« Je veux un Grand Paris II »

« Je veux un Grand Paris II »

Maurice Leroy, ancien ministre (UDI) de la ville, en charge du Grand Paris, dresse un bilan en demi-teinte du quinquennat de François Hollande. Pour l

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Maurice Leroy, ancien ministre (UDI) de la ville, en charge du Grand Paris, dresse un bilan en demi-teinte du quinquennat de François Hollande. Pour lui, l’ambition globale du projet « Grand Paris » a été oubliée. Critique quant à l’organisation institutionnelle actuelle, cet expert des collectivités territoriales nous fait part de ses convictions en matière de gouvernance. Reconnaissant la dynamique existante, il se livre à un plaidoyer pour un Grand Paris II.

 

Propos recueillis par Louis Anergie

 

À l’heure du bilan, quel regard portez-vous sur l’action des gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls ?

J’ai été d’emblée rassuré par la confirmation du Grand Paris par le président de la République. Malgré cette continuité, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a tergiversé durant les deux premières années. Mal comprises, les grandes ambitions ont été revues à la baisse. La principale victime fut le Grand Paris Express qui a subi un coup de rabot budgétaire de plus de trois milliards d’euros… Un peu mesquin à l’échelle d’un investissement de cette importance ! Devenu Premier ministre, Manuel Valls a remis le dossier sur des rails plus engageants. Il a protégé la Société du Grand Paris et donné une première impulsion à l’aménagement, à la création de logements. Une dynamique existe, je m’en réjouis car le Grand Paris est bien plus qu’un projet de transports. C’est le projet global d’une métropole internationale, la seule en France. Ce projet bénéficie d’un consensus politique que je suis fier d’avoir créé. L’impact en termes d’emploi du seul chantier du Grand Paris Express est estimé à 15 000 emplois directs par an, non délocalisables, auxquels s’ajouteront entre 115 000 et 315 000 emplois d’ici fin 2030.

L’État a manqué de force. Il aurait fallu travailler avec une détermination sans faille à la mise en œuvre du Grand Paris qui est un projet d’intérêt national ! Je vous rappelle que la région-capitale produit 31 % de la richesse nationale et n’en consomme que 24 %. Premier moteur de l’économie nationale, l’Île-de-France redistribue un tiers de sa richesse aux autres régions. On ne renouera pas avec la croissance en France sans renouer avec la croissance du Grand Paris. François Hollande aurait donc dû prendre le projet à bras-le-corps. Le nouveau président de la République devra relancer ce grand projet d’avenir et renouer avec son ambition initiale.

Dès 2011, vous affirmiez le caractère irréversible du Grand Paris…

Oui, le Grand Paris est irréversible, je l’ai toujours dit. C’est l’un des rares projets de Nicolas Sarkozy à ne pas avoir été détricoté par François Hollande ! Cette continuité a été rendue possible par le puissant pacte politique que nous avions alors scellé avec Jean-Paul Huchon. Les négociations ont duré 73 jours… et nuits ! Quand je repense à tous ceux que nous avons réussi agréger autour de la vision du Grand Paris… Cela relève de l’exploit ! L’administration centrale, le préfet Daniel Canépa, les collectivités locales, les acteurs du transport, de l’aménagement, les entreprises, les corps consulaires, les fédérations professionnelles… Et même les citoyens grâce au débat public de 2010 qui est encore aujourd’hui le plus important jamais réalisé en Europe. Durant cette période, il ne suffisait pas de faire converger l’État et le Conseil régional d’Île-de-France. Des énergies puissantes, souvent contradictoires, se sont unies et nous avons rassemblé toutes les forces vives en présence autour d’une vision partagée. Ce grand projet a mis et peut continuer à mettre toute l’Île-de-France en mouvement.

À vos yeux, la pertinence du Grand Paris n’est donc pas remise en cause ?

Une étude américaine* montre que sur les 100 premiers PIB mondiaux, qu’il s’agisse de pays, de chiffres d’affaires d’entreprises ou d’aires urbaines, 42 sont des métropoles. Les réacteurs de l’économie mondiale sont implantés au cœur des villes parce qu’elles catalysent recherches, développement et innovations. Forts de la vision de Nicolas Sarkozy qui l’a initié dès 2007, avec Christian Blanc, nous avons porté ce projet d’une envergure exceptionnelle pour permettre à Paris d’entretenir son rayonnement international, de dynamiser l’économie française et de rester dans le groupe de tête des villes-monde qui animent l’économie mondiale avec Londres, New York, Tokyo et Shanghai. Soyons clairs, si le Grand Paris ne se fait pas, je ne donne pas dix ans à la France pour sortir des écrans radars des grandes puissances mondiales. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, l’immense majorité des richesses est produite dans ce qu’on appelle les villes-monde. Or les grandes métropoles mondiales se développent à un rythme inouï. Bâtir et développer le Grand Paris, c’est assurer la pérennité économique de la France pour ce siècle.

Vous évoquez souvent la dimension républicaine du Grand Paris. Pouvez-vous développer cette idée ?

Ce qui est en jeu avec le Grand Paris, c’est la crédibilité de notre pacte républicain avec les millions de Français qui vivent dans cette métropole. C’est pourquoi, j’ai vécu comme une profonde blessure les négociations picrocholines et les rabotages de Jean-Marc Ayrault en 2013. Les capacités des rames et des gares de trois lignes du nouveau métro ont en effet été réduites, dont la ligne 16 qui desservira les quartiers populaires de l’est francilien. Je m’étais tant battu avec le soutien unanime de tous les élus concernés pour que ces territoires soient désenclavés. Les centaines de milliers de personnes qui y habitent ont eux aussi droit à un métro automatique à grande capacité, moderne et connecté. Je rappelle que le marqueur principal du Grand Paris, c’est l’effacement des banlieues en gommant les frontières visibles ou invisibles de la métropole. L’enjeu, c’est de construire une métropole inclusive pour ses habitants et soutenable au plan environnemental.

Quelle suite envisagez-vous pour le projet ?

La suite, c’est un Grand Paris II ! C’est revenir à la vision originelle du projet : aménagement de l’axe Seine, de la ligne à grande vitesse Paris-Normandie, positionnement du Havre comme port de la région-capitale et de Deauville comme sa ville internationale des congrès et festivals. Je me réjouis de l’initiative de Valérie Pécresse et d’Hervé Morin, présidents des régions Île-de-France et Normandie, d’unir leurs efforts en ce sens. Il faudra renforcer les territoires d’excellence économique, créer de grands équipements publics, construire des logements mixtes dans des quartiers numériques, résilients au plan énergétique.

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le dernier numéro d’Objectif nouveau Grand Paris.

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