Entretien avec Didier Kling, président de la Chambre de commerce Paris-Ile-de-France : “Un plan massif, rapide, détaillé : un Etat déterminé face à une économie de guerre”

Entretien avec Didier Kling, président de la Chambre de commerce Paris-Ile-de-France : “Un plan massif, rapide, détaillé : un Etat déterminé face à une économie de guerre”

La CCI Paris Ile-de-France est en première ligne face aux très nombreux appels des entreprises en détresse,notamment les plus petites. Dans ce context

L’Institut d’aménagement et d’urbanisme forme aux changements institutionnels
Débat des municipales à Paris : les candidates unanimes pour soutenir les commerçants
Patrick Ollier, au sujet de la Métropole du Grand Paris : « Nous, en 4 ans, il a fallu qu’on apprenne à travailler ensemble »

La CCI Paris Ile-de-France est en première ligne face aux très nombreux appels des entreprises en détresse,notamment les plus petites. Dans ce contexte, 45 milliards d’euros financeront le chômage partiel et le report des charges. Un fonds de solidarité spécifiques soutiendra les indépendants. L’Etat mobilise par ailleurs 300 milliards d’euros de garanties pour assurer les prêts bancaires. 

Propos recueillis par Christine Murris

Vous avez mis en place un numéro spécial afin d’informer les entreprises franciliennes des mesures prises pour les aider durant l’épidémie. Que vous disent les chefs d’entreprise ?

Le numéro spécial (01 55 65 44 44) fonctionne depuis le lundi 17 au matin, premier jour de confinement. Plus de 700 appels ont été enregistrés en un jour, c’est un afflux évidemment sans précédent qui témoigne des difficultés rencontrées par les entreprises. Pour y faire face, nous avons renforcé notre équipe -une quinzaine de personnes- , qui, bien qu’en télétravail, se consacre désormais  à cet effort d’information et d’accompagnement. Les préoccupations majeures des entreprises ? Bien sûr, la trésorerie, les charges, les salaires. Les sociétés les plus en difficulté sont bien entendu les TPE. Elles n’ont pas les moyens -ni humains, ni financiers- de faire face à un tel coup. Un petit commerce doit toujours payer un loyer, même si l’activité se dégrade considérablement… Cela vient toucher des entreprises qui étaient souvent déjà fragilisées par les grèves successives, et par les manifestations des Gilets jaunes. 

Quels sont les secteurs qui vous paraissent les plus touchés ?

Aux premières loges, notamment en Ile-de-France, il y a bien sûr l’événementiel et le tourisme. Mais cela rejaillit sur tous les secteurs. L’Ile-de-France est un cas particulier : la région représente le tiers du PIB national, c’est-à-dire 700 milliards d’euros sur 2500. Le secteur des services est particulièrement important -87% du PIB régional-, l’industrie peu présente, ainsi que l’agriculture. Dans ce domaine des services, tout fonctionne aujourd’hui en mode très dégradé, seul l’agro-alimentaire continuant à produire normalement. La semaine dernière, les marchés se sont effondrés. On a cru que l’on allait être en présence d’une crise financière comparable à celle de 2008 ; ce n’est pas ça. En réalité, on est entré dans une économie de guerre.

Dans ce contexte, quelle appréciation portez-vous sur les mesures annoncées par le gouvernement ? 

Le plan annoncé par les pouvoirs publics est massif, rapide, très détaillé. On parle de 300 milliards de garantie de l’Etat, et de 45 milliards de fonds de soutien. Tout ceci est complètement inédit. En 2008, Nicolas Sarkozy avait mis 35 milliards sur la table, c’était déjà énorme… Le fonds de soutien s’ajoute aux reports de charges, au report de toutes les échéances, et la BPI a tout mis en place pour que son dispositif de garantie intervienne.  Il n’y a qu’un point qui n’est pas réglé, c’est la question de la TVA. L’impôt sur le revenu et la TVA ne sont pas concernés par ces reports. Tout simplement parce que, ne l’oublions pas, la TVA constitue la principale ressource de l’Etat. Bien sûr, il faudra penser ensuite à soutenir la sortie de crise, et se posera la question de la dette de l’Etat. Car l’Etat emprunte pour soutenir les entreprises ! Mais nous n’en sommes pas là. 

Les moyens d’accès à ces aides seront-ils vraiment fluides, simples ? Ou bien les entreprises vont-elles être confrontées à des lenteurs difficiles à supporter en ce moment ? 

Tout est compliqué car l’afflux des demandes des entreprises est massif et brutal, on l’a bien vu avec les systèmes informatiques, par exemple, parfois submergés temporairement ; cela a été le cas le 17 au matin avec le système informatique du ministère du Travail. On ne sait pas encore comment la garantie de l’Etat va être mise en oeuvre, on ne connaît pas tous les circuits… Il y a bien sûr encore des inconnues, mais les pouvoirs publics sont très déterminés. 

Pensez-vous que les grands projets franciliens, notamment le Grand Paris Express ou les chantiers liés aux JO, puissent être pénalisés, ou, en tout état de cause, retardés ?

Il est certain que le travail sur les chantiers est très compliqué par ce que l’on appelle désormais la “distanciation sociale” et par le confinement. Or, il est parfois difficile de s’arrêter sur un chantier : par exemple, on n’arrête pas aisément un tunnelier ! Les travaux publics sont en grande difficulté. Cela aura-t-il un impact sur le calendrier des réalisations ? C’est difficile à dire aujourd’hui… Si la crise sanitaire dure 4 à 6 semaines, est-ce que cela remettra en cause des échéances prévues en 2030, pour le Grand Paris Express ? On peut espérer que non, mais pour l’instant, on ne peut pas le dire. Il est certain en tout état de cause qu’il est très difficile de gérer les chantiers dans ce contexte. 

Au plan national, les CCI relais du plan du gouvernement

Comme la Chambre Paris Ile-de-France, toutes les CCI se sont organisées sur le territoire pour identifier les entreprises en difficulté, relayer auprès d’elles les mesures prises par le gouvernement et les accompagner auprès des partenaires -BPI, Ursaff, etc- à contacter. 

Problème numéro un, explique Pierre Goguet, président de CCI France, “l’afflux de demandes face auxquelles les moyens techniques et humains ont dû se redimensionner”. 

Selon les premiers constats, plus de la moitié des demandes formulées auprès des CCI  émanent des indépendants et des plus petits entrepreneurs -auto-entrepreneurs notamment-, des personnes souvent éloignées des structures d’accompagnement et qui les redécouvrent dans cette circonstance difficile. 

Selon Pierre Goguet, le “plan du gouvernement est très rapide et ambitieux”. Reste à savoir maintenant ce qu’il en sera de sa mise en oeuvre, et notamment de la capacité des banques à bousculer leurs process habituels pour reporter les crédits et les échéances. “Pour zéro revenu, il faut avoir, transitoirement, zéro charge. En même temps, il ne faut pas qu’une seule paye soit rejetée”, résume le président de CCI France.  

Le message essentiel de la CCI aux entreprises ? “Il faut leur garantir l’accès au crédit ; il ne faut faire aucun licenciement pour garder les compétences ; il faut se préparer au rebond”. 

Trois “missions” à haut risque…

 

©Photo : CCI Paris Île-de-France