Construction du Village des athlètes : quatre innovations vouées à durer

Construction du Village des athlètes : quatre innovations vouées à durer

À l’image du compte à rebours olympique, le chantier du Village des athlètes avance. Considéré comme un terrain d’expérimentation, le nouv

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À l’image du compte à rebours olympique, le chantier du Village des athlètes avance. Considéré comme un terrain d’expérimentation, le nouveau quartier laissera quelques points forts en héritage qu’il n’est pas question d’oublier après les Jeux. Focus sur quatre d’entre eux.

Dans quasiment un an, le Village des athlètes dévoilera sa silhouette définitive, à cheval entre les villes de Saint-Denis, l’Île-Saint-Denis et Saint-Ouen-sur-Seine. Plusieurs entreprises sont à l’œuvre pour faire sortir de terre tout un quartier qui accueillera près de 25 000 athlètes durant les Jeux olympiques et paralympiques. Le Comité d’organisation Paris 2024 souhaitait « un projet environnementalement innovant ». Pour cela, la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) a mis la main à la poche pour financer les expérimentations. Une manne bienvenue pour les groupements d’entreprises, composés de promoteurs, d’architectes et de bureaux d’études, qui ont pu proposer diverses innovations.

Parmi les lauréats, on retrouve le groupe Caisse des dépôts. Pour prendre sa part des Jeux, l’institution a exceptionnellement sorti sa casquette de promoteur. Il intervient ainsi sur une partie du site avec deux de ses filiales, CDC Habitat et Icade. En compagnie notamment d’Eiffage Immobilier et de Nexity, les promoteurs ont pour mission de construire plusieurs immeubles d’une surface totale de 52 000 mètres carrés. Le gros œuvre devrait être terminé fin 2022, pour une livraison des bâtiments début 2024. Ce sera ensuite au tour du Comité d’organisation Paris 2024 d’aménager les lieux pour les athlètes. En attendant, la Caisse des dépôts et Céline Lains, directrice du projet Village des athlètes au sein du groupe Caisse des dépôts, dévoilent quatre expérimentations qui, si elles fonctionnent, pourraient être reproductibles ailleurs.

Le « permis à double état »

« L’État est derrière nous pour nous aider à aller plus vite. Nous devons construire un quartier en moitié moins de temps qu’une opération classique », déclare Céline Lains. Pour débloquer les freins juridico-administratifs qui auraient pu retarder la réalisation du nouveau quartier, les services de l’État ont lancé le « permis à double état ». Un outil spécialement créé pour les Jeux olympiques,. Cette loi permet ainsi de construire un bien qui possédera deux usages dans le temps : un « état JO » pour héberger des athlètes durant un temps déterminé et un « état final » pour l’hébergement de familles à la fin des Jeux. Car, début 2026, c’est un véritable quartier d’habitation qui remplacera le Village. Pour opérer cette transformation, la Caisse des dépôts et ses partenaires ont conçu des immeubles composés de larges plateaux avec des poutres, des cloisons définitives et des cloisons amovibles. « Il s’agira seulement de reconfigurer les plateaux après les Jeux. Certaines cloisons seront réutilisées sur le site ou sur d’autres opérations », souligne Céline Lains. Si cette partie technique a été assez simple à concevoir en amont, il a fallu faire quelques ajustements en termes juridiques.

« Le Village des athlètes sera considéré comme étant en chantier jusqu’à la livraison des logements aux habitants pour avoir accès aux garanties des assurances », poursuit Céline Lains.

Près de 642 logements verront le jour sur le secteur où intervient la Caisse des dépôts, après les Jeux, ainsi que des bureaux et une crèche. Le « permis à double état » fait ici figure de démonstrateur. Si tout fonctionne comme prévu, l’État pourrait souhaiter le dupliquer. Un outil qui pourrait être bienvenu pour faciliter la réversibilité des immeubles confrontés à un changement d’usage.

Une station d’épuration dans la cave

Un des treize bâtiments que construit la Caisse des dépôts proposera des chasses d’eau à double flux dans les logements, installées au sein d’un immeuble baptisé « bâtiment Cycle ». Ce dernier sera équipé de systèmes pour récupérer, recycler et réutiliser toutes les eaux. Point fort de cet apport : les traitements se feront directement sur place, en sous-sol du bâtiment. Pour réussir ce challenge, les acteurs du projet se sont associés au bureau d’études Oasiis.

La chasse d’eau séparera les matières liquides et solides. Les premières seront dirigées vers une cuve située au sous-sol du bâtiment et récupérées par la start-up Toopi Organics. Elles seront réutilisées comme engrais naturel pour l’agriculture. Les matières solides seront envoyées dans une autre cuve pour être transformées en compost. Le nouveau matériau sera réintroduit au sein des 3 000 mètres carrés d’espaces verts que comptera le secteur en cours de construction par la Caisse des dépôts. Les eaux grises (évacuées des douches, lave-vaisselle, etc.), de leur côté, rejoindront une station d’épuration intégrée dans les sous-sols du bâtiment.

« Nous nous sommes associés à des entreprises qui installent ces équipements notamment en milieu industriel. Elles ont conçu pour nous un système plus petit, à usage résidentiel », précise Céline Lains.

Ces eaux seront réinjectées dans le réseau du bâtiment et alimenteront les chasses d’eau, les tuyaux d’arrosage ou encore les lave-linge. Même si, pour ce dernier usage, l’accord de l’État n’a pas encore été donné. « Nous sommes à la croisée des Codes de la santé publique et de l’environnement. La crise sanitaire a renforcé la vigilance des services de l’État », note la directrice. Et si, finalement, les systèmes de récupération et de traitement des eaux ne fonctionnaient pas comme prévu ou « si d’un point de vue sanitaire, certaines eaux ne pouvaient être réutilisées dans les foyers », il serait possible de jouer la carte de la réversibilité en redirigeant les eaux vers d’autres conduits. Grâce à cette innovation, plus de 80 % des eaux du bâtiment devraient être traitées et réutilisées, d’après la Caisse des dépôts.

Des capteurs dans la laine de bois

Comme promis lors de la candidature de Paris, de nombreux bâtiments seront construits en bois. Si certains comporteront des structures mixtes en bois et béton (les constructeurs ont installé sur le chantier une centrale pour fabriquer leur propre béton bas carbone), d’autres seront réalisés presque exclusivement en bois. Du béton a malgré tout été conservé aux rez-de-chaussée pour supporter le poids des l’immeubles.

« À partir du premier étage, tout est en bois, y compris les façades, les poutres et les planchers », indique Céline Lains.

Le groupement de promoteurs a dû obtenir des « Appréciations techniques d’expérimentation ». Des autorisations qui lui permettent de mettre en œuvre ces nouveaux procédés constructifs et le couvrent aussi auprès des assurances.

Parmi les innovations, on note l’utilisation de la laine de bois en tant qu’isolant, « aussi efficace que la laine de verre et plus neutre en carbone », selon la directrice. Mais elle présente toutefois une difficulté : la laine de bois peut absorber l’humidité tant que le bâtiment n’est pas protégé. Avec des capteurs, cette difficulté peut être contrée. Les constructeurs en ont installé à l’intérieur de l’isolant, sous l’œil attentif du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Si l’humidité est avérée, les panneaux d’isolant sont changés. En huit mois, seuls deux alertes sur l’ensemble des bâtiments ont retenti et ont conduit au changement de panneaux d’isolant. Les capteurs n’ont normalement pas vocation à rester implantés à l’intérieur de l’isolant, le revêtement de façade faisant office de barrière anti-humidité. Mais le CSTB pourrait y trouver un intérêt pour faire avancer la recherche.

Des arbres protégés par la loi

« Assurer la préservation des espaces végétalisés mis en place pendant les Jeux. » Cette servitude, qui sera établie par les notaires, aura une valeur juridique et s’appliquera aux acquéreurs à venir. Objectif : éviter que le projet ne perde ses spécificités après les Jeux. Si les engagements que devront prendre les futurs occupants n’ont pas encore été clairement définis, les promoteurs ont quelques idées, comme conserver tous les arbres plantés à l’identique ou encore encourager le développement de nichoirs pour oiseaux.

L’ensemble des propriétaires seront invités à rejoindre une Association foncière urbaine libre (Aful). Elle regroupera ainsi les propriétaires privés mais aussi institutionnels comme CDC Habitat qui sera propriétaire de logements sociaux. Tous pourront se réunir dans un espace dédié à la vie du quartier, au rez-de-chaussée du « bâtiment Cycle ». « Nous prévoyons la venue de professionnels pour organiser des ateliers autour de la transition écologique, comme par exemple des relevés d’arbres ou d’oiseaux faits par les habitants, etc. », précise Céline Lains. Un héritage immatériel des Jeux en quelque sorte.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le 38ème numéro d’Objectif Grand Paris.

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