L’urbanisme transitoire passe un cap à Paris

L’urbanisme transitoire passe un cap à Paris

La Ville de Paris ainsi qu’une quinzaine d’opérateurs immobiliers ont signé, en août, une charte pour le développement de l’urbanisme transitoire au s

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La Ville de Paris ainsi qu’une quinzaine d’opérateurs immobiliers ont signé, en août, une charte pour le développement de l’urbanisme transitoire au sein de la Capitale. L’occupation temporaire des locaux vacants permettra, selon eux, de favoriser l’innovation sociale… À condition que les occupants provisoires quittent bien les lieux à l’heure dite !

« L’urbanisme temporaire est un enjeu important pour une ville très dense et très chère comme Paris, dans laquelle les projets mettent beaucoup de temps à accoucher », souligne Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris en charge de l’urbanisme et des projets du Grand-Paris.En effet, de la définition d’un projet urbain au démarrage des travaux, de longs mois peuvent s’écouler, entre obtention du permis de construire, enquêtes, études de faisabilité… Pendant ce temps, les sites restent vacants : du « gaspillage » dans le contexte actuel de densification des métropoles, toujours en manque de foncier. La solution ? Elle réside peut-être dans un nouveau concept d’aménagement qui prend de l’ampleur depuis quelques années, il s’agit de l’urbanisme temporaire. La méthode consiste à mettre à profit un patrimoine immobilier vacant en y installant des expérimentations sociales ou commerciales pendant une période donnée. Celles-ci peuvent être très variées : hébergement d’urgence, restauration, ateliers artisanaux, espaces de travail pour des start-up ou des associations… 

Dans la Capitale, ce mode d’aménagement est en constante expansion, compte tenu de la multiplicité des projets qui « créent » de la vacance temporaire. L’année dernière, I’IAU recensait 70 projets d’urbanisme transitoire en Île-de-France. Des projets de plus en plus nombreux, donc, et de plus en plus médiatisés, à l’instar des « Grands Voisins », le village éphémère qui a pris place dans les bâtiments de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, aujourd’hui devenu un lieu emblématique du 14e. Là, des activités commerciales -bar, restaurant, ateliers-boutiques, trocs shop, ressourcerie…- ont pris place en 2015. Actuellement, 106 structures sont présentes sur le site. « L’urbanisme transitoire est source de travail. Beaucoup de structures font appel à des bénévoles, des services civiques ou des stagiaires. Le restaurant et le bar, eux, expérimentent l’insertion professionnelle pour les publics les plus éloignés de l’emploi », explique Pamina Saucet, chargée de communication pour les Grands Voisins. Des projets sociaux -hébergement, formation, aide à l’insertion- se sont aussi développés. En ce moment, 100 places en hébergement d’urgence et de stabilisation sont mises à disposition sur le site, ainsi que 125 en accueil de jour pour demandeurs d’asile. Une panoplie d’expérimentations urbaines qui a connu un tel succès que le projet des Grands Voisins a été reconduit pour une deuxième saison, jusqu’en 2020.

 

L’ancienne lingerie de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul est désormais un café associatif et un espace d’accueil d’événements ponctuels. © Mélicia Poitiers

Autre exemple : « Les petites serres », dans le 5ème arrondissement de Paris, appartenant au groupe Novaxia. Dans cet ancien hôtel particulier d’environ 5 000 m2, des locaux -de 8 à 15 euros le mètre carré- ont été loués pendant deux ans à des startuppeurs ainsi qu’à l’association Aurore, spécialisée dans l’hébergement d’urgence de sans-domiciles-fixes et de réfugiés. En janvier dernier, les travaux de rénovation ont pu commencer et les occupants transitoires sont repartis. À noter que c’est bien là que se trouve une des limites de l’urbanisme temporaire : certains occupants ont bien du mal à quitter le site investi à la date convenue, alors même que leur activité a fait la preuve de sa viabilité… Une difficulté qui pourrait conduire à de nouvelles évolutions de la formule. 

Engager les acteurs privés de l’immobilier 

Fin août dernier, la Ville a signé, avec une quinzaine de partenaires, une Charte « en faveur du développement de l’occupation temporaire comme outil au service du territoire parisien ». Les signataires ? Des acteurs privés et publics de l’immobilier comme Novaxia, Paris Habitat ou encore Icade promotion. L’occasion pour Jean-Louis Missika de vanter les mérites de l’urbanisme transitoire : « pour les propriétaires, il permet d’éviter le squat ou les frais de gardiennage, pour la ville, de bénéficier de projets d’intérêt général et de mieux connaître les besoins d’un quartier. Pour les associations ou les start-up qui s’y installent, c’est un coup de pouce bien utile ». Aujourd’hui, « près de 80% des sites d’urbanisme temporaire appartiennent au secteur public » selon un rapport de l’IAU. Objectif de la charte : que ce mode d’aménagement, le plus souvent mis en oeuvre par les collectivités publiques devienne aussi un réflexe pour les acteurs privés de l’immobilier.

Photo : Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris en charge de l’urbanisme et des projets du Grand-Paris, lors de la signature de la Charte « en faveur du développement de l’occupation temporaire comme outil au service du territoire parisien », lundi 26 août 2019.

© Ville de Paris