Industrie, le retour ?

Industrie, le retour ?

Les usines ont quitté massivement la zone centrale de l’Île-de-France, même si de grands sites industriels sont toujours présents en grande couronne,

620 000 emplois franciliens dépendent d’un groupe étranger
Synthèse de l’Observatoire des quartiers de gare du Grand Paris Express
Paris-Londres : Brexit et tapis rouge…

Les usines ont quitté massivement la zone centrale de l’Île-de-France, même si de grands sites industriels sont toujours présents en grande couronne, laissant la place à Paris et en petite couronne aux sièges sociaux et aux centres de recherche. Aujourd’hui, le plan de relance entend « transformer l’économie pour qu’elle soit bien positionnée en sortie de crise », affirme Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie. En milieu urbain, on parle désormais plutôt d’« activités productives » hybrides, mêlant production et services, plus souples, plus légères, plus réactives. Mais cette émergence d’une industrie nouvelle se heurte aux obstacles propres à l’Île-de-France, et notamment à un foncier rare et cher.

Il y a bien longtemps que les grandes usines héritées du XIXesiècle ont quitté le Grand Paris, en un mouvement de délocalisation qui plonge ses racines loin dans notre histoire mais qui s’est accéléré dans les dernières décennies. Elles étaient pour l’essentiel en bordure de Paris, au sud-est de la métropole, sur sa frangenord-Eest ou encore au nord-ouest, tout au long de la Seine ou des grands axes routiers… Leur départ a laissé la place à des friches industrielles gigantesques qui ont fait durant ces dernières années les beaux jours de la promotion immobilière et de ses nouveaux quartiers. Du bureau partout dans le Grand Paris ? Pourquoi pas… C’était la tentation de la fin du XXesiècle : le tertiaire génère beaucoup moins de nuisances que l’usine, ne fait pas de bruit, ne distille ni vapeurs ni odeurs et il apparaît ainsi comme bien mieux adapté à la ville que ne l’étaient les ateliers d’autrefois.

L’affaire semblait entendue… et les politiques industrielles, nées relativement récemment – on a même eu sous la présidence de François Hollande un éphémère « ministère du Redressement productif »… –, ne se consacraient pas prioritairement à la région-capitale. Mais le Covid est passé par là et il a mis l’accent sur des faiblesses – nationales autant que régionales –, en matière de production industrielle, que tous les économistes, en réalité, connaissaient de longue date.

C’était à vrai dire peu surprenant : l’industrie francilienne est aujourd’hui réduite à la portion congrue puisque le tertiaire représente dans la région 87 % de la valeur ajoutée et 84 % des emplois salariés. En l’espace des seules vingt dernières années, l’emploi dans l’industrie a été divisé par deux, notamment dans le textile et la construction automobile. Et les emplois qu’offrent les services, soit très qualifiés, soit au contraire peu qualifiés et très volatiles, ne remplacent pas un emploi industriel plus diversifié en termes de niveaux de qualification et plus stable.

Avec le départ des activités de production sous des cieux moins coûteux, l’industrie n’a pas disparu mais elle a pris un autre visage, celui d’activités plus orientées vers la recherche, la conception, la gestion, le commerce.

Bref, l’atelier est parti, le siège social est resté, accompagné – parfois – du centre de R&D. Le mouvement n’est cependant pas terminé : certains sièges sociaux commencent à s’éloigner de la Capitale – c’est Airbus, par exemple, qui a rejoint Toulouse, même si la région parisienne est une grande région de l’aéronautique –et, avec eux, la recherche et l’ingénierie risquent de poursuivre la désertion… Sans volonté politique forte, on n’en a pas terminé avec la déréliction industrielle. Quant aux TPE-PME, qui constituent l’immense majorité des entreprises industrielles, elles sont peu pourvoyeuses d’emplois et souffrent beaucoup de la crise sanitaire. « Quand de grands centres de production quittent un territoire, cela met aussi à mal le tissu local de production de services, c’est-à-dire de nombreuses TPE-PME », remarque Thierry Petit, chercheur au département Économie de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Île-de-France.

Sauvegarder l’existant, implanter des activités nouvelles

D’où le branle-bas de combat orchestré par les pouvoirs publics : la Région autant que l’État changent leur fusil d’épaule. La recherche et l’innovation, oui bien sûr, mais en soutenant leur cadre somme toute « naturel », l’industrie, à grand renfort de financements et d’initiatives diverses.

Les stratégies destinées à retrouver une « souveraineté industrielle » sont diversifiées. Au plan national, le gouvernement a décidé dans le contexte de la crise sanitaire de « faire de l’industrie un pilier de la relance ». Sur les 100 milliards d’euros qui lui sont consacrés, « 35 sont fléchés vers l’industrie », assure Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie. « Un plan massif, immédiat, inédit, qui a pour objectif de décarboner l’industrie, de la relocaliser, de la moderniser et d’innover en soutenant la recherche. »

Au-delà de l’effort national, chaque Région pilote sa propre action et les deux niveaux de décision – État et Régions –, faisant taire leurs dissensions pour l’occasion, ont affirmé leur volonté de « coordonner leurs interventions, dans une logique de subsidiarité et dans un esprit de confiance », selon les mots de Renaud Muselier, président de Régions de France.

Dans ce contexte, l’exécutif régional en Île-de-France a lancé dès l’été dernier un appel à projets s’adressant « aux entreprises industrielles qui portent un projet de transformation, de modernisation, de relocalisation ou d’implantation de site de production sur le territoire francilien ». Il s’agit de sauvegarder, autant que possible, et même de renouveler le tissu industriel régional, en intégrant les transformations numériques et écologiques désormais indispensables. Les projets peuvent être subventionnés à hauteur de 50 %, pour une aide pouvant aller jusqu’à 800 000 euros.

L’objectif est aussi de faire porter l’effort sur les filières bien adaptées aux exigences de notre époque, c’est-à-dire soucieuses de « résilience énergétique », de transition climatique et de respect de l’environnement. « L’idée est par exemple d’œuvrer à l’indépendance alimentaire, en réimplantant la production agroalimentaire dans la région, explique Thierry Petit. Il s’agit aussi de regagner une certaine indépendance dans le domaine de la santé, en sauvegardant ce qui existe et en soutenant l’innovation. D’autres secteurs d’avenir dans le domaine de l’énergie, comme l’hydrogène, sont fortement soutenus par la Région. L’industrie circulaire est aussi amenée à se développer. »

Le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER), consulté l’été dernier sur la meilleure façon d’orchestrer une « réindustrialisation efficace », y va aussi de ses recommandations : « La Région doit prôner le développement de la filière robotique. Capitaliser sur l’automatisation ferait baisser la dépendance envers la main d’œuvre à bas coût et favoriserait la relocalisation », souligne l’institution dans un rapport rendu en septembre 2020.

Retrouvez l’intégralité de l’article et du dossier sur la réindustrialisation de la région Ile-de-France dans le prochain numéro (32) d’Objectif Grand Paris.