L’hôtellerie contrainte de se réinventer

L’hôtellerie contrainte de se réinventer

Dans le Grand Paris, l’offre hôtelière, encore insuffisante, doit non seulement multiplier les chambres mais aussi proposer de nouvelles « expériences

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Dans le Grand Paris, l’offre hôtelière, encore insuffisante, doit non seulement multiplier les chambres mais aussi proposer de nouvelles « expériences » aux « invités-clients ». Motel One, Yooma, Mama Shelter, et bien d’autres s’y mettent pour tenter de séduire des touristes qui se dérobent…

Attentats de 2015 et de 2016, qui ont effrayé la France et le monde entier, mouvements sociaux, concurrence de l’hébergement des particuliers – chambres d’hôtes, Airbnb… –, montée en puissance de la concurrence d’autres métropoles : dans l’hôtellerie parisienne, le revenu par chambre a baissé de 16 % en 2016 alors que le reste de l’Europe – hors Bruxelles, également très impactée – restait plutôt stable.

De mauvais chiffres qui ne faisaient guère que « couronner » une longue période difficile. Dès la crise financière de 2008-2009, l’hôtellerie francilienne a vu ses revenus baisser. Rien ne s’est arrangé durant ces dernières années, dans un contexte touristique français globalement morose.

Pire, la descente aux enfers n’est pas due aux seuls facteurs exogènes : même hors évènements dramatiques, le parc hôtelier français en général et francilien en particulier doit se renouveler et se réinventer pour attirer davantage. « Dans ce domaine, l’Europe a beaucoup de retard sur l’Asie. Et en Europe, la France a du retard sur les Pays-Bas, l’Autriche et l’Allemagne, où l’accueil et les services sont remarquables », note Ronan Vaspart, vice-président Innovation & Marketing Projects chez AccorHotels.

En matière d’hôtellerie, les chiffres le prouvent abondamment, ne pas investir beaucoup, ne pas inventer de nouveaux concepts, ne pas avancer revient à reculer et à céder encore un peu plus de terrain… Les grandes manœuvres, face au décrochage, sont-elles donc enfin lancées ? Paris et les villes de la petite couronne, affirme le service de presse de la Capitale, « ont engagé une démarche pour susciter la création de 12 000 chambres supplémentaires d’ici 2020 ».

Plus qu’un lit, une expérience

Mais la dimension quantitative ne saurait suffire. D’ores et déjà, plusieurs « nouveaux concepts » ont fait leur apparition à Paris et en première couronne. Exemple, le Motel One, qui devrait offrir ses lits, porte Dorée, dès cette année.

Spécificité de cet établissement fort de 255 chambres : « Un prix très accessible pour le site – 79 euros la chambre – combiné à un emplacement remarquable et à une grande exigence en matière d’accueil et de décoration », explique Philippe Weyland, directeur général de Motel One Group, une entreprise allemande qui gère d’ores et déjà quelque 80 hôtels en Europe. Pour les Motel One, il s’agit à chaque fois d’ « être en accord avec la ville d’accueil, aussi bien dans le choix de l’implantation, caractéristique des lieux, que dans la décoration des chambres », poursuit le responsable. Ainsi le Motel One de Berlin est-il installé dans une tour tandis qu’à Vienne, il a pris place près de l’Opéra…

Autre projet novateur, dans un tout autre genre, le Off Paris Seine, qui a, comme un catamaran, été assemblé à Rouen avant de venir s’amarrer au quai d’Austerlitz. Premier hôtel flottant de la Capitale, il a ouvert ses 54 chambres en juin 2016 dans un bâtiment de bois, de métal et de verre qui, depuis, tangue vaillamment sur la Seine. Le navire hôtelier, qui a répondu à un appel à projets lancé en 2013 par le Port de Paris, a nécessité un investissement de 11 millions d’euros ! Un coût important pour un projet où « tout est nouveau », souligne Joachim Azan, président de Novaxia, promoteur du projet, « depuis l’hypothèque fluviale, acceptée par les banquiers, jusqu’à la conception de l’hôtel flottant, qui se veut éco-responsable ». La clientèle sera-t-elle sensible aux douceurs des roulis et tangages du fleuve ? Il est bien tôt pour le dire, même si le président de Novaxia espère un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros par an en vitesse de croisière.

Le centre de Paris n’est pas en reste, avec la transformation à venir de la Poste du Louvre : cette fois, c’est dans le cœur du cœur patrimonial de la Capitale que prend place ce projet spectaculaire. Dans le bâtiment historique, et malgré la contestation de certaines associations de riverains, Elegancia Hotels devrait créer un hôtel haut de gamme et design, offrant 80 chambres et, surtout, une terrasse panoramique ouverte sur les toits de Paris et sur l’église Saint-Eustache.

Il faut également être inventif en matière d’usages. C’est l’ambition d’un Yooma, qui se qualifie d’ « urban lodge », et propose, face à la Maison de la Radio, un hébergement prétendant surfer sur de nouveaux modes de vie. Dans cet « écosystème » hôtelier, on trouvera pêle-mêle un restaurant de 130 couverts ouvert à tous midi et soir, un lobby-bar-lounge pour grignoter tout au long de la journée, une « école de cuisine » pour les hôtes et les Parisiens, une salle de sport, des studios d’artistes… Sur le toit, 2 000 mètres carrés d’exploitation maraîchère alimentent le restaurant. Et, bien sûr, des chambres dont certaines sont des mini-dortoirs de quatre à six personnes. « Ce n’est pas une auberge de jeunesse car c’est un peu plus cher, mais ce n’est pas un hôtel classique non plus », explique Ronan Vaspart, qui compte sur la toile pour faire le marketing de ce concept nouveau à Paris.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le dernier numéro d’Objectif nouveau Grand Paris.

Ci-dessus, le Off Paris Seine, premier hôtel flottant de la Capitale. Un bâtiment de bois, de métal et de verre, de 54 chambres. Crédit : DR.

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