Le Grand Paris gelé ?

Le Grand Paris gelé ?

Entretien avec Jean - Christophe Fromantin, maire de Neuilly Le maire de Neuilly, qui publie un nouveau livre de réflexion sur les métropoles

« 2017 doit permettre le renforcement de la MGP »
« La péréquation financière qui nous est imposée est inacceptable. »
Rosny-sous-Bois :  »Pour en finir avec la cité dortoir »

Entretien avec Jean – Christophe Fromantin, maire de Neuilly

Le maire de Neuilly, qui publie un nouveau livre de réflexion sur les métropoles et leurs limites, déplore « l’immobilisme institutionnel » dans le Grand Paris. Pour lui, la métropole « est en panne et les polémiques se multiplient ». Résultat, c’est la démocratie elle – même qui est menacée. Explications.

Pourquoi considérez – vous l’organisation territoriale actuelle comme préjudiciable au fonctionnement même des collectivités ?

Depuis plusieurs mois déjà, les collectivités territoriales franciliennes sont en attente d’une décision. Or, les informations qui annoncent actuellement un gel du Grand Paris dans son organisation actuelle sont très inquiétantes. D’abord parce que cela génère un attentisme coûteux, notamment dans les Établissements publics territoriaux (EPT). Il y a, par exemple, la question de la mutualisation des marchés. En matière de voirie, d’éclairage public, de vidéosurveillance… Les communes, si elles étaient sûres de rester liées, pourraient se lancer dans des mutualisations nouvelles. Mais si l’EPT se délite ? Du coup, on est très prudent. La métropole, qui souffre d’une configuration géographique incohérente, est par nature instable. Elle l’est aussi pour des raisons fiscales. Voyez les trois échelons : la commune privée de sa taxe d’habitation est fragilisée. L’EPT est instable et menacé dans sa survie, tandis que la métropole est en difficulté financière et en attente de décision.

La rétractation des finances publiques n’est pas une réalité nouvelle…

Certes. Mais, aujourd’hui, dans les communes, il faut que l’on travaille dans un environnement très contraint, notamment en tenant compte de la contractualisation obligatoire, qui limite l’évolution des dépenses. D’un autre côté, on nous explique qu’il serait souhaitable que l’on se montre créatif, que l’on fasse du neuf pour mieux gérer nos communes. Mais l’instabilité et l’absence de visibilité qu’elle implique nous en empêchent. C’est la quadrature du cercle… Plus globalement, l’organisation actuelle n’est pas pertinente au plan financier : au lieu de mutualiser et d’optimiser, on additionne ! Et le temps que l’on laisse passer depuis des mois joue contre nous. Les différentes strates veulent exister : elles recrutent, étoffent les équipes, se développent, épaississent… C’est le cas de la MGP, c’est vrai également des EPT, en contradiction flagrante avec les objectifs d’économie imposés par ailleurs. On est dans un système très complexe et très opaque.

Si elle est complexe pour vous, élus, comment alors faire comprendre l’organisation institutionnelle métropolitaine aux populations ?

C’est une grande difficulté : il faut que les gens sachent qui dépense les contributions qui leur sont demandées, et dans quel objectif. Or, quand on vous demande des explications, et que vous êtes vous-même bien en peine d’expliquer où en est la gouvernance locale, c’est la démocratie que vous mettez en difficulté !

À la fin de la chaîne, le citoyen n’y comprend plus rien. Et vu qu’il ne comprend pas, il se méfie, c’est une réaction naturelle. Actuellement, on vit dans un climat de défiance généralisée. La campagne de dénigrement des maires sur les réseaux sociaux– hashtag Balance ton maire –, enclenchée par des députés, est vraiment détestable. C’est surtout le fruit d’une inculturation, d’une méconnaissance profonde de ce qu’est la politique, d’un grand mépris aussi. Tout cela crée un climat très malsain.

Des élus ont parlé de remise en cause de la libre administration des collectivités locales. Est – ce aussi votre analyse ?

On constate en tout cas une ingérence progressive : elle est dans la contractualisation, la complexité normative, la privation des communes du levier fiscal, les multiples transferts de charges et d’obligations non compensés. Je dirais plutôt que tout cela tend à neutraliser l’initiative locale. Or, l’entreprenariat politique est préférables aux oukazes. On vit une sorte de reprise en mains, très influencée bien sûr par la difficulté des comptes publics.

Dans ces conditions, que préconisez-vous en matière d’organisation territoriale ?

Il faut faire montre de courage… Il y a deux binômes pertinents selon moi : la ville moyenne associée à l’intercommunalité d’un côté, la région associée aux métropoles de l’autre. Les villes moyennes gèrent la proximité, les intercommunalités prennent en charge les politiques sociales, les régions et les métropoles le développement économique. C’est également vrai pour le Grand Paris. On peut comprendre que ces décisions soient difficiles et longues à prendre. Mais le gouvernement pourrait au moins donner un cap, une perspective… La fusion des communes, pourquoi pas ? Le département à reconfigurer dans les EPT, pourquoi pas ? Mais il n’y a rien de tout ça, pas l’ombre d’une décision… Ce statu quo est très pernicieux.

Pensez – vous pouvoir vous faire entendre ? Y a – t – il un lieu de réflexion, d’échanges entre élus, qui pourrait permettre d’éclairer la décision ?

Il n’y a pas beaucoup de lieux de réflexion. Les partis finalement trouvent leur compte au statu quo ; cela permet de se distribuer des titres… Alors que la situation est très inquiétante. Les pathologies urbaines ne vont qu’en s’aggravant. Le dérèglement social, l’exclusion, la ghettoïsation, le nivellement culturel lié aux nouvelles technologies… La « métropolarisation », c’est-à-dire, en quelque sorte, l’excès de métropole ne me paraît pas être la solution à nos maux urbains, économiques et sociaux.

COMMENTAIRES