La tectonique des plaques version Grand Roissy

La tectonique des plaques version Grand Roissy

Les territoires sont à l’affût pour attirer les investisseurs. Le Grand Roissy dispose d’un coup d’avance grâce à son aéroport. Mais, sur le terrain, les communes et leurs habitants pâtissent d’un urbanisme monofonctionnel qui met en danger le développement du territoire.  

Le Grand Roissy met la barre très haut dans l’univers concurrentiel des territoires. Ses objectifs sont multiples. L’Association des collectivités du Grand Roissy, qui regroupe une soixantaine de communes, travaille depuis plusieurs années sur des projets d’envergure. La modernisation et l’extension du Parc des Expositions, à Villepinte, est en cours. Il s’agit de devenir le plus grand centre de congrès d’Europe et un pôle multimodal central avec l’arrivée d’une gare du Grand Paris Express d’ici 2025. De son côté, Europa City, grand pôle commercial et de loisirs qui prendra place à Gonesse, accueillerait 30 millions de visiteurs par an d’ici 2023. Sans compter Aérolians, un quartier d’affaires en cours de construction sur plus de 200 hectares, qui concentrerait à terme plus de 10 000 emplois à Tremblay-en-France.

Mais à eux seuls, ces projets parviendront-ils à donner un souffle nouveau à ce secteur ? Cela est moins sûr. Car le territoire du Grand Roissy cumule les handicaps depuis sa création. Pouvoir construire sur des terrains inexploités comportait bon nombre d’avantages. Or, ceux-ci se sont finalement retournés contre lui.

Aujourd’hui, les communes sont contraintes dans leur développement par diverses « plaques monofonctionnelles » qui s’étendent sur une bonne partie des 300 kilomètres carrés que compte le territoire.

Une logique monofonctionnelle obsolète
Il y a d’abord Roissy–Charles-de-Gaulle, premier aéroport de France en termes de fréquentation et huitième au rang mondial. Les chiffres ont de quoi impressionner. En 2014, près de 63 millions de passagers ont transité par l’aéroport parisien et les chiffres affichent une hausse pour 2015. Cependant, le site est une enclave, surtout infranchissable pour les piétons. Aujourd’hui, à l’heure du développement des mobilités douces et de la volonté de réappropriation du territoire par les habitants et les salariés, Roissy est confronté à la problématique de l’ouverture. Et l’affaire est loin d’être gagnée…

D’autres « plaques », moins compactes, n’en sont pas moins des balafres qui ne peuvent être déplacées d’un claquement de doigts. Il s’agit des coupures liées aux infrastructures routières et de transports lourds qui morcellent le territoire. Entre les lignes de RER, de tramway, de TGV et le réseau d’autoroute, ce secteur peut s’enorgueillir d’être assez bien desservi. Mais ce point fort ne vaut que pour rejoindre la Capitale. À l’intérieur du Grand Roissy, les liaisons de ville à ville relèvent du parcours du combattant.

Vient ensuite la problématique des « plaques économiques » qui comprennent les grands centres de logistique, les ateliers de fabrication et autres parcs d’activités. Si cette présence massive d’entreprises est une manne pour les collectivités, ces îlots monofonctionnels sont perçus comme des espaces non sécurisés pour les habitants. Le soir et le week-end, ces lieux, qui s’étalent sur plusieurs hectares, ressemblent davantage à des villes fantômes qu’à des quartiers urbains.

La liste des difficultés ne s’arrête pas là. Les îlots de grands ensembles (le territoire de l’Établissement public d’aménagement Plaine de France compte une vingtaine de quartiers en cours de renouvellement urbain) ont été savamment séparés des quartiers pavillonnaires. Parallèlement, on retrouve des zones de vide de plusieurs hectares au sein du périmètre concerné par le Plan d’exposition au bruit (PEB), sans oublier les espaces agricoles estimés à 9 500 hectares.

Des solutions existent… Les moyens moins
Cet « urbanisme de plaques », contraint par la nature, qui semblait autrefois nécessaire pour protéger les hommes des nuisances, opportun pour le développement d’activités économiques indésirables en centre-ville, est aujourd’hui à bout de souffle. Le défi pour le territoire du Grand Roissy est de parvenir à apporter de la cohérence à ce secteur qui veut se faire sa place dans le Grand Paris.

Consciente de l’enjeu pour cette porte d’entrée de la Métropole, la Région a commandé, en 2010, une étude à différents cabinets, dont Acadie, l’atelier Christian de Portzamparc et l’agence Güller et Güller. Il s’agissait de poser les bases du réaménagement du Grand Roissy.

Parmi les axes d’intervention, le renforcement de la mobilité à l’intérieur du territoire. Les lignes 16 et 17 du Grand Paris viendront densifier le maillage de banlieue à banlieue. Le STIF, de son côté, prévoit de consolider son réseau de bus par la création de nouvelles lignes.

Reste la question des délais de réalisation et des financements. Si le nouveau métro semble rassembler les investissements nécessaires, il accuse un retard de deux ans sur la ligne 15, qui sera livrée en 2022 au lieu de 2020. Quant au réseau de bus, la baisse des dotations va sans doute influer sensiblement sur son financement.

Autre axe d’intervention développé par l’étude : l’implantation d’activités économiques prioritaires. D’ici une quinzaine d’années, le Grand Roissy devrait entraîner la création de 130 000 nouveaux emplois. Un chiffre qui paraît encourageant. Encore faut-il que les postes créés soient en adéquation avec les qualifications des habitants. Aujourd’hui, c’est loin d’être le cas. Le pourcentage de personnes non diplômées au sein du Grand Roissy est deux fois supérieur à la moyenne francilienne.

Si le Grand Roissy se dote des études les plus poussées pour devenir l’un des territoires moteur du Grand Paris, les chantiers restent colossaux. Le territoire disposera au moins de bases solides et bien documentées pour prendre les décisions nécessaires. L’étude se poursuit. Les premières propositions concernant l’amélioration de la dimension résidentielle sont prévues pour 2016.

Crédits photo : Guignard.

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