Les quartiers populaires, grands absents de la campagne présidentielle

Les quartiers populaires, grands absents de la campagne présidentielle

Pour la première fois, l’AMF, l’AMIF, l’APVF, France urbaine, Villes de France et Ville & Banlieue se sont unies pour rendre publique une contribution commune sur la politique de la ville.

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Renforcer la cohésion sociale, consolider les services publics, en finir avec la “politique des coups”, libérer les freins à l’emploi, privilégier “la confiance au terrain”… Les maires ne manquent pas d’idées pour les quartiers populaires. Mais les candidats à la présidentielle ne semblent pas les entendre.

 

Est-ce parce que leur voix porte si peu, est-ce parce que leur message en matière de politique de la ville est si peu audible sur la scène nationale ? Toujours est-il que, pour la toute première fois, l’Association des Maires de France et présidents d’intercommunalité, l’Association des Maires d’Ile-de-France, l’Association des Petites Villes de France, France urbaine, Villes de France et Ville & Banlieue se sont unies pour rendre publique une contribution commune sur le sujet. 

Il est vrai qu’à quelques jours de l’élection présidentielle, les élus de ces associations n’ont pas caché leur amertume : “La politique de la ville, les quartiers populaires ? Si l’on en parle, c’est pour adopter des postures bien plus que pour parler de véritables politiques. N’évoquer que la question de la sécurité, c’est caricatural et insuffisant. Nous avons des vulnérabilités, certes, mais aussi de la vitalité, de l’imagination, des talents… Et ils sont niés”, a ainsi souligné Michel Bisson, maire de Lieusaint et représentant de France Urbaine. Un constat global d’autant plus dommageable que “c’est de cohésion sociale que nous avons besoin, et c’est bien ce qui doit être au coeur des programmes !”, s’est exclamé Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers et représentant de l’AMIF. “Nous voulons des politiques publiques à la hauteur des difficultés”…

Or, du point de vue de ces élus locaux, les politiques conduites pour les quartiers populaires n’ont pas durant ces dernières années répondu aux besoins : “Les inégalités anciennes ont été renforcées…”, poursuit Patrice Leclerc. 

En finir avec les appels “à projets” et “à manifestation d’intérêt”

Au-delà des constats, les maires ont cependant des pistes à indiquer pour le mandat à venir. Premier point, souligné avec vigueur, “en finir avec les appels à projets et autres appels à manifestation d’intérêt”. Car “c’est une stratégie de coups qui ne produit pas d’effets sur le long terme et ne remplace pas une politique publique”, ajoute Michel Bisson.

Autre avertissement : “Renforcer la présence des services publics, a fortiori dans des quartiers qui rassemblent des familles vulnérables et au moment où la population vieillit !” 

Et “toujours partir de la logique du “reste à vivre”, du pouvoir d’achat, pour toute nouvelle politique en faveur de la transition écologique”. 

Au-delà de ces conseils d’ordre général, applicables, selon les élus, à des domaines d’intervention multiples, les maires ont insisté sur quelques thématiques essentielles. 

Pour Catherine Arenoux, maire de Chanteloup les Vignes, “l’éducation est au centre des besoins. Il faut donc prolonger et amplifier les cités éducatives. Renforcer les centres médicaux psycho-pédagogiques (CMPP) actuellement en grande difficulté, faciliter l’accueil et l’inclusion des enfants handicapés”. 

La rénovation urbaine reste essentielle, même si les maires déplorent vivement “les lourdeurs administratives et les lenteurs” du Nouveau programme de rénovation urbaine de l’ANRU. 

Enfin, la question de la santé est cruciale ; à cet égard, Patrice Leclerc note l’impérieuse nécessité de lutter contre une désertification médicale galopante.

Pour une fraternité nationale retrouvée

Bien d’autres sujets, qu’il serait difficile de lister ici, sont abordés par les maires et assortis de propositions parfois très concrètes. Avant tout, ils voudraient évidemment entendre les candidats prendre des engagements aussi bien sur les enjeux que sur les méthodes à mettre en oeuvre. 

Les maires n’en sont pas à leur coup d’essai : avant cette “contribution commune”, rappelons que les maires de banlieue, premiers concernés par le sujet, avaient présenté, en début mars, une “harangue à la nation, pour une fraternité nationale retrouvée”. Leur propos était déjà de faire entendre la voix des quartiers et de soumettre des propositions. Tous attendent maintenant les engagements des candidats. 

Légende : Dans le quartier Lebon-Lamartine à Villejuif, 8000 mètres carrés d’espaces verts ont été créés avec l’ANRU tandis que des centaines de logements étaient  réhabilités. 

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