Ouverture dominicale à Paris : quel bilan pour les commerçants ?

Ouverture dominicale à Paris : quel bilan pour les commerçants ?

Les questions du travail dominical et de l’ouverture des commerces le dimanche révèlent les aspirations d’une société en pleine mutation, d’autant plu

Comment renforcer l’attractivité des pôles tertiaires franciliens ?
Logement étudiant : pourrait beaucoup mieux faire…
62 507 commerces et services commerciaux recensés à Paris : évolutions et tendances

Les questions du travail dominical et de l’ouverture des commerces le dimanche révèlent les aspirations d’une société en pleine mutation, d’autant plus prégnantes à l’heure où internet permet de commander sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

En 2013, le travail le dimanche n’avait rien d’exceptionnel : 30% des salariés français étaient déjà concernés (tous secteurs confondus) contre 20% en 1990. Dès cette date, dans le rapport Mocquax 1 adopté le 24 octobre 2013 et actualisé le 24 octobre 2014, la CCI Paris Ile-de- France avait pris position en faveur d’un élargissement des ouvertures dominicales, afin de donner un nouvel élan au commerce dans les villes et métropoles, au bénéfice de l’économie et de l’emploi.

La loi du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques a modifié le code du travail afin de permettre que dans trois types de zones géographiques, par exception à la règle selon laquelle le repos hebdomadaire des salariés est donné le dimanche, les établissements de commerces et de services puissent prévoir, pour tout ou partie de leur personnel, un repos hebdomadaire par roulement, sous réserve du respect d’un certain nombre de compensations et contreparties. Deux ans après la loi, la CCI Paris Ile-de-France a interrogé les organisations professionnelles ainsi que les commerçants et dresse un premier bilan.

Le contexte parisien permet d’avoir une vue panoramique sur les avantages et inconvénients de cette libéralisation, phénomène qui prend une acuité particulière dans un contexte international et notamment européen où toutes les capitales européennes ont entamé une démarche de plus large ouverture dominicale des commerces.

Dès 2013, la CCIR avait plaidé pour :

  • l’extension des zones touristiques ;
  • l’augmentation du nombre des dimanches du maire de 5 à 12 ;
  • la détermination par négociation collective d’entreprise ou à défaut, par une décision unilatérale de l’employeur après consultation des salariés, les conditions d’exécution du travail le dimanche.

Principaux enseignements

Depuis l’entrée en vigueur du nouveau dispositif, le constat est évident, le phénomène dominical reflète les mutations profondes de notre société. Le consommateur souhaite étaler ses achats dans le temps en accédant à toutes les formes de commerce en ligne/physique sans limitation temporelle : où il veut, quand il veut et comme il veut.

Ce constat est intergénérationnel et il est naturellement amené à s’accentuer. S’il est indéniable que la loi Macron a su saisir la nécessité de s’adapter aux nouvelles tendances de consommation, ces premières avancées doivent être confortées et aménagées. A la lumière de l’étude menée par le CROCIS de la CCI Paris-Île-deFrance, les réponses des commerçants permettent d’envisager les effets positifs et négatifs de la nouvelle législation.

Une augmentation significative de la fréquentation des commerces le dimanche 

Les commerçants constatent que la fréquentation a augmenté jusqu’à 20 % suite à l’ouverture dominicale. Les courses deviennent plus familiales et les achats portent sur des produits « plaisir » parce qu’il y a moins de monde et plus de temps ce jour-là, ce qui correspond à une évolution des modes de consommation. L’ouverture a amené une clientèle plus familiale et a aussi généré de nouvelles offres commerciales, une consommation différente avec le développement des brunchs dans les brasseries. Les clients viennent le dimanche pour consommer « qualitatif ».

Un dispositif plébiscité par les salariés

Dans les grands magasins ou les commerces situés dans les centres commerciaux, le volontariat de la part des collaborateurs a été massif. Certains déclarent que 92 % de leurs salariés sont volontaires pour travailler le dimanche, il a même fallu limiter le nombre de dimanches pour que tous les collaborateurs puissent y avoir accès.

Au-delà du fait que les compensations salariales peuvent apporter un complément de revenu significatif, cette nouvelle organisation du travail correspond aussi à l’évolution des modèles familiaux et de vie de salariés, certains déclarant même apprécier bénéficier d’un jour de repos en dehors des week-end.

Une hausse des recrutements dans les commerces de plus de 10 salariés

Les professionnels se sont organisés spécifiquement pour répondre aux problématiques des organisations de fin de semaine. Ceci a notamment été facilité par l’assouplissement de la loi sur la durée du travail (amplitude horaire et journée supplémentaire). Les collaborateurs ne pouvant couvrir l’ensemble des jours de la semaine, il a fallu recourir à des embauches significatives. Ces embauches sont une opportunité pour les étudiants mais, à terme, avec l’essor de la « silver économie », une nouvelle opportunité se présente aussi pour les retraités à la recherche d’un complément de fin de mois.

Une nécessité économique pour contrer la concurrence d’Internet et celle des grandes destinations touristiques

Alors que le consommateur est désormais crosscanal et multicanal et qu’il est habitué à consommer sur internet à toute heure et à n’importe quel jour de la semaine, l’ouverture des commerces le dimanche représente pour les commerçants une opportunité pour concurrencer les sites de vente en ligne mais aussi de concurrencer les grandes destinations internationales et européennes qui bénéficient d’une ouverture libéralisée. Pour preuve, la fréquentation touristique a repris et le nombre de nuitées dans les hôtels d’Ile-deFrance de janvier 2017 à septembre 2017 pour la clientèle étrangère a été supérieur de 13,9 % à celui observé sur la même période de 2016. Les touristes profitent à plein de l’ouverture accrue des commerces : la zone touristique de Paris est devenue plus attractive notamment pour les asiatiques dont les séjours dans la capitale sont longs. Ce constat est d’ailleurs conforté par une hausse de la détaxe + 32 % en septembre 2017.

Une augmentation du chiffre d’affaire qui n’est pas toujours au rendez-vous

La construction du chiffre d’affaires le dimanche est très différente des autres jours et selon la nature de l’ouverture : l’ouverture le dimanche matin pour le commerce alimentaire est une ouverture de commodité, de proximité et d’appoint tandis que l’ouverture sur la journée générera des achats plaisir. Certains professionnels soulignent même que le panier moyen est supérieur entre 20 et 50 % à celui du panier de la semaine.

Cependant ce constat positif est plus modéré chez certains commerçants indépendants qui observent que les paniers moyens sont moins élevés ce qui fait correspondre le dimanche à un petit jour de la semaine : cette ouverture correspond à un report de chiffre d’affaires et représente un confort d’achat pour le consommateur.

Une rentabilité parfois plus difficile à trouver 

Plusieurs acteurs interrogés soulignent que l’ouverture un jour de plus par semaine implique des coûts et donc un équilibre économique à trouver car il y a des compensations pour les salariés et des augmentations de charges qui en découlent. Mais la réorganisation engendrée par l’ouverture dominicale peut aussi avoir des effets positifs. Cela peut être bénéfique pour l’organisation interne de l’entreprise pour préparer les commandes, mettre en place les vitrines, étiqueter les marchandises réceptionnées.

C’est un aussi selon eux défi qui requiert plus d’innovation dans l’offre commerciale pour séduire la clientèle du dimanche : organiser des ateliers thématiques pour s’adapter à une clientèle dite de passage qui est en mode plus décontracté.

Les propositions de la CCI Paris Ile-de-France

Partant du constat général, que le nouveau dispositif se traduit par un bilan plutôt positif, des ajustements mériteraient d’être mis en œuvre dans un souci de simplification.

  • Pour un classement généralisé de Paris en zone touristique internationale,
  • Introduire un nombre plancher de 5 dimanche du maire,
  • Faire évoluer le cas particulier de la fermeture des commerces alimentaires à 13 heures.

Lire le rapport complet


 

COMMENTAIRES