« Le Grand Paris reste toujours en lien avec une certaine forme de nature »

« Le Grand Paris reste toujours en lien avec une certaine forme de nature »

Avec ses « boites à tubes », l’artiste acoustique et chercheuse suisse Nadine Schütz réveille la mémoire sonore industrielle de Pantin, en

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Avec ses « boites à tubes », l’artiste acoustique et chercheuse suisse Nadine Schütz réveille la mémoire sonore industrielle de Pantin, en Seine-Saint-Denis. De la cacophonie des anciennes usines Pouchard au mur d’écho disparu des Tuileries, une traversée à l’écoute des sonorités du Grand Paris.

Le Grand Paris en un souvenir ?

La première fois que je suis venue à Paris, c’était pour démarcher des agences de mannequinat. Cela n’a pas été très concluant et j’ai fini par passer beaucoup de temps à lire, à l’ombre des grands arbres du cimetière du Père Lachaise, expérience qui m’a laissé de très bons souvenirs, beaucoup plus que l’univers de la mode (rires). Des années plus tard, lorsque je suis tombée amoureuse d’un Parisien, celui-ci, lors de notre premier week-end ensemble, m’a emmené non pas au Louvre, mais au Centquatre, voir les danseurs de hip-hop qui virevoltaient sous la grande halle : cela m’a fait découvrir un Paris dont je ne soupçonnais pas l’existence, une métropole imprévisible et généreuse, très éloignée de l’image classique que je pouvais avoir d’elle.

Un jardin secret ?

J’ai deux jardins secrets, l’un vécu, l’autre rêvé. Il y a d’abord celui de la médiathèque Françoise Sagan, qui constitue une sorte d’extension de notre appartement. C’est un petit jardin calme mais dont les circonvolutions sont si nombreuses qu’elles le rendent beaucoup plus vaste qu’il ne l’est vraiment, tout en l’ouvrant à des usages très variés, de la promenade au tennis, ses hauts murs nous permettant même d’échanger quelques balles. Mais j’ai aussi un jardin de cœur, ces Tuileries réalisées pour la reine Catherine de Médicis, qui n’ont existé que de façon très brève, pendant cent ans, jusqu’à ce que le paysagiste Le Nôtre modernise l’endroit en l’ouvrant sur les Champs Elysées. Contre la place de La Concorde, il y avait auparavant un mur d’écho courbe, en demi-lune, où les amoureux pouvaient s’échanger des mots doux discrètement, en restant à quelques mètres l’un de l’autre.

Un coup de cœur ?

Je passe beaucoup de temps aux Grandes-Serres, en Seine-Saint-Denis, à Pantin. C’est un endroit qui se trouve en réalité très près de Paris, juste derrière la Villette. J’y ai aujourd’hui mon atelier, au sein des grands hangars d’une usine délabrée, qui seront transformés en lieu culturel d’ici la fin 2022. C’est un espace qui jouxte la ville mais qui n’en conserve pas moins une très forte relation à l’eau, en l’occurrence le canal de l’Ourcq. Pour moi, c’est un lieu porteur d’espoir car il prouve que l’on peut mener une existence citadine tout en restant connecté à une certaine forme de nature. Le Grand Paris présente de nombreux quartiers qui rendent possibles ses deux aspects et c’est une véritable chance pour les Franciliens.

Un coup de gueule ?
J’ai l’impression que le projet du Grand Paris, en se voulant à tout prix englobant, a tendance à chercher à effacer les spécificités qui font à mon sens toute sa force et son énergie : Paris intra muros sera toujours très différent de sa périphérie, mais l’ensemble forme un tout, intéressant et cohérent aussi par ses singularités.

Un rêve ?
Rapprocher Paris de la périphérie, mais aussi la périphérie de Paris : pour moi, ce mouvement doit nécessairement se faire dans les deux sens, pour que l’une et l’autre parties soient mises sur un pied d’égalité. J’ai découvert les Grandes-Serres il y a deux ans et cela m’a fait prendre conscience que je n’avais jamais vraiment passé le périph’ auparavant, alors que j’avais commencé à travailler cette enjambée, artistiquement, et ce depuis mes premiers projets sonores en Ile-de-France, du parvis du nouveau Tribunal de Grande Instance de Paris, avec l’architecte Moreau Kusunoki, à celui du franchissement Urbain Pleyel à Saint-Denis avec le concepteur Marc Mimram. J’ai eu soudain l’impression de devoir rattraper le temps perdu. Et en ce sens, les projets artistiques ont vraiment un rôle à jouer, afin de faire découvrir de nouveaux endroits aux Franciliens tout en apportant aux habitants au niveau local.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le 33ème numéro d’Objectif Grand Paris.