La seconde vie des terres excavées

La seconde vie des terres excavées

Le groupe ECT fait partie des spécialistes de la réutilisation des terres excavées en Île-de-France. Ce « marché assez fluide » lui permet de réaliser

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Le groupe ECT fait partie des spécialistes de la réutilisation des terres excavées en Île-de-France. Ce « marché assez fluide » lui permet de réaliser gratuitement toute sorte d’espaces verts. L’entreprise s’est positionnée pour la gestion des terres issues des chantiers du Grand Paris Express. Un regain d’activité qui contribue à la forte croissance de l’entreprise.

25 millions de tonnes. C’est en moyenne la quantité de terres qui sort, chaque année, du sous-sol francilien, hors chantiers d’envergure. Depuis plusieurs années, les entreprises du BTP sont fortement encouragées à les réutiliser. Dans le cas contraire, elles doivent faire appel à des collecteurs de déchets qu’elles payent pour les débarrasser de cette terre dont elles ne savent que faire.

Créée en 1997, le groupe ECT n’a pas attendu la construction du Grand Paris Express pour se positionner sur ce filon. Aujourd’hui, ce sont les chantiers de construction de logements et de bureaux qui alimentent ECT. Un « marché fluide » qui lui permet de récupérer 15 millions de tonnes de terre par an, hors Grand Paris Express.

Toutes les terres ne sont pourtant pas bonnes à prendre. Elles doivent être inertes, c’est-à-dire « ne se décomposant pas, ne brûlant pas et ne produisant aucune réaction physique ou chimique », d’après le Code de l’environnement. Ces matériaux bruts prennent ensuite place sur des terrains qui, selon ECT, « méritent d’être renaturés ». Une fois le foncier identifié par l’entreprise, les négociations avec la collectivité commencent. Un parc, une ferme urbaine, un terrain de golf ou de foot ? Toutes les propositions sont possibles. Lorsque les autorisations administratives sont validées, ce sont les entreprises du BTP elles-mêmes qui acheminent leurs terres jusqu’au chantier d’ECT le plus proche. « Notre métier est souvent associé aux camions en transit avec toutes les nuisances que cela génère. Mais la principale préoccupation des riverains et des élus devrait être le développement d’une économie circulaire dans le but de créer des projets intéressants », explique Laurent Mogno, président d’ECT.

Deux types de terre

Avec le chantier du Grand Paris Express, l’entreprise aura beaucoup à faire. La Société du Grand Paris (SGP), aménageur du nouveau métro, estime que 45 millions de tonnes de déblais seront générées en une dizaine d’années, soit « une augmentation annuelle de 10 à 20 % de la production totale de déchets issus des chantiers franciliens ». Si la SGP transfère aux groupements d’entreprises chargés des premiers chantiers la responsabilité de gérer les terres excavées, elle choisit néanmoins les types de sites habilités à les recevoir. Et pour cause : deux types de terre proviennent de ces sous-sols. Une terre de terrassement classique en surface mais aussi une terre extraite par les tunneliers, soit à plus de 20 mètres de profondeur. « Cette terre-là est plus déstructurée, plus pâteuse. On s’en sert exclusivement sur des sites capables de supporter un important volume de terre. Ensuite, on la recouvre avec une terre plus sèche pour parfaire l’aménagement », poursuit Laurent Mogno, dont l’entreprise a remporté, à ce jour, 50 % des appels d’offres lancés par les groupements pour la récupération des déblais.

Parcs, arboretum, terres agricoles, etc.

Certains ont déjà trouvé un lieu d’accueil. À Chelles (77), ECT réalise un parc urbain et recrée une zone écologique à partir des terres excavées pour la construction de la ligne 16. À Moissy-Cramayel (77), les terres du nouveau métro donneront naissance à un arboretum et à une promenade. À Louvres (95), il s’agira de reconstituer des terres agricoles. Mais l’un des projets d’envergure d’ECT se trouve à Grisy-Suisnes (77). Sur ce site trône un château en déshérence autour duquel de nombreux projets ne se sont finalement jamais concrétisés. Ici, aux côtés d’une Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), ECT travaille à la rénovation-renaturation de l’ensemble du site. Au programme : réhabilitation du château qui, à terme, accueillera diverses activités, réalisation d’une exploitation agricole de noyers sur 20 hectares ou encore création d’une zone humide.

Depuis sa création, ECT croît. L’entreprise a recruté une cinquantaine de personnes en deux ans et regroupe aujourd’hui 190 salariés. Conducteurs d’engin, ingénieurs, paysagistes, urbanistes, écologistes etc. Tous les métiers touchant de près ou de loin au monde de l’excavation sont utiles. Le spectre pourrait même s’élargir car, depuis peu, ECT se tourne vers l’enseignement. Objectif : aider à la formation de jeunes architectes à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles pour qu’ils intègrent davantage la terre dans leurs projets.

Légende photo : Villeneuve-sous-Dammartin

© Gil Fornet