Les candidats à la présidentielle remettent les métropoles en question

Les candidats à la présidentielle remettent les métropoles en question

L’organisation territoriale actuelle reste à réformer, et les métropoles pourraient en faire les frais. C’est ce qui ressort de la plupart des projets

Election des vice-présidents de la MGP : fait !
« L’avenir de Paris, c’est le Grand Paris »
16/03 | 4ème édition du « Hacking de l’Hôtel de Ville »

L’organisation territoriale actuelle reste à réformer, et les métropoles pourraient en faire les frais. C’est ce qui ressort de la plupart des projets présentés par les dix candidats à l’élection présidentielle qui se sont exprimés le 15 mars face aux élus de Territoires Unis.

Comment mieux organiser les relations entre Etat et collectivités territoriales ? Comment permettre aux communes de faire face à leurs engagements alors qu’elles connaissent une paupérisation croissante ? Comment rendre les différents échelons territoriaux plus efficaces, faire en sorte qu’ils soient mieux compris des populations, et, au bout du compte, redonner du souffle à la démocratie locale ? Ce ne sont là que quelques-unes des multiples questions que les élus rassemblés au sein de Territoires Unis* ont soumis aux candidats à la présidentielle lors d’un “Grand Oral” organisé le 15 mars à Montrouge.

Dix des douze candidats à l’élection présidentielle avaient répondu à l’appel : Fabien Roussel (parti communiste) Jean Lassalle (Résistons !), Marine Le Pen (Rassemblement national), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste), Anne Hidalgo (parti socialiste), Nathalie Artaud (Lutte ouvrière), Valérie Pécresse (Les Républicains), Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) et Jean-Luc Mélenchon (la France insoumise) se sont donc succédés au fil de cette journée très dense sur la vaste tribune du Beffroi de Montrouge, présentant leur vision de la vie politique locale puis répondant aux questions des élus. Seuls Emmanuel Macron, président sortant, et Eric Zemmour (Reconquête !) ont préféré se dispenser de l’exercice…

Des prises de position variées, souvent affirmées avec vigueur, se sont ainsi exprimées au fil de la journée. Certains des candidats, plus expérimentés que d’autres en matière de vie politique locale, ont pu manifester une connaissance fine des problèmes qui se posent aux élus locaux tandis que d’autres consacraient davantage leur propos à leur projet pour le pays. Quelques points particulièrement importants pour Territoires Unis -la décentralisation, l’autonomie fiscale, les services publics…- ont cependant été abordés par plusieurs des candidats. Revue de détail.

La décentralisation, aspiration -presque- unanime

C’est sans doute Valérie Pécresse -qui sait à quel point le sujet est cher au coeur des élus locaux…- qui a affirmé avec le plus de vigueur la nécessité d’”un puissant projet de décentralisation”. Dans l’organisation préconisée par la présidente du conseil régional d’Ile-de-France, “toute nouvelle compétence sera compensée, et les transferts financiers seront régulièrement réévalués”.

“L’autonomie des collectivités s’accompagnera en outre d’une véritable autonomie fiscale”, a-t-elle ajouté face à des élus qui, de toute évidence, n’ont pas digéré la suppression de la taxe d’habitation. Autre affirmation qui ne pouvait que satisfaire l’auditoire, celle d’un “droit à la différentiation qui devrait être inscrit dans la Constitution”.

Enfin, la candidate LR a affirmé sa volonté de débuter son quinquennat par une “grande conférence des Territoires”.

A l’autre bout de l’échiquier politique, Fabien Roussel, candidat du parti communiste, a lui aussi proposé “une vraie loi de décentralisation” et une “grande refonte des lois Maptam et Notre”. Yannick Jadot, qui a regretté l’absence de “toute vision nationale de l’aménagement du territoire durant ces dernières années” s’est quant à lui affirmé soucieux de “repenser la décentralisation sur la base d’une véritable autonomie”. Dans ce concert presque unanimement décentralisateur, seul Jean-Luc Mélenchon a rappelé son irréductible “culture jacobine” tout en expliquant que “la commune restait la cellule démocratique par excellence”.

La métropole et la région, mal-aimées des candidats

Les métropoles, échelons les plus récents du panorama territorial français, ont décidément bien du mal à se faire leur place… Pour Fabien Roussel -comme pour Marine Le Pen-  il convient tout simplement de “dé-métropoliser la France”, puisque ces nouveaux regroupements de communes “organisent la concurrence avec les autres collectivités et ne laissent que des miettes aux petites communes”. Anne Hidalgo elle-même, en des termes certes plus mesurés, a souligné qu’il n’était pas possible d’”imaginer une France à deux vitesses avec des métropoles qui attireraient tout et des milieux ruraux de plus en plus abandonnés”.

La Région s’est également attiré les foudres de nombre de candidats. Jean Lassalle l’a ainsi affirmée “parfaitement inutile” tandis que Jean-Luc Mélenchon considérait que “l’organisation la plus récente de l’échelon régional était une catastrophe”.

Restaurer les financements

Sans grande surprise -c’était bien la moindre des choses face à un tel auditoire…-, les candidats ont affirmé leur volonté de restaurer les finances des collectivités. “Les communes sont asphyxiées, méprisées”, a ainsi clamé Fabien Roussel, se taillant un beau succès en affirmant “vouloir rendre les euros pris durant le mandat Hollande”. Il s’agira bel et bien, a affirmé le candidat communiste, “d’engager une grande réforme de la fiscalité”.

Marine Le Pen, plus prudente sur le sujet, a néanmoins souhaité “remettre à plat le partage des ressources fiscales” tandis qu’Anne Hidalgo affirmait l’impérieuse nécessité de “restaurer l’autonomie fiscale des communes”.

Dans le registre financier, Valérie Pécresse, décidément très stratège, a quant à elle insisté sur sa volonté d’équité en affirmant que pour “tout euro donné à la politique de la ville, elle donnerait un euro à la ruralité”. Nathalie Artaud, pour Lutte Ouvrière, a expliqué à quel point les énergies citoyennes, à l’échelle des communes, pouvaient être créatives pour peu qu’on leur en donne les moyens.

Renforcer les services publics

Si les candidats, conviés à s’exprimer sur les libertés locales et l’organisation territoriale, se sont relativement peu exprimés sur la place de l’Etat, ils n’en ont pas moins, presque tous, affirmé leur attachement aux services publics. Philippe Poutou a ainsi déploré “une société qui a détruit les services publics” tandis que Fabien Roussel projetait “un plan pluriannuel pour (les) réinstaller” et surtout la mise en place d’un “vrai service public du grand âge”. Anne Hidalgo a de son côté proposé “un moratoire sur les fermetures de services publics en milieu rural”.

Grand âge, inclusion, logement, santé…

Plusieurs autres thématiques ont été abordées par les candidats, en fonction de leurs sensibilités. On notera ainsi que, sur la question du logement, Valérie Pécresse semble être seule à affirmer “vouloir sortir de la loi SRU”, d’autres se contentant de souhaiter son aménagement. Anne Hidalgo a insisté sur le sujet du grand âge tandis que Yannick Jadot mettait l’accent sur la nécessité d’”un plan massif pour les énergies renouvelables” et sur sa volonté de repenser politique agricole et souveraineté alimentaire.

Au total, Stéphane Lisnard, président de l’Association des maires de France, a souligné l’intérêt et la bonne tenue de débats “qui”, a-t-il affirmé, “ont fait honneur à la démocratie”. Dans un contexte national et international asphyxiant -la pandémie, puis le retour de la guerre en Europe…- et du fait de la longue absence, parmi les candidats, du président sortant, la campagne a jusqu’ici connu fort peu de grands moments d’échanges et de confrontations. Les élus de Territoires Unis, tout en regrettant l’absence d’Emmanuel Macron, peuvent ainsi à très juste titre se féliciter d’avoir permis un large tour d’horizon, d’autant plus précieux que la thématique de l’organisation territoriale du pays est en général une grande oubliée des plateaux télé.

A noter que l’association France Urbaine et Intercommunalités de France organise un exercice comparable en auditionnant les candidats à l’élection présidentielle ou leurs porte-parole le 22 mars à l’Institut du Monde arabe, à Paris. Les sujets de l’organisation territoriale du pays -mis en lumière ces jours-ci de façon inattendue par… l’actualité corse- retrouveraient-ils une nouvelle vigueur ?

 

* Collectif regroupant l’Association des maires de France (AMF), l’Assemblée des départements de France (ADF) et Régions de France.

Crédit photo : Luciccanza.

A lire sur le même sujet :

A la veille du nouveau quinquennat, la ville en campagne

L’AMIF fait les comptes

Le mouvement HLM veut se faire entendre des candidats et du grand public