Romainville : grandir sans s’emballer

Romainville : grandir sans s’emballer

Durant plusieurs décennies, la commune de Romainville a joui des retombées économiques de l’industrie pharmaceutique. Avec le départ des entreprises, c’est la crise. La ville, qui n’a pas assez de fonds pour rénover ses quartiers, se retrouve avec des dizaines d’hectares de friches. À l’aube des années 2000, l’heure est aux chantiers. Objectif : regagner en attractivité.

La place de la mairie, appelée un peu pompeusement place de la Laïcité, résume à Romainville l’histoire récente de la cité toute entière. En face de la mairie, les bouleversements urbains s’affichent, avec une auberge murée et tout un bloc de maisons qui attend la déconstruction. De l’autre côté, c’est le caractère encore villageois de ce centre-ville qui s’exprime, avec son église modeste et, ici et là, des corps de ferme encore visibles dans les rues les plus anciennes. Sur le flanc gauche de la mairie, une place verdoyante donne sur le « point de vue » de la ville ; tout un paysage urbain en contrebas et un dénivelé qui justifie ici un projet… de téléphérique ! Romainville, encore villageoise mais marquée par les emprises industrielles aujourd’hui désertées, change d’époque, change de monde. Elle était banlieusarde et presque provinciale, la voici de plain-pied prenant sa place dans le Grand Paris. C’est d’autant plus compliqué que cette commune moyenne de Seine-Saint-Denis – 26 000 habitants aujourd’hui environ – revient de loin. Flash back…

« Il n’y avait autrefois aucune vision de l’avenir, tant du point de vue économique que de l’aménagement du territoire », se souvient Jacques Champion, maire adjoint à l’urbanisme à la mairie de Romainville. C’était dans les années 1980. La commune, qui perd alors 3 000 habitants, est en train de vivre la plus grande crise de son histoire moderne. Aujourd’hui encore, en 2017, les stigmates de ces heures sombres sont visibles dans le paysage urbain…

Aux abords du canal de l’Ourcq pour commencer. Ici, dès le début du XXe siècle, l’industrie pharmaceutique a élu domicile sur une trentaine d’hectares (la ville en compte 344). D’une poignée de salariés, ces grandes entreprises ont fini par passer à 6 000, dont 1 500 chercheurs, dans les années 1970. Une aubaine pour Romainville, commune longtemps dédiée aux activités de maraîchage. La municipalité y voit l’opportunité de développer son territoire grâce à la manne financière apportée par ces sociétés mais aussi d’accueillir du personnel qualifié. Mais l’épopée pharmaceutique n’a pas permis à la ville de concrétiser ses desseins. Dès les années 1990, les entreprises disparaissent au fur et à mesure des délocalisations, laissant derrière elles plusieurs hectares de terrains et de locaux vides. « Près de 60 % du budget de fonctionnement de la ville provenait de la pharmacie. Après, il a fallu recourir à l’emprunt. En 2001, la ville était endettée à hauteur de 10 millions d’euros », souligne Jacques Champion.

Des « zones de non-droit »

Pendant les années fastes, la ville a beaucoup construit, parvenant à 5 000 logements sociaux dans les années 1980. Une dynamique alimentée par les besoins des industries pharmaceutiques et traditionnelles. Si ces logements ont bien vu le jour, ça cela ? n’a pas été le cas des équipements publics, ni des commerces ou encore des rues. « Les subventions ont tardé à venir. Enclavés, certains quartiers sont vite devenus des zones de non-droit », poursuit l’adjoint au maire.

Le destin semble aussi s’être acharné sur la soixantaine d’hectares de carrières situées au centre de la ville, dans le quartier de la Corniche des Forts. Ici, au cours de la première moitié du XXe siècle, des mineurs creusaient le gypse pour la fabrication du plâtre. Mais dans les années 1960, l’exploitation a pris fin, laissant, pendant un demi-siècle, ce no man’s land à l’abandon.

Le début des années 2000 fait office de tournant pour Romainville. Première décision prise par la municipalité de cette époque, dirigée par Corinne Valls : le rachat de terrains dévalorisés dans différents quartiers « pour une bouchée de pain ». Puis, c’est au tour de la voirie (39 kilomètres !) de se renouveler Pour ces travaux, la ville recourt à l’emprunt mais ces fonds s’avèrent insuffisants. Il lui faut se séparer d’une partie de son personnel. « Il y avait un employé pour 23 habitants. Pour une ville sans ressources, c’était beaucoup trop », explique l’adjoint au maire.

En 2007, c’est au tour des quartiers d’habitat social de faire peau neuve. La cité Cachin en est l’un des exemples les plus marquants. Le quartier de 1 100 logements reçoit alors des subventions publiques dans le cadre de la politique de la ville. Des fonds qui conduisent à la démolition de près de 550 logements et à la reconstruction d’autant d’appartements, sur site mais aussi dans le centre-ville. L’acquisition de foncier par la ville lui permet de créer de nouvelles voies de circulation, donnant enfin de vraies adresses aux bâtiments. De nouveaux équipements publics, des panneaux photovoltaïques ou encore des toitures végétalisées font entrer la cité Cachin dans la modernité.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le 18ème numéro d’Objectif nouveau Grand Paris.

 

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