La Défense à la recherche d’un nouveau public

La Défense à la recherche d’un nouveau public

Quand il ne fait pas référence à un haut lieu de la finance européenne, le quartier de La Défense résonne comme une adresse shopping via le centre com

Paris La Défense à la recherche d’un souffle nouveau
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Le Grand Paris s’affiche timidement sur le radar des investisseurs

Quand il ne fait pas référence à un haut lieu de la finance européenne, le quartier de La Défense résonne comme une adresse shopping via le centre commercial des Quatre Temps. Pour attirer une population nouvelle, Defacto, le gestionnaire des espaces publics du quartier d’affaires, lance de nouveaux services.

Quartier de costumes-cravates par excellence, La Défense essaie, depuis quelques années, de casser son image austère. Une image peu accueillante renvoyée, au premier abord, par sa longue dalle grise de béton qui s’étend sur deux kilomètres. Cette dimension minérale se retrouve également sur les quelques immeubles d’habitation à l’architecture imposante des années 1980, implantés en bout de dalle. Si les gratte-ciel plus récents viennent rompre cette monotonie, leur structure faite de verre et d’acier n’en constitue pas moins une barrière infranchissable pour les piétons.

Quelques années après la naissance du quartier d’affaires, l’établissement public d’aménagement de La Défense (Epad) a bien tenté de rompre avec cet univers aseptisé en implantant des œuvres d’art contemporain colorées ça et là sur la dalle, qui se multiplient aujourd’hui. Mais… qui n’est jamais passé devant cette soixantaine d’œuvres sans les voir ? L’opération « séduction par l’art » n’est, à ce jour, qu’un succès en demi-teinte…

Vers un « La Défense by night » ?

Depuis 2009, Defacto a repris la gestion du quartier d’affaires. Et l’entreprise espère bien faire la différence. Première mission : rendre la dalle à ses habitants. Si La Défense compte 160 000 salariés, près de 20 000 habitants y vivent. D’après Defacto, ils sont peu nombreux à vouloir quitter leur lieu de résidence. On peut les comprendre : un nœud de transports dense mène jusqu’au centre de Paris ainsi qu’aux principales gares de l’ouest parisien en une dizaine de minutes. De plus, le centre commercial des Quatre Temps propose 250 boutiques, effaçant ainsi tout besoin de se rendre dans Capitale. Mais voilà, niveau qualité de vie… les choses sont loin d’être aussi engageantes. Quid de la verdure ? Quid du rapport avec la rue, inexistant ? Quid aussi des vues dégagées ?

Pour rendre la vie des habitants un peu plus agréable, différentes manifestations culturelles et sportives sont organisées, à grand renfort de festivals de musique en plein air, de cours de gym géants ou encore de concours de création de mobiliers urbains. C’est ainsi que la dalle accueille de nombreux promeneurs, surtout durant la période estivale. Mais, à la nuit tombée, les lieux se vident et l’atmosphère devient vite peu rassurante. Pour faire vivre le quartier d’affaires en soirée et donner envie aux passants de se livrer à des balades nocturnes, un « éclairage événementiel » illuminera les œuvres d’art contemporain dès juin 2016. La nouvelle scénographie sera complétée par des plaques au sol présentant les œuvres dans différentes langues.

Du sport et des jeux

Les habitants ne sont pas les seules cibles de Defacto. Le gestionnaire espère également attirer plus de touristes. Pour les plus sportifs, « le plus grand golf d’intérieur d’Europe » a ouvert ses portes en janvier 2016. Près de 3 500 mètres carrés sont ainsi dédiés aux parcours, à « l’analyse du swing en 3D» et à la mesure des trajectoires et vitesses de balles. « L’idée est à la fois de démocratiser le golf et de ramener ce sport en ville », explique Olivier Edmond, fondateur du Be Better Center, qui espère convertir 4 000 nouveaux golfeurs par an. Ce centre s’adresse également aux salariés du quartier d’affaires à la recherche de détente. Des salles de sport et de relaxation sont proposées. Un bien-être qui a un coût : il faut compter 89 euros par mois pour un forfait.

Pour les plus joueurs, un jeu d’évasion grandeur nature a fait son apparition en février 2016 : le Team Break. À La Défense, on n’a pas peur des superlatifs : il s’agirait cette fois du « plus grand escape game au monde », d’après Pierre-Henri Londner, le fondateur de Team Break, jeu qui utilise davantage l’esprit logique que les gros biceps : « Les entreprises aiment y inscrire leurs salariés. Ce jeu est très fédérateur et permet de détecter les talents », espère Pierre-Henri Londner. Les tarifs varient entre 20 et 30 euros de l’heure. Et si certains se demandent ce qu’on y gagne : « C’est le plaisir de sauver le monde », conclut le fondateur.

Plus surprenant encore, si près de la Capitale, les mètres carrés de libre, qu’ils se trouvent en surface ou en souterrain, ne manquent pas. De nouveaux lieux devraient ainsi faire leur apparition. Premier thème mis en avant : la gastronomie. D’ici 2017, Table Square, un « espace culinaire et festif », réunira un restaurant haut de gamme, une brasserie et un bar dans les sous-sols du quartier d’affaires. Investissement total : 20 millions d’euros. Un belvédère, situé en bas de l’esplanade, sera transformé la même année en espaces de co-working, d’exposition et de restauration pour 5 millions d’euros.

Culture, sport et gastronomie parviendront-ils à trouver leurs adeptes dans un quartier voué depuis plus de quarante ans à la finance ? L’avenir le dira. La dalle de La Défense n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Crédit photo : CD92-José Justo.

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