La revanche de la « grande banlieue »

La revanche de la « grande banlieue »

Les villes moyennes de la grande banlieue, lorsqu’elles sont bien reliées à la capitale, bénéficient de cette proximité tout en développant leurs pr

Les maires d’Ile-de-France se donnent rendez-vous au Parc Floral
Le Grand Paris du zéro carbone : le défi de l’impossible
Grand Paris : CBRE identifie 3 zones à fort potentiel tertiaire à horizon 2030

Les villes moyennes de la grande banlieue, lorsqu’elles sont bien reliées à la capitale, bénéficient de cette proximité tout en développant leurs propres atouts. Résultat, elles sont souvent en croissance. Une attractivité que le télétravail ne peut que confirmer, au moment où le rejet de la densité urbaine semble de plus en plus net.

Il y a plusieurs mois déjà – voire années – que l’on entend cette petite musique insistante : les Parisiens auraient perdu le goût de Paris. Et les Franciliens celui de l’Île-de-France, tout au moins dans sa zone la plus dense. Plusieurs sondages et études sont venus confirmer ce qui aurait pu n’être qu’une intuition ou une rumeur.

Dès 2019, avant que l’on parle confinement et restrictions de déplacement diverses, un sondage Cadremploi, mené pour la 7e année consécutive, aboutissait à un résultat déjà connu : une large majorité des cadres franciliens interrogés exprimaient le désir de quitter Paris pour vivre et travailler ailleurs, de préférence dans une ville moyenne. La pollution, le stress, les embouteillages, ils en avaient assez et les atouts de la capitale ne suffisaient plus à compenser ses nuisances…

Une étude réalisée par l’Ifop plus récemment, à l’automne 2020, ne dit pas autre chose : 60 % des actifs interrogés en Île-de-France se déclarent « intéressés par l’idée de quitter la région parisienne pour raisons professionnelles » tandis qu’ils ne sont que 35 % à exprimer le même désir dans les autres régions françaises. Et lorsque l’on interroge les autres Français pour savoir s’ils seraient intéressés par l’idée de rejoindre la région parisienne, ils ne sont que 16 % à répondre par la positive !

La nouveauté, observe Cadremploi, c’est qu’au-delà de la déclaration de désamour qu’ils font année après année, les déçus de la capitale commencent à passer à l’acte, en répondant aux petites annonces offrant des postes ailleurs. C’est là, pourtant, que les complications commencent : trouver un emploi au même niveau salarial, en trouver également un pour le conjoint, déménager… c’est sûrement tentant mais pas si facile. Les freins au grand départ restent réels.

D’où l’intérêt que semblent prendre, depuis quelques années, les solutions en quelque sorte intermédiaires : s’il n’est pas aisé de refaire une vie dans l’une ou l’autre des métropoles régionales françaises, il est peut-être plus facile de trouver un nouvel horizon et un environnement renouvelé plus près de chez soi, en Île-de-France toujours, mais à ses marges, sur ces franges rurales que l’on a longtemps dénigrées…

D’autant qu’à l’intérieur même de la région parisienne, parcs naturels, villages et villes moyennes, forêts, lacs et verdure foisonnent… Et ce n’est pas la place qui manque : alors que les communes rurales occupent plus de 60 % du territoire francilien, pour beaucoup en Seine-et-Marne, elles ne regroupent pour l’instant que 5 % des habitants de l’Île-de-France. Adieu la densité…

Persan, Montereau, la Ferté-Gaucher… un regain d’attractivité

Les notaires du Grand Paris sont bien placés pour observer le mouvement : « Les chiffres les plus récents, ceux du 2e trimestre 2021, font apparaître une très forte poussée de la grande couronne : alors que le volume de ventes est stable dans Paris et en petite couronne, les ventes en grande couronne ont augmenté de 30 % en 2021 par rapport à la moyenne des ventes enregistrées sur dix ans », soulignent-ils. Résultat, des prix plutôt à la hausse pour les maisons anciennes recherchées par ces acquéreurs. « C’est un record historique », observe François Delesalle, notaire à la Chambre des notaires du Grand Paris. Les critères de choix des familles qui s’aventurent ainsi vers les confins franciliens sont toujours les mêmes : ils cherchent l’espace, la verdure, une meilleure qualité de vie. Le télétravail, désormais entré dans les mœurs, les y aide, de même que les taux d’intérêt bas. Ce n’est pas un tsunami, mais c’est une lame de fond… » Les confinements, traumatisants, sont passés par là et sont à l’origine de certains de ces choix !

L’Institut Paris Région (IPR) fait, à sa façon, le même constat. Ces dernières années, explique ainsi Tanguy Le Goff, politiste à l’Institut Paris Région, « les territoires ruraux et les campagnes, synonymes d’espace, d’air pur et d’une meilleure qualité de vie, ont consolidé leur capital de désirabilité auprès des Grands Parisiens qui s’y sont réfugiés ».

Un peu comme si les villes des franges de l’agglomération parisienne étaient sur la voie d’une renaissance. Elles sont une petite vingtaine, à la fois villes satellites pour Paris et centres urbains pour les villages environnants, à connaître actuellement un notable regain d’attractivité.

En témoignent une croissance lente mais sûre de la population. On part de Paris mais on s’installe à Persan dans le Val-d’Oise – plus 3,7 % d’habitants par an depuis 2010 ! – , à Montereau-Fault- Yonne – plus 2,5 % -, en Seine-et-Marne, ou encore à la Ferté- Gaucher – plus 2 % -, dans le même département.

Nombre de ces villes reviennent pourtant de loin. Ainsi la Ferté Gaucher a-t-elle dû, dans les années 60, son développement à trois grandes entreprises qui ont par la suite fermé leurs portes ou multiplié les plans de restructuration. De la même façon, à Persan, c’est l’usine américaine Great Lakes Chemical qui a plié bagage en 2002, après plus de 50 ans d’activité. À Montereau-Fault-Yonne, l’usine de fonderie Dial a disparu en 2014, comme l’entreprise de fabrication de matériel agricole, Kuhn Nodet, qui, bien que vieille de plus d’un siècle, a quitté la commune en 2006. La désindustrialisation, phénomène national, n’a pas oublié la grande banlieue. Bien sûr, cet héritage a bien souvent créé des fractures toujours visibles dans ces villes.

Mais le départ de ces entreprises a aussi laissé des friches qui, aujourd’hui, diminuent la pression foncière et permettent de construire sans déroger au ZAN (zéro artificialisation nette) désormais de rigueur. Cette aisance foncière tranche avec la pression que connaît la zone francilienne la plus dense et permet le maintien de prix de l’immobilier plus accessibles, attractifs pour les familles qui s’y installent.

Ces villes moyennes connaissent donc un regain démographique parce qu’elles offrent un accès immédiat à la campagne et satisfont les désirs de verdure des Parisiens saturés de béton. Mais leurs avantages ne s’arrêtent pas là : bien loin de n’être que des « campagnes à la ville », elles offrent aussi en réalité des « aménités tout à fait urbaines », explique Tanguy Le Goff. Équipements et services publics, commerces, activités culturelles : nombre d’entre elles deviennent ainsi les centres de « bassins de vie » pour les villages environnants. D’ailleurs, même si la proximité de la capitale est un atout, elles n’entendent pas être assimilées à des « satellites » de la métropole : ainsi la ville de Houdan, à cheval entre régions Centre et Île-de-France, s’enorgueillit-elle d’offrir de l’emploi à au moins 50 % de ses habitants. Pas question pour ces communes ambitieuses de devenir de simples « cités-dortoirs »…

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le 34ème numéro d’Objectif Grand Paris.