Le grand Roissy, lieu d’ultra-connectivité

Le grand Roissy, lieu d’ultra-connectivité

Près de 40 ans après sa création, l’aéroport Roissy Charles de-Gaulle a opéré sa mutation pour compter aujourd’hui parmi les premières places aéroport

Paris fait le buzzzzzzzz
Vue sur Paris avec Vélib
Les Bluebus sur la chaussée parisienne

Près de 40 ans après sa création, l’aéroport Roissy Charles de-Gaulle a opéré sa mutation pour compter aujourd’hui parmi les premières places aéroportuaires mondiales. Des chiffresde croissance qui font rêver, des projets de grande ampleurqui fleurissent ici et là, des investissements étrangers qui semultiplient… le Grand Roissy, en comblant peu à peu ses handicaps,se donne les moyens de faire rayonner la métropole. Cap sur un territoire qui prend son envol.

Par Estelle Burget

Après dix ans de travaux et de contestations, l’aéroport Charles-de-Gaulle (CDG) voit enfin le jour en 1974, à 25 km au nord de Paris, en pleine terre agricole. Ultra-moderne avec son corps central cylindrique, ses sept satellites d’embarquement et sa structure en soleil (ou pieuvre, c’est selon), il affiche pourtant des ambitions relativement modestes : absorber le trafic aérien de l’aéroport d’Orly parvenu à saturation en moins de trois ans et se réserver de solides possibilités d’extension en misant sur un territoire à peine urbanisé. Salvatrice précaution.

Trente-sept ans plus tard, l’aéroport dépasse les 61 millions de passagers et devient la deuxième plate-forme de correspondances en Europe, après Londres Heathrow et devant Francfort ; parallèlement, il confirme sa place de leader européen du fret avec pas moins de 2,4 millions de tonnes en transit en 2011, soit 86 % du total du fret aérien français. Des chiffres en croissance constante et, surtout, des perspectives de développement colossales rendues possibles par un fonctionnement de l’aéroport à 75 % de ses capacités quand Londres franchit les 99,2 % en 2011.

Saisissant l’opportunité d’un écosystème propice à l’innovation, nombre d’infrastructures logistiques, industrielles et tertiaires élisent évidemment domicile sur les quelque 3 000 hectares de la plate-forme, puis par capillarité autour de l’aéroport, propulsant Roissy du rang d’infrastructure à celui de place aéroportuaire. Résultat : le territoire localisé sur quatre départements (Seine-Saint- Denis, Seine-et-Marne, Val-d’Oise et l’Oise) est devenu, depuis vingt ans, l’un des principaux pôles de croissance et de création d’emplois de l’Ile-de-France avec plus de 260 000 postes, dont 86 000 pour le seul aéroport qui fait montre d’un dynamisme sept fois plus important que l’emploi régional. Mieux, avec ses 700 entreprises dans 11 secteurs d’activité, l’aéroport CDG assure, en Ile-de-France, 4,1 % du PIB, 6,1 % de l’emploi et génère 15 milliards d’euros d’excédent de la balance commerciale. Un secteur hautement dynamique donc et tiré en permanence par toute la plate-forme économique qui s’est organisée à proximité de l’aéroport et pour laquelle l’ultra-connectivité est évidemment un facteur-clé de succès.

Le poid des mots

Dans son projet voté le 25 octobre dernier, les propos du SDRIF sont sans ambiguïté : « Le Grand Roissy est l’un des principaux moteurs de développement urbain et économique d’Île-de-France. Ses impacts territoriaux et enjeux de développement dépassent très largement la région. Il structure tout le nord de l’Îlede- France, de Paris jusque loin en Picardie, et de Meaux jusqu’à la vallée de Montmorency. »

Si aujourd’hui le Grand Roissy constitue donc objectivement une porte d’entrée importante dans la compétition internationale, le territoire a mis cependant quelques années à faire valoir son rôle déterminant dans l’attractivité de la métropole. Certes, Nicolas Sarkozy assure dès le 26 juin 2007 que « si l’Ile-de-France veut (…) jouer dans les 20 ans qui viennent en première division des métropoles mondiales, il faut développer Roissy » mais Christian Blanc, alors Secrétaire d’État au Grand Paris, circonscrit lui encore étonnamment le pôle « Le Bourget, Roissy et Villepinte » exclusivement à la logistique et l’aéronautique… Le Grand Paris éclôt, la vision d’une ville-monde tirée par des pôles d’excellence se façonne et Roissy peine à assurer sa lisibilité, à clarifier ses frontières et à s’affranchir d’une image d’industrie lourde. L’enjeu est de taille pour le territoire. Il s’agit de profiter de l’opportunité du Grand Paris pour construire une identité forte et attractive, révélatrice de la richesse des activités que draine le territoire.

La dénomination de « cluster logistique et aéronautique » étant trop réductrice, il fallait imposer le désormais fameux « cluster des échanges », confie Élisabeth Le Masson, déléguée au Développement durable des Aéroports de Paris. Une notion alors bien en phase avec la réalité d’une plate-forme qui monte en gamme ; d’une place capable de drainer du tertiaire bien au-delà du fret et de la logistique.

Le Grand Roissy naîtra quelques mois plus tard. D’abord dans les esprits, bientôt sur les lèvres puis officiellement en 2011 avec la signature des cinq Contrats de Développement Territoriaux (CDT). Une bien habile façon de clarifier l’enjeu et le potentiel de cette place aéroportuaire et de l’inscrire dans le sillage du Grand Paris. Cette victoire des mots, loin d’être anecdotique, est parfaitement révélatrice d’un changement de paradigme. L’aéroport, porte physique d’accès au monde, devient peu à peu, avec ses territoires d’ancrage, un lieu de centralité métropolitaine. Du lieu de transit au lieu de vie, il n’y a qu’un pas…

L’aéroport est devenu objectivement un puissant moteur de développement territorial. Pas moins de 3 milliards d’euros se voient aujourd’hui potentiellement injectés dans une dizaine de projets ambitieux qui feraient presque oublier un temps la crise sans précédent qui touche l’Europe.

Des réservoirs de croissance

Après quelque 580 millions d’euros d’investissement, Aéroports de Paris ouvre en juin 2012 le Satellite 4, une salle d’embarquement neuve répondant aux meilleurs standards internationaux en matière de services, d’accueil et de gestion de flux.

L’enjeu du S4 est double : porter la capacité d’accueil de Roissy de 60 à 80 millions de passagers pour absorber un flux en progrès constant et s’affranchir enfin de la réputation dramatique de « pire aéroport du monde », fustigé par CNN puis Jacques Attali dans un article à charge paru dans slate.fr en 2009. Hors aéroport, on ne compte plus les projets d’envergure destinés à booster le tourisme d’affaires, l’un des principaux relais de croissance du Grand Roissy.

Au programme : l’extension du Parc des Expositions de Villepinte et son prolongement via la Cité de l’Exposition ou encore la création de l’ITC (International Trade Center), un complexe d’affaires unique en Europe réunissant sous un même toit centre de congrès, hôtels, halls d’exposition, showroom…, le tout sur fond d’offre hôtelière qui explose. Qui dit tourisme dit loisirs et c’est Immochan qui remporte la palme de l’investissement avec son projet de « mégacentre » à Gonesse: Europa City, un programme important mêlant loisirs et équipements culturels, toutefois tributaire d’un réseau de transport adapté…

Pour patienter face à cet horizon encore incertain, Aéroville, immense centre commercial de nouvelle génération, sort actuellement de terre, au sud de l’aéroport. Ici, boutiques, garderie, salle de sport, cinémas XXL et vue imprenable sur les pistes devraient faire le bonheur des touristes et des employés de la plate-forme, gênés pour l’heure par un manque d’infrastructures commerciales.

Côté activités tertiaires, les développements aussi vont bon train. Cet été, c’est Parc Mail Roissy qui a pris son envol. À la clef, un vaste parc d’affaires, tout en bureaux et services (restaurants d’entreprises, crèches, salle de sport), conçu dans une démarche environnementale et choisi par Volkswagen France pour délocaliser une partie de son siège social de Villers-Cotterêts. Là, à proximité immédiate de l’aéroport CDG, juste en face de FedEx, au beau milieu des arbres et en bordure du futur golf dix-huit trous, le géant allemand de l’automobile a posé la première pierre du futur bâtiment de 10 000 m2 qui accueillera pas moins de 600 collaborateurs à la rentrée 2013.

Les autres projets sont à l’avenant : entre la ZAC Aerolians de 200 hectares destinée à devenir la plus grande zone d’activité d’Europe et la densification de Paris Nord 2, le potentiel d’emplois se compte en dizaine de milliers d’embauches sur des milliers de mètres carrés.

Le monde entier commence ici !

Outre le dynamisme local et une cohésion du territoire de plus en plus forte, de telles opportunités de développement sont aussi directement liées à la conception même du Grand Roissy qui offre des réserves foncières considérables pour une facture étonnamment raisonnable comparée à ses homologues européens.

Une aubaine pour toute la plate-forme économique bien sûr. Mais aussi pour le Grand Paris qui voit là l’un des dix territoires stratégiques de la métropole pouvoir jouer à long terme un rôle fondamental dans la dynamique régionale et nationale – en termes de compétitivité et de croissance – et offrir ce faisant, sur un plateau, une porte d’entrée de taille dans la compétition mondiale. Car l’enjeu est bien là. Convaincre, en France et à l’international, que « le monde entier commence ici ! », comme le clamait cet été Hubstart Paris dans son exposition éponyme. Mais pour revendiquer une telle place, encore faut-il exister aux yeux de ce monde qui ne connaît que Paris et pour qui Roissy évoque tout au plus une « galère » aéroportuaire, de surcroît desservie par un RER non adapté… Conscients du déficit de visibilité et de notoriété de Roissy au-delà de nos frontières, plus de 20 acteurs publics, associatifs et privés se sont donc rassemblés en 2009 sous la bannière d’Hubstart Paris pour porter haut les couleurs du Grand Roissy (voir interview de Vincent Gollain page 32). Un marketing territorial indispensable pour rayonner à travers le monde et attirer des projets d’investissements étrangers.

Bilan, en 2011, plus de 30 projets étrangers ont été recensés sur le territoire, générant près de 1 500 emplois. De l’Autrichien Competence Call Center AG au constructeur aéronautique brésilien Embraer, du Néerlandais Citizen M Hotel au constructeur automobile turc Koç, Holding AS… : bonne nouvelle, à la faveur d’un important travail de lisibilité du territoire, le Grand Roissy et ses filières d’excellence attirent au-delà de l’Hexagone ! Pourtant, les efforts pour mener à bien ce travail de valorisation de la place et de mise en cohérence des projets ne peuvent être réduits à la seule dynamique marketing. Pour un maximum d’efficacité, Roissy doit nécessairement combler nombre de handicaps structurels.

Découvrez-en plus sur Roissy dans votre magazine Objectif Grand Paris #1//nov 2012.

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