenne, se voit tout naturellement en place financière centrale si les banques et assurances londoniennes venaient à chercher un nouveau point de chute. D’autres métropoles européennes entrent aussi dans une course qui durera de toute façon plusieurs années… Mais la « fenêtre de tir » est réelle et Paris ne voudrait pas la rater.

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