Commerce de proximité : focus sur Montrouge, ville pionnière

Commerce de proximité : focus sur Montrouge, ville pionnière

Comment préserver le commerce de proximité, à l’heure où la grande surface de périphérie et le centre commercial sont en perte de vitesse ? La question se pose dans bon nombre de communes qui ont multiplié les postes de « managers du centre-ville » ou « du commerce ». Dans ce contexte, Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, conduit depuis 2000 une politique très volontariste, entre achat de locaux, sélection et accompagnement des professionnels, et aide à l’embellissement des magasins.

Le casse-tête de l’évacuation de terre
Le cluster santé se dote d’un Contrat d’intérêt national
« Changer la donne de la fabrication de la ville »

Comment préserver le commerce de proximité, à l’heure où la grande surface de périphérie et le centre commercial sont en perte de vitesse ? La question se pose dans bon nombre de communes qui ont multiplié les postes de « managers du centre-ville » ou « du commerce ». Dans ce contexte, Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, conduit depuis 2000 une politique très volontariste, entre achat de locaux, sélection et accompagnement des professionnels, et aide à l’embellissement des magasins.

 

Avenue de la République, Montrouge (Hauts-de-Seine), juillet 2021. Sur les larges trottoirs de cette artère du centre-ville, une petite foule pressée s’agite d’une boutique à l’autre. Ici, le boucher, un peu plus loin le primeur, ailleurs encore une librairie-papèterie, un restaurant, une fromagerie, des bistrots. Entre la mairie d’un côté, et le cimetière parisien de Bagneux, à l’autre bout de l’avenue, le « commerce de bouche » règne à peu près en maître. Au total, une atmosphère un peu « village » très appréciée des Montrougiens, proche de celles que les promoteurs vantent à qui mieux mieux sur leurs projets de papier glacé et qui sont pourtant si difficiles à obtenir en réalité…

De fait, le paysage commercial de cette petite ville de 50 000 habitants installée aux portes de Paris ne doit rien au hasard. Il est même le fruit d’une politique volontariste, menée de longue date, et que les changements à la tête de la mairie ne modifient pas. A l’hôtel de ville, à côté du beffroi, une petite cellule animée au sein de la Direction de l’aménagement urbain par Emmanuel Le Bassard, « manager du commerce », veille. Et travaille depuis quelque vingt ans -autant dire que la ville fait en la matière figure de pionnière- sur la base d’outils qui se sont diversifiés au fil des années.

Achat systématique des locaux

Tout commence en 2000 par un diagnostic mené rue après rue. « Et il est mauvais », reconnaît Emmanuel Le Bassard. « A ce moment-là, la ville est vieillissante, le commerce de proximité très insuffisant, les gens mécontents… ».

Sur la base de ce constat, les premiers éléments -toujours en place aujourd’hui- d’une politique de renaissance commerciale se mettent en place. Une Sem ad hoc, la Semarmont, se voit dotée de la capacité d’acheter des rez-de-chaussée commerciaux dès qu’un immeuble se construit. Depuis vingt ans, elle a ainsi acquis 11 commerces -soit environ 1500 mètres carrés- ensuite loués à des candidats sélectionnés en fonction de leur offre et de son intégration dans le quartier. La ville elle-même peut aussi acquérir des locaux déjà existants lorsqu’ils sont mis en vente. « Nous avons privilégié le commerce de bouche, et les cafés-restaurants, car c’est ce que les Montrougiens voulaient », affirme Emmanuel Le Bassard. « En centre-ville, nous ne voulons plus d’agences bancaires ou immobilières ou d’opticiens, parce qu’ils sont déjà suffisamment représentés ».

En 2021, la même Semarmont complète son portefeuille en achetant 60 locaux commerciaux à Montrouge Habitat, bailleur social.

Embellissement et digitalisation

Au-delà de l’action menée « dès le stade du projet urbain », la ville accompagne ses commerçants au jour le jour, pour leur faciliter la tâche et pour s’assurer de la qualité de leur implantation. Ici un coup de pouce à des travaux de rénovation d’une façade, là à l’achat d’une enseigne, ailleurs une aide pour la réfection d’une devanture… Les aides directes à l’embellissement représentent en 2021 40 000 euros qui s’ajoutent aux 80 000 euros versés à l’association des commerçants. Dans le même temps, une « charte pour une esthétique urbaine » -couleurs à utiliser, matériaux conseillés, positionnement des terrasses ou des enseignes…- a été conçue par la ville. Dans tous les cas, un conseil gratuit, organisé en coopération avec le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), est proposé : de quoi faciliter la tâche aux professionnels tout en permettant à la ville, encore une fois, de maîtriser l’évolution de son paysage commercial…

Le soutien municipal a pris au fil des années des formes diverses, entre convention avec la chambre de commerce pour qu’elle contribue à la re-dynamisation du commerce, soutien à la digitalisation -un conseiller en numérique est présent en mairie tous les lundis pour cela…-, et action sur le stationnement. Durant la récente crise sanitaire, des aides d’urgence ont été mises en place pour aider les commerçants à organiser leurs livraisons pendant les confinements, tandis que des chèques -50 euros- à utiliser chez les commerçants étaient attribués aux seniors inscrits au centre communal d’action sociale.

Des quartiers encore enclavés

Pour autant, dans ce domaine en évolution constante, impossible de se reposer sur des lauriers toujours fragiles… A Montrouge comme ailleurs, malgré l’allure coquette de la très centrale Avenue de la République, il reste beaucoup à faire.

Pour l’instant, dans cette ville constituée de « six villages », le commerce reste encore mal réparti. Certains quartiers sont enclavés, notamment à l’Est de la ville, et peu achalandés. Reste aussi à revaloriser et à moderniser plusieurs marchés. Enfin, la ville se veut attentive au nouveau quartier en train de naître à proximité de la future gare Chatillon-Montrouge du Grand Paris Express ; là, il s’agit de poursuivre la politique d’acquisition de locaux commerciaux tout en conduisant une réflexion sur les commerces à installer sur un site qui accueillera à la fois une clientèle de proximité et une clientèle de trafic.