L’urbanisme, dedans et dehors les urnes

L’urbanisme, dedans et dehors les urnes

Même si elle imprime sa marque sur les politiques publiques, la figure de l’urbaniste apparaît peu lors des échéances électorales… alors qu’elle dépen

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Même si elle imprime sa marque sur les politiques publiques, la figure de l’urbaniste apparaît peu lors des échéances électorales… alors qu’elle dépend fortement du politique. Explication avec Paul-Hervé Lavessière, des Sentiers métropolitains.

 

À moins d’être élu local, difficile de parler d’urbanisme si l’on souhaite gagner une élection, telle est la conclusion de Paul-Hervé Lavessière, urbaniste cartographe. « Être pragmatique aujourd’hui, cela revient à s’attaquer à la voiture, explique-t-il. Localement, c’est possible, car la dimension projet facilite toujours la pédagogie. Mais, globalement, hormis peut-être pour le candidat écologiste, il reste difficile de s’emparer de front de ces sujets sans paraître très contraignant en matière de liberté individuelle et dispendieux en matière de finances publiques. En France, le lobby automobile est par ailleurs très puissant, dans un pays encore très dépendant des quatre-roues. »

Pas très vendeur, voire suicidaire, d’autant que l’urbanisme, cette discipline technocratique par excellence, embarrassée de normes et d’arrêtés, fournit peu de bonnes punchlines à la communication politique, sauf à prendre le sujet… par un autre sujet : « Dès lors que l’on tire l’urbanisme vers l’environnement, la santé, cela parle davantage : les particules fines, par exemple, sont liées à des formes urbaines, mais à l’échelle d’une présidentielle, c’est hors sujet », poursuit-il Reste que l’urbaniste, lui, se frotte sans cesse au politique, dont il dépend étroitement : une relation dans l’ombre, discrète, parfois complexe, notamment en cette période de réchauffement climatique : « Lorsque un urbaniste cherche à faire aboutir un PLU ou un SCOT, il a envie d’un État fort, courageux, qui légifère sur l’environnement, sur la ville, pour l’aider à convaincre les collectivités. Il y a donc de grosses attentes de la profession, sur la rédaction de textes intelligents qui accompagne le changement urbain ainsi que sur la formation des élus, souvent très déconcertés face à l’apparition de ces nouvelles problématiques », explique Paul-Hervé Lavessière.

Une fois n’est pas coutume, l’apparition timide de l’urbanisme dans la campagne électorale 2017 continue cependant de rester reliée à l’image des dernières élections, à la crise des banlieues, à grand renfort de formules clivantes. Des discours peu en prise avec la réalité des choses, estime ce cartographe épris de marche à pied, qui a notamment tracé l’itinéraire de La Révolution de Paris, deuxième sentier métropolitain français passant par Saint-Denis, Créteil ou Versailles : « En 2012, Nicolas Sarkozy s’est beaucoup inspiré du livre du géographe Christophe Guilluy, La France périphérique, une France périphérique que j’ai peiné à reconnaître. La violence du discours politique est souvent beaucoup plus forte que celle des lieux, il y a le terrain et ce qui se cristallise ensuite, conclut-il. À Nice, à quelques semaines des attentats, sur la promenade du Paillon, se mêlaient toutes les couches de la population, loin de la réalité décrite dans les discours communautaires.

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