La Courneuve, triste record d’« inégalité territoriale »

La Courneuve, triste record d’« inégalité territoriale »

Un « Atlas des inégalités territoriales » dresse, à l’initiative de la mairie de cette ville populaire, la liste des insuffisances en matièr

La FPI France prend pour deux ans la présidence de l’association européenne des promoteurs immobiliers
Face à la loi ELAN, l’Union Sociale pour l’Habitat reste sceptique
Le Premier ministre reçoit une délégation des Elus de France urbaine

Un « Atlas des inégalités territoriales » dresse, à l’initiative de la mairie de cette ville populaire, la liste des insuffisances en matière de services publics enregistrées à La Courneuve. Il propose de créer une instance de surveillance pour rester vigilant et corriger les manquements de l’État dans certaines communes.

L’Atlas des inégalités territoriales » que publie la ville de La Courneuve à l’initiative de son maire, Gilles Poux, annonce la couleur dès la couverture : sur la « Une » sobre de l’ouvrage, un point fermé ponctue la « discrimination d’État » dénoncée. C’est bien, pour le maire, d’un combat qu’il s’agit, et il s’appuie pour l’étayer sur des chiffres qui reprennent et complètent le tableau déjà dressé il y a quelques mois par un rapport parlementaire accablant sur les inégalités subies par les populations en Seine-Saint-Denis*.

Les grandes problématiques mises en lumière 

Pour « mettre en lumière la non-action de l‘État face à des discriminations qui ne cessent de s’aggraver au fil des années », l’Atlas examine des chiffres clés dans des domaines très variés, de l’emploi à l’éducation en passant par la santé, la sécurité ou le logement.

Un exemple : l’accueil de la petite enfance et l’éducation. La Courneuve, ville populaire, accueille plus de jeunes que les autres villes. Ainsi, le nombre d’enfants de moins de six ans, en baisse à l’échelle de la France entière, est en forte augmentation (+2,6% par an) à La Courneuve. D’une manière générale, les jeunes en difficulté scolaire et menacés de « décrochage » sont plus nombreux qu’ailleurs. Pourtant, « La Courneuve dispose d’un taux très faible de couverture des besoins en garde d’enfants », constate l’Atlas et les enseignants que l’on affecte en Seine-Saint-Denis sont globalement moins expérimentés qu’à l’échelle de la France. « Lorsque l’on compte les heures de cours réellement dispensées, le mieux doté des collèges de Seine-Saint-Denis est moins bien doté que le moins bien doté des collèges parisiens », affirmait déjà un rapport parlementaire en 2018*.

L’emploi fait apparaître les mêmes traitements de « défaveur » : tandis que le taux de chômage à La Courneuve, dans toutes les tranches d’âge, est deux fois supérieur au taux national, on y trouve « 1 agent Pôle Emploi pour 160 demandeurs, contre 1 pour 116 en moyenne en France », selon des chiffres fournis par Pôle Emploi. Le niveau de diplôme reste très faible à La Courneuve et les clauses d’insertion sociales, un dispositif certes efficace pour ramener à l’emploi les populations qui en sont le plus éloignées, ne se transforment cependant que rarement – 12 % au niveau national – en contrats pérennes. Autant dire que la formule ne réussit pas à lutter contre la précarité.

Le logement s’inscrit dans la même logique : alors qu’« il y a deux fois plus de familles nombreuses à La Courneuve que dans l’ensemble du pays, on y trouve trois fois moins de logements adaptés ».
La part de sur-occupation des logements est, dans ces conditions, constante… À La Courneuve, l’habitat dégradé est au bout du compte près de cinq fois supérieur à la moyenne nationale et, malgré un nombre croissant de logements sociaux, l’augmentation des demandes se traduit par une tension croissante.

18 mesures pour rétablir l’égalité 

Dans une ville où le nombre de délits et crimes est plus de trois fois supérieur à l’échelon national, « la présence policière est mal dimensionnée », affirme l’Atlas. Une inadéquation que l’on retrouve au chapitre de la santé : « Il y a, se désole Gilles Poux, cinq fois plus de professionnels de santé à Paris qu’à La Courneuve pour 1 000 habitants » et 50 % des postes de médecins scolaires sont vacants en Seine-Saint-Denis…

Dans bien d’autres domaines-clés de la vie quotidienne, le rapport continue d’égrainer des indicateurs qui, souligne Thomas Porcher, économiste, « décrivent une commune qui cumule tous les désavantages et semble ne ressembler à aucune autre en France ».

Ni la commune ni son maire ne souhaitent cependant en rester au constat, d’autant, affirme Gilles Poux, que « La Courneuve n’est pas seule concernée par ces logiques destructrices ». Parmi les mesures préconisées pour « changer durablement la situation des territoire discriminés par l’État», l’Atlas propose notamment la création d’une autorité administrative indépendante placée sous l’autorité d’un « défenseur des territoires ». Il est également temps, affirme le maire, de « refonder une politique de la ville » et de prendre des mesures incitatives pour favoriser l’implantation des fonctionnaires, qu’il s’agisse de santé, d’éducation ou de police, sur le territoire de la ville. Cet ensemble de mesures est chiffré par l’étude à « environ dix milliards d’euros », une « somme qui n’est pas à considérer comme un trou noir » , affirme Thomas Porcher, mais bien comme un investissement. Lorsque l’on coupe trop fortement dans les services publics – voyez la Grèce ! –, les dépressions, les suicides, le mal-développement s’installent ; il y a un coût humain d’abord, économique aussi ».

 

* Rapport sur l’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis, présenté en mai 2018 par François Cornut-Gentille et Rodrigue Kokouendo, députés.