Logistique urbaine : le long chemin du dernier kilomètre

Logistique urbaine : le long chemin du dernier kilomètre

Tout le monde veut son colis, mais personne ne veut voir les camions de livraison. C’est tout le défi de la logistique urbaine, désormais obligée de m

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Tout le monde veut son colis, mais personne ne veut voir les camions de livraison. C’est tout le défi de la logistique urbaine, désormais obligée de multiplier les sites de stockage en cœur de ville et de déployer des véhicules propres. Mais le foncier est difficile à trouver et les élus parfois réticents, a fortiori en Île-de-France où toutes les problématiques sont exacerbées.

Votre colis, vous le voulez demain ? Voire même dans quelques heures ? Et de préférence à votre porte, sans erreur et sans délai ? Rien là de surprenant. L’exigence est maintenant largement répandue, et c’est sans doute Amazon, e-distributeur américain qui a pris une place prépondérante en France, qui en est responsable. Nul aujourd’hui n’envisage plus d’attendre pour recevoir son dû – pas plus que de payer pour cela ! –, après que commande ait été passée sur le net… C’est ce qui fait, bien sûr, la fortune de Chronopost, leader de la livraison express, et de bien d’autres, professionnels de plus ou moins fraîche date qui se multiplient au même rythme que leurs colis. De toute évidence, c’est bien l’e-commerce qui a bouleversé la donne en matière de logistique. Il a représenté 57 milliards de chiffre d’affaires en 2015 et généré plus de 400 millions de colis sur l’ensemble du territoire. Et la croissance est explosive. C’est encore plus net, car tout y est toujours exacerbé, en Île-de-France…

Dans cette région devenue un des cœurs logistiques de l’Union européenne, il faut livrer toujours plus, avec des colis plus petits, et auprès d’un nombre croissant de destinataires. Sans parler des retours qu’il faut aussi gérer. Au total, à Paris, c’est de quelque 100 000 livraisons par jour qu’il s’agit et de 2,3 millions de mouvements par semaine en Île-de-France, selon l’Iaurif. L’art de stocker et d’acheminer cette multitude de paquets, c’est aussi du travail pour près de 400 000 personnes réparties dans des entreprises de taille très diverse, soit près de 10% de l’emploi régional.

Un cadeau empoisonné

Une aubaine ? Sans doute. Mais aussi un enjeu urbain majeur : sécurité, difficile partage de la voirie, congestion à toute heure, bruit, pollution de l’air… « Le transport de marchandises représente 20 % du trafic en Île-de-France », explique le think tank Terra Nova, auteur en 2017 d’une étude sur le sujet, « mais il est responsable d’un quart des émissions de CO2, d’un tiers des émissions d’oxydes d’azote et de la moitié des particules liées à la circulation urbaine. » D’autres analystes le considèrent comme plus polluant encore et invoquent des taux plus inquiétants. Mais qu’importe la précision des chiffres : une chose est sûre, le transport de marchandises est en contradiction flagrante avec les impératifs de la transition écologique, par ailleurs unanimement salués par les villes… D’autant que, si les politiques invoquent volontiers leur « volonté » de développer le fluvial ou le ferroviaire, il ne s’agit guère pour l’instant que de vœux pieux puisqu’en réalité le transport de marchandises est encore et toujours réalisé à 90 % par voie routière.

Comment dans ces conditions répondre à des besoins croissants sans augmenter en même temps les nuisances ? C’est simple, répondent les professionnels, il faut faire entrer la logistique dans la ville, en construisant des entrepôts et des espaces de stockage au plus près des destinataires, seule solution pour éviter les norias de camions entrant tous dans la Capitale aux heures de pointe… Alors que dans les années 90, de nombreuses et très vastes aires logistiques s’étaient implantées en grande couronne, essentiellement dans le nord-est et le sud-est parisien – d’où les interminables bouchons du matin à l’entrée de Paris sur l’autoroute de l’Est… –, de nouveaux équipements, plus petits, s’installent désormais comme autant de relais au cœur même de Paris ou à ses portes. « Les grandes enseignes et les professionnels du e-commerce multiplient les investissements en zone dense », confirme Corinne Ropital, spécialiste de la logistique à l’Iaurif, « et cela se fera de plus en plus, sur des surfaces allant de 3 à 8 000 mètres carrés en moyenne. »

Monoprix, dont le siège est à Clichy, vient ainsi d’implanter à Gennevilliers son tout nouvel entrepôt e-commerce – 6 000 mètres carrés de rayonnages – pour gérer ses commandes en ligne. L’avantage : plus de souplesse et de flexibilité de livraison, plus de références et de formats spécifiques, et la capacité de gérer davantage de commandes. Chaque jour de la semaine, des camions en partent pour livrer au plus vite. Chronopost, spécialiste du colis express, s’est installé en 2013 dans le 15e arrondissement parisien sur les deux niveaux – 3000 mètres carrés – d’un parking désaffecté et réaménagé par Sogaris. On y compte plus de 50 salariés, essentiellement des chauffeurs, qui distribuent 5 000 colis par jour aux particuliers et aux entreprises dans la Capitale et dans des communes limitrophes des Hauts-de-Seine. On peut aussi venir sur place retirer ses achats. Un équipement qui vient compléter l’activité d’un premier site en plein Paris, sous la place de la Concorde. Objectif là aussi : se rapprocher des destinataires, diviser le nombre de kilomètres parcourus et, du même coup, les nuisances subies par les citadins. D’autant que l’entreprise multiplie les véhicules électriques.

À citer encore l’initiative de La Poste, qui déploie actuellement un système de consignes automatiques de retrait de colis, les Pickup Stations, dans les gares SNCF en France. Dans la seule Île-de-France, on en compte actuellement une centaine. Cela permet à La Poste de compléter son dispositif de livraison à domicile ou dans un relais. C’est simple pour le client – qui finalement prend en charge sa propre livraison ! – et cela limite encore les déplacements de véhicules utilitaires. Les initiatives, dont certaines sont même très écologiques, se multiplient. En résumé, pour l’Iaurif : il faut « réserver à la logistique urbaine 4 hectares de stockage et activités associées pour 100 000 habitants ».

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le 19ème numéro d’Objectif nouveau Grand Paris.

Ci-dessus l’espace de Beaugrenelle, ancien parking désaffecté qui a ouvert ses portes en 2013. Crédit photo : Poppy-Rea-Chronopost.

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