Le Grand Paris du zéro carbone : le défi de l’impossible

Le Grand Paris du zéro carbone : le défi de l’impossible

La région-capitale a des atouts face aux exigences de la neutralité carbone : sa densité bâtie, son transport public, son potentiel en matière d’éne

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La région-capitale a des atouts face aux exigences de la neutralité carbone : sa densité bâtie, son transport public, son potentiel en matière d’énergie renouvelable. Mais les objectifs et les exigences se durcissent constamment. Avantage, cela pousse les élus comme les entreprises à améliorer la qualité des matériaux, à développer de nouveaux métiers et à innover, à se dépasser. Le Grand Paris a sa feuille de route.

Robert Poujade, tout premier ministre de « la protection de la nature et de l’environnement » de 1971 à 1974, disait avoir hérité du « ministère de l’impossible ». Peut-être ne savait-il pas, au moment où il émettait ce jugement en forme de boutade, à quel point l’avenir devait lui donner raison. De fait, alors que l’urgence de la baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES) est proclamée partout, alors que « la maison brûle » pour reprendre une autre intervention restée célèbre, la France continue apparemment à se heurter au mur de l’impossible. Et avec elle, ses régions, cheffes de file sur le climat et l’énergie, sommées par la loi de réaliser sur les territoires la mise en œuvre concrète de la Stratégie nationale bas carbone. Comme bien d’autres, la région Île-de-France continue donc de courir après des objectifs qui n’en finissent pas, conférence internationale après conférence, de se durcir…

La construction : la moitié des émissions de GES

L’état des lieux ? Quelques chiffres ou ordres de grandeur suffisent à le résumer.

En Île-de-France, densité du bâti oblige, c’est le secteur de la construction qui est responsable de la plus grande part – près de la moitié – des émissions carbone annuelles enregistrées dans la région. Les transports routiers – qui constituent dans la plupart des régions le poste le plus émetteur – sont en Île-de-France plutôt vertueux – 30 % des émissions tout de même – du fait de la part importante que prennent les transports publics dans les déplacements quotidiens. Quant à l’agriculture, traditionnellement troisième secteur responsable des émissions de GES en France, elle reste très en retrait dans la région francilienne du fait de la quasi-absence d’élevage, à égalité avec l’industrie, elle-même peu présente. Au total, les émissions territoriales – qui ne prennent pas en considération les émissions dites « importées », c’est-à-dire résultant de produits ou matériaux fabriqués ailleurs – ne représentent que 9 % du bilan national… L’Île-de-France n’en a pas moins, pour prendre sa part des objectifs nationaux, des ambitions – et des obligations – importantes.

C’est là que tout se complique.

« Le schéma régional de l’air et de l’énergie, document État-Région clé réalisé en 2012, avait axé pour 2020 l’objectif d’une baisse de 28 % des émissions territoriales de gaz à effet de serre. On en est à peu près à moins 20 %. On a donc déjà pris du retard » – Erwan Cordeau, spécialiste de l’écologie urbaine à l’Institut Paris Région.

« Depuis, des conférences internationales ont eu lieu, les plans ont été actualisés. Le nouvel objectif pour la France à l’horizon 2030 impliquera une baisse de 45 % des émissions et c’est sur cette base que la région devra se réorganiser. Cela revient à dire que l’on doit passer à la vitesse supérieure alors que l’on a déjà du retard sur les objectifs antérieurs. Sauf mobilisation massive, on sait déjà qu’on n’y sera pas en 2030… »

La rénovation énergétique en première ligne

Non pas que l’on ne sache pas ce qu’il faut faire ! Au premier rang des actions à conduire en Île-de-France, la rénovation énergétique sur le bâti déjà existant, une intervention bien plus cruciale que ne l’est la construction neuve. L’Ademe expliquait dans une publication consacrée au sujet en 2018 qu’il fallait envisager « une baisse de 80 % des émissions de GES à l’horizon 2050 », en intervenant sur tous les secteurs, du logement au tertiaire. Les objectifs du schéma régional de 2012 prévoyaient d’ailleurs déjà la réhabilitation de 125 000 logements par an et de 7 millions de mètres carrés de bureaux.

Au plan national, la rénovation énergétique a été désignée comme prioritaire pour le plan France Relance qui doit lui consacrer 6,2 milliards sur deux ans. Tout le monde semble donc d’accord… Résultat, les émissions dans ce secteur « semblent s’être stabilisées en Île-de-France. Mais on a besoin de changer d’échelle, de massifier l’intervention pour atteindre des résultats à la mesure de l’attente », nuance Martin Hervouët, urbaniste et économiste à l’Institut Paris Région.

L’ambition est aussi de développer encore les réseaux de chaleur pour le chauffage des immeubles et d’augmenter la part des énergies renouvelables.

Dans ce registre, l’Île-de-France compte quelques avantages – une forte densité qui aide au développement des réseaux de chaleur, un recours déjà important à la géothermie – et des difficultés, notamment pour l’éolien qui est très peu représenté car très décrié.

« Il s’agit à la fois de diminuer la consommation d’énergie fossile, d’augmenter la part de l’électricité et d’organiser une forte croissance des énergies renouvelables dans la production d’électricité. RTE, qui vient de publier un rapport sur ce thème, insiste sur la nécessité d’une très forte mobilisation… » – Martin Hervouët.

Dans les transports aussi, l’électrification apparaît comme indispensable et les voitures électriques annoncées depuis si longtemps pourraient bien prendre une place enfin croissante : au plan national, sur un marché automobile globalement difficile, les véhicules électriques ont atteint en 2020 une part de marché jamais vue de près de 10 % tandis que les hybrides représentaient plus de 17 % des ventes. On peut espérer voir l’Île-de-France, plus riche que d’autres régions, prendre une bonne place dans le mouvement, d’autant que l’installation des bornes de recharge décolle enfin.

Retrouvez l’intégralité de l’article, ainsi que l’ensemble du dossier, dans le 35ème numéro d’Objectif Grand Paris.

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