Evènementiel : les salons et congrès en chute libre

Evènementiel : les salons et congrès en chute libre

C’est par centaines que se comptent les salons et congrès annulés dans la métropole parisienne, par milliards que s’évalue le manque à gagner. La fili

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C’est par centaines que se comptent les salons et congrès annulés dans la métropole parisienne, par milliards que s’évalue le manque à gagner. La filière demande aux pouvoirs publics de distinguer salons professionnels et “mass events” pour rendre possible le retour à l’activité. D’autant que l’Italie, l’Allemagne et la Suisse, elles, ont repris…

C’est une chute aux enfers dont on ne voit pas le bout : en région parisienne, le secteur de l’évènementiel n’en finit plus de tenir le compte de ses pertes. En octobre 2021, et en prenant en considération les événements prévus de mars à décembre 2020, on en était à plus de 260 salons annulés, à plus de 430 congrès supprimés ou reportés. Dans les mois à venir, les mauvaises nouvelles continuent de tomber : c’est le Sial, évènement de dimension mondiale sur l’alimentation, qui s’interroge, entre report et annulation, c’est Equip’Hôtel, qui n’aura pas lieu, c’est le Salon de l’agriculture, symbolique entre tous, qui n’ouvrira pas sa gigantesque ferme annuelle, vitrine traditionnelle et très populaire des territoires français. “L’absence du Salon de l’Agriculture, on n’avait pas vu ça depuis 1945…” souligne Emmanuel Rodier, responsable du département Tourisme, Congrès et Salons à la Chambre de commerce et d’industrie d’Ile-de-France. 

Paris est en fait la première ville du monde en matière d’accueil de salons professionnels. Résultat logique, explique Emmanuel Rodier, “quand ça marche, ça marche très bien, mais quand ça s’arrête, ça coûte très cher…”. 

Un écosystème qui s’effondre

Derrière ces évènements, c’est tout un écosystème qui s’effondre : les gestionnaires de sites et autres loueurs de salles et amphithéâtres, les organisateurs des rencontres, les exposants, les multiples prestataires de services, de la sécurité aux transports en passant par les aménageurs et décorateurs de stands. 

Les chiffres -même s’ils sont difficiles à appréhender complètement- sont vertigineux. Dans la seule Ile-de-France, on évalue à environ 3000 le nombre d’entreprises qui travaillent pour l’évènementiel. “Mais il y en a bien d’autres, installées sur l’ensemble du territoire français, qui interviennent pour l’organisation des salons franciliens”, poursuit Emmanuel Rodier. 

En métropole parisienne, ce sont quelque sept millions de visiteurs qui ne sont pas venus ou ne viendront pas dans le deuxième semestre 2020, 400 000 congressistes potentiels qui ne se réunissent pas, 70 000 entreprises exposantes qui ne se déplacent pas. Autant de sociétés qui ne rencontreront pas leurs partenaires, ne valoriseront pas leur activité à l’occasion du salon ou du congrès, ne recruteront pas, ne communiqueront pas, ne signeront pas de contrats… 

“Pour les grandes entreprises, le manque à gagner est réel. On l’évalue dans la période -en comparant aux 20 milliards de chiffre d’affaire réalisé par les exposants en 2019- à plus de 15 milliards d’euros. 

Pour les petites et moyennes entreprises, c’est un peu différent : dans ces salons souvent très internationaux, outre le chiffre d’affaire direct, c’est un premier pas vers l’export qui est réalisé”. C’est par exemple le cas pour le salon Maison & Objet, qui rassemble de multiples artisans proposant leurs produits à des visiteurs qui sont à 80% internationaux.

Au-delà de l’écosystème de l’évènementiel, directement impacté par la disparition de l’activité, des pans entiers de l’industrie ou des services sont fragilisés ; ils comptent souvent parmi les fleurons de l’économie française, de l’agroalimentaire, représenté au Sial et au salon de l’agriculture, à l’aéronautique et l’aviation -salon du Bourget-, en passant par l’hôtellerie -Equip’Hôtel-, la construction navale et les sports nautiques -le Nautic-, le nucléaire -la world nuclear expo- et bien d’autres. 

Stop & go : une absence de visibilité très pénalisante

A l’origine de tous ces déboires, bien sûr, l’arrêt pur et simple de l’activité avec le confinement de mars dernier. Mais plus encore, peut-être, “c’est le manque de visibilité qui est terriblement pénalisant”, explique Raphaëlle Neveux, directrice des relations institutionnelles de l’Unimev, union professionnelle représentant de tous le métiers de l’événementiel. De fait, les salons et congrès sont des évènements qui se préparent et se réalisent sur le long terme. “Ce sont de véritables paquebots”, explique Raphaëlle Neveux, “on ne peut pas se retourner du jour au lendemain !” 

Dans ces conditions, poursuit la responsable de l’Unimev, “si les gros opérateurs ne peuvent pas travailler pour le printemps 2021 au moins, il est à craindre qu’il n’y ait pas de redémarrage par la suite, ni pour les sites, ni pour les prestataires…”

Distinguer “B to B” et “mass events”

Que faire ? Les professionnels, bien sûr, se tournent vers les pouvoirs publics, déplorant qu’on leur “impose un régime très strict, alors que l’Allemagne, la Suisse et l’Italie font repartir leurs salons” malgré la pandémie. 

Le secret de ces rivaux européens tient au fait qu’ils distinguent entre, en bon français, “mass events et évènements BtoB”, expliquent les professionnels. Le “BtoB” serait plus limité quantitativement, plus “facile” à gérer au plan sanitaire et ne devrait donc pas subir des restrictions aussi drastiques que les événements les plus populaires -comme les rencontres sportives- qui drainent un plus vaste public. C’est la réclamation des professionnels de l’événementiel face à la Etat. “Un salon, c’est une rencontre d’affaires, une plate-forme de discussion, plaide Raphaëlle Neveu. On sait y gérer les flux depuis très longtemps, on peut limiter les entrées et les adapter à la capacité d’accueil”. 

Les professionnels veulent également bénéficier d’un soutien comparable à celui des professionnels du tourisme : le plan de sauvegarde doit donner accès à “l’activité partielle sans reste à charge jusqu’en juin 2021”, explique l’Unimev. “Il faut aussi prévoir la relance de la filière, aider les collectivités locales qui ont dû fermer leurs sites…”

Photo : Salon de l’immobilier d’entreprise (SIMI) au Palais des Congrès de Paris en 2019 ©DR