Michel Desvigne, tout en simplicité

Michel Desvigne, tout en simplicité

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Avec une quinzaine de récompenses à son actif, Michel Desvigne fait partie des paysagistes dont on aime s’entourer. Adepte des projets « peu dessinés », Michel Desvigne propose des aménagements qui mettent avant tout en valeur le paysage naturel des lieux. Une « Desvigne touch » qui fait mouche.

Le paysagiste de renommée mondiale affiche une simplicité déconcertante, donnant l’impression de déjeuner avec un bon pote. Pourtant, l’homme de 61 ans n’est pas un personnage anodin. Au-delà de sa pratique de paysagiste, il enseigne dans des écoles prestigieuses à travers le monde. Un parcours qui, malgré son patronyme, n’était pas forcément tout tracé pour ce petit-fils d’immigrée russe. Michel Desvigne a passé son enfance entre Montbéliard et Bâle. Une vie à la campagne au seuil des frontières qui a probablement aiguisé, dès le plus jeune âge, sa sensibilité pour le paysage, mais aussi pour l’international. Il optera ainsi pour des études de botanique-géologie à la faculté de Lyon. Le hasard d’une rencontre ou un coup de pouce du destin fera le reste. « Un copain m’a parlé de l’École nationale supérieure de paysage de Versailles. Pour une raison mystérieuse, ça m’a plu », se souvient le paysagiste. Là, il fait des rencontres déterminantes. Ses enseignants ne sont autres que Michel Corajoud et Jacques Simon, « des personnalités qui ont fait redémarrer la profession de paysagiste dans les années 1970. Ils avaient conscience de ne pas être de simples jardiniers comme beaucoup pouvaient le penser », souligne Michel Desvigne. Le jeune homme se nourrit alors de la « culture transversale » de ses mentors (architecture, urbanisme, art déco) et de leur méthode : beaucoup d’observation pour comprendre la forme d’un paysage, qu’elle provienne de mécanismes naturels ou humains, et les usages qui en découlent. « Les paysagistes français sont très demandés à l’étranger pour cela. Là où d’autres se contentent de plaquer une signature, ils se nourrissent des lieux avant d’agir. Composer un projet qui n’a rien à voir avec son site d’accueil ne donne jamais rien de bon », déclare-t-il.

Un bois de bouleaux

Autre personnalité marquante dont Michel Desvigne a très tôt croisé la route, l’architecte Renzo Piano. De lui, il apprécie la « démarche scientifique », la capacité à tester une théorie par le dessin, un projet par la maquette. À la fin des années 1980, Renzo Piano conçoit une résidence de logements sociaux rue de Meaux, dans le 19e arrondissement de Paris. Michel Desvigne, lui, travaille alors comme guide dans un arbo-retum. En réponse à l’appel de l’architecte pour aménager la cour de l’îlot, le paysagiste et sa consœur Christine Dalnoky optent pour la simplicité. « J’avais créé un jardin pour ma grand-mère dans lequel j’avais planté des bouleaux. Elle était très contente du résultat. Aussi, j’ai proposé à Piano de faire la même chose », se souvient-il. Les jeunes professionnels rachètent alors une pépinière de bouleaux invendue et en emplissent la cour. « Si on avait respecté les règles, on aurait planté 10 arbres. Là, on en a mis 110 ! On nous a fait un procès d’ailleurs car c’était hors norme », rappelle-t-il, un brin amusé. Finalement, c’est l’Équerre d’argent, distinction remportée en 1991, qui aura raison de la plainte ! Des prix, Michel Desvigne en a reçu une quinzaine, et pas uniquement des récompenses estampillées « paysage ». En 2000, il reçoit la médaille de l’Académie d’architecture; trois ans plus tard, il est fait Chevalier de l’ordre des Arts et des lettres ; en 2011, il obtient le Grand Prix de l’urbanisme. Pour autant, il refuse de multiplier les titres sur sa carte de visite. « Je suis uniquement paysagiste. J’ai obtenu ces prix pour ma contribution à la conception des villes. On ne peut pas être bon en tout, ce n’est déjà pas évident de réussir un seul projet », explique-t- il. D’où sa volonté d’être bien entouré. L’agence parisienne MDP Michel Desvigne Paysagiste réunit ainsi des paysagistes, architectes et urbanistes.

Dessiner, encore et toujours

C’est d’ailleurs ce qu’il enseigne à ses élèves, qu’ils soient de Versailles, de Lausanne ou de Harvard : ne pas se tromper d’endroit ! Pour cela, il faut prendre le temps d’observer le paysage, voyager pour se forger une culture et… savoir dessiner. « J’oblige tout le monde à esquisser à la main avant de se ruer sur un ordinateur. Les logiciels de conception ne font que reproduire et conduisent, de fait, à un formatage assez embêtant. Les jeunes reproduisent alors ce qu’ils ont déjà vu partout », déplore-t-il. Autre enseignement : faire simple, peu coûteux et qualitatif. Au Qatar, pays de la démesure, l’agence a aménagé dès 2008 un espace public « très peu dessiné » devant le musée d’Art islamique de Doha. Un jardin donnant sur le front de mer, composé notamment de vastes pelouses, souligne la topographie des buttes littorales. « Le parc met en valeur une vallée sèche qui se remplit à chaque pluie. Cette simplicité, je la revendique. Il ne faut pas avoir peur du vide », précise Michel Desvigne.

Même approche, tout en sobriété en 2014, au Havre. Ici, l’agence habille le quai de Southampton de vastes pelouses mais aussi d’une sorte de bitume préalablement poncé. Après la création de nombreux prototypes pour trouver le bon matériau, le tour était joué. « On a eu quelques sueurs froides lors du chantier. On était conscient que si on ratait, ça aurait été horriblement moche », concède-t-il.

L’Amérique inspirante

Pour les quais du port de Marseille en n, autre- fois majoritairement occupés par des voitures, l’agence a mis les piétons à l’honneur dès 2016. Même les équipements à destination des clubs nautiques ont pris le large : des pontons flottants accueillent des cabanons en bois le long des quais. Au sol, l’agence a opté pour « un dallage comme il y en a dans les beaux ports ». Michel Desvigne recevra, pour ce projet, le Prix européen de l’Aménagement de l’espace public urbain.

Partout, du nord de la France aux Émirats Arabes Unis, l’appropriation des lieux par les promeneurs est immédiate, le « vide » bien pensé mettant en valeur le paysage. On retrouve là la sensibilité de Michel Desvigne pour les villes qui doivent leur structure aux éléments naturels, à l’image de certaines villes américaines : Washington ou encore Boston, pour ne citer qu’elles, s’inscrivent au sein d’un ensemble de parcs imaginés par le paysagiste américain Frederick Law Olmsted. En France, c’est Versailles qui illustre le mieux le rôle du paysagiste. Michel Desvigne rappelle alors que ce sont les tracés des chasseurs qui ont guidé André Le Nôtre et Jules Hardouin-Mansart dans la conception du parc du château de Versailles puis de la ville toute entière. Des exemples et une approche qui ont fait leurs preuves, et dont Michel Desvigne aime s’inspirer. Toujours en simplicité.