Les Métropoles, échelon-clé du dérèglement climatique

Les Métropoles, échelon-clé du dérèglement climatique

À défaut d’avoir été invités à participer aux débats de la COP21, les maires des grandes métropoles mondiales organiseront un sommet « off » en parall

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À défaut d’avoir été invités à participer aux débats de la COP21, les maires des grandes métropoles mondiales organiseront un sommet « off » en parallèle, un peu comme à Avignon. Les villes, victimes annoncées du changement climatique, ont pourtant un rôle crucial à jouer dans son règlement…

Par Alain Cluzet

L’échelle métropolitaine est l’échelle idéale pour gérer la majorité des politiques climatiques. Un récent rapport à l’ONU de l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, en atteste : l’action des villes peut, à elle seule, améliorer de 50 % la performance attendue des engagements nationaux.

L’avantage de l’échelle territoriale (plutôt que nationale ou internationale) pour gérer la question climatique est double : elle permet d’éviter le préalable du financement, difficile à plaider et plus encore à obtenir en ce moment, et elle offre des solutions techniques autonomes efficaces. Les villes sont économes : on l’observe quand il s’agit de bâtir un réseau de chaleur urbain. On peut alors faire appel aux aménageurs quand il s’agit de se doter d’un nouveau quartier, à une concession privée de long terme dans des quartiers existants. Les économies réalisées dans le cadre d’un mix énergétique local (biogaz, biomasse, solaire) peuvent aider à subventionner des isolations de bâtiments privés. Et les péages urbains, autorisés mais impopulaires en France, pourraient participer au financement de réseaux de transports publics. Ces réseaux, hors les zones les plus denses, peuvent au demeurant se créer par une réaffectation partielle aux bus en site propre du réseau de voirie secondaire, notamment en secteur périurbain.

Les villes sont efficaces et économes !

Bien des exemples français en attestent. Ainsi, la métropole strasbourgeoise vient-elle d’ouvrir son réseau de gaz à l’énergie produite par les eaux usées sous forme de biométhane, à l’aide certes de subventions européennes mais pour un coût global relativement modeste (moins de 5 M€) et avec de fortes garanties de rentabilité assurées par le délégataire. C’est un modèle appliqué depuis de longues années par la ville de Stockholm pour l’alimentation de son réseau de bus.

En Île-de-France, les écoquartiers équipés de centrales biomasse se multiplient et d’autres vont puiser directement dans les nappes en profondeur, via la géothermie, une eau chaude qui assure quasiment l’autonomie énergétique de nouveaux quartiers. C’est, par exemple, le cas sur le Plateau scientifique de Saclay. Des opérations menées avec la seule garantie d’emprunt apportée par les collectivités locales. La création de SEM énergétiques comme la référence aux « Territoires à énergie positive » dans la loi de Transition énergétique de 2015 témoignent d’une évolution bien réelle dans l’approche climatique en France, sans doute bien plus que les plans climat air énergie territoriaux. Ceux-ci, bien que désormais obligatoires dans toutes les intercommunalités de 20 000 habitants, souffrent d’un contenu souvent peu stabilisé et encore moins évaluable…

Les villes ont  bien raison de s’y mettre ! Pour une raison simple : avec 70 % de l’énergie consommée, 80 % des gaz à effet de serre produits et une tendance fortement haussière, l’explosion urbaine est largement à l’origine de l’évolution climatique. Les villes en sont aussi  les premières victimes.Pourtant, les métropoles seront encore une fois les laissées-pour-compte de la COP21 à venir.

La cause première de la large omission de l’enjeu urbain dans la COP est à rechercher dans le fonctionnement des Nations Unies, organisation créée pour préserver la paix et l’équilibre entre nations et non pour accompagner l’émergence des métropoles. Or, l’urbanisation fait aujourd’hui figure de véritable ordre nouveau. Les métropoles, issues à la fois de la mondialisation et de l’urbanisation galopante, sont désormais sur le devant de la scène. À l’image de la SDN avant-guerre, l’ONU est ainsi confrontée à des mutations qui remettent en cause ses fondements. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été avertie : depuis 15 ans, une association comme celle qui réunit nombre de villes américaines menacées travaille auprès de l’ONU pour l’informer des enjeux et des risques.

L’échelon territorial oublié

Par ailleurs, l’approche scientifique, issue des mathématiques et de la physique qui prévaut en climatologie, est adaptée à des mesures complexes et permet de connaître la capacité d’une forêt primaire ou d’un océan à capter le carbone. En revanche, cette démarche ne se marie pas aisément avec les logiques fongibles, entremêlées, difficiles à modéliser de l’organisation des villes. Il est ainsi hasardeux de mesurer la baisse de gaz à effet de serre strictement liée à la réalisation d’une ligne de métro ou d’un réseau de chaleur urbain. Il est même quasi impossible de stabiliser l’apport propre d’une écotaxe transports, d’un péage urbain ou encore de comparer l’impact de la densité urbaine et celui de l’étalement. Il suffit d’assister à une conférence du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour observer un silence assourdissant sur la contribution potentielle des villes au règlement climatique.

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