Plaine Commune : un nouvel étage à la fusée

Plaine Commune : un nouvel étage à la fusée

Plaine Commune, une intercommunalité qui date des années 90, a forgé son projet bien avant les autres établissements publics territoriaux de la Métropole du Grand Paris. Elle en cueille aujourd’hui les fruits et ajoute un « nouvel étage à sa fusée » : les constructions liées aux Jeux Olympiques de 2024.

Patrick Braouezec n’a jamais eu froid aux yeux. Ce n’est pas aujourd’hui, alors que l’ancien instituteur, ancien maire de Saint-Denis et ancien député de la même zone, affiche au compteur plusieurs décennies d’audace urbaine, en tout cas de conviction bien trempée, que les choses vont changer.

D’où son assurance face à tous ceux qui s’enquièrent de l’avenir de Plaine Commune, de ses 9 villes et de leurs 408 000 habitants. Patrick Braouezec, actuel président du territoire, est optimiste et il a, paraît-il, toutes les raisons de l’être : Plaine Commune a déjà connu plusieurs révolutions, souligne-t-il. Mais avec ses milliers d’hectares libres qui attendent encore une nouvelle affectation, avec sa faible densité et l’incandescente créativité portée par une population plus jeune qu’ailleurs, le potentiel est encore immense. Et c’est sous l’égide de la culture et de la création, nouveaux labels d’un territoire en expérimentation constante, qu’il se place.

Surtout, surtout, une nouvelle accélération prend forme : en devenant le deuxième pôle majeur des Jeux Olympiques de 2024, aux côtés de la Capitale, Plaine Commune « ajoute un nouvel étage à la fusée ». Un pari qui reste à emporter ? Il est gagné d’avance, affirment sans autre forme de prudence les responsables de Plaine Commune. Car, quelle que soit la décision du Comité international olympique (CIO), les constructions et les équipements prévus à Saint-Denis, à Aubervilliers ou au Bourget sont soigneusement calibrés pour se transformer, dès les lendemains de la fête, en ville belle et bonne, prête à être investie au quotidien par les Franciliens…

L’homme heureux qui s’exprime avec un optimisme désarmant en des temps pourtant difficiles peut déployer à l’appui de ses propos une histoire plutôt convaincante.

Un urbanisme « de rue », à dimension humaine

La transformation du territoire date de la fin des années 80, quand les élus décident ensemble, contraints et forcés par les réalités économiques, de tourner la page de l’ère industrielle : les vastes usines qui avaient fait de la Seine-Saint-Denis le premier bassin d’emplois industriel d’Europe n’étaient plus alors que d’immenses friches.

« On a très vite ouvert un chantier de réflexion, explique Patrick Braouezec, réuni des architectes, des urbanistes, des sociologues… À charge pour eux de réfléchir : que faire de cette zone autrefois si fière de ses savoir-faire et pourtant en passe de se transformer en première friche d’Europe ? » De leurs travaux devaient sortir un projet urbain et quelques principes majeurs.

D’abord la plurifonctionnalité. On a suffisamment, ici, vécu les risques de la monoculture industrielle pour savoir que tous les œufs ne devaient pas être placés dans le même panier. Le nouveau territoire ferait leur part à l’industrie mais aussi au tertiaire, à la culture, à l’éducation et se tiendrait à l’affût des évolutions du travail et de la société pour, désormais, éviter les impasses…

Autre impératif, rompre avec l’urbanisme de dalle. Argenteuil, Bobigny et même La Défense avaient fait la preuve de leurs limites. Il s’agirait désormais d’en revenir aux rues, à leurs adresses, à leurs cheminements, à leur capacité à favoriser le « bien vivre ensemble ». Des « vieilleries » qui avaient de longue date, somme toute, prouvé leurs vertus urbaines.

Enfin, devait être privilégié un urbanisme à dimension humaine tournant le dos aux barres et autres tours d’habitation qui avaient fait les riches heures de la construction des années 60-70. Car bien qu’elles aient su loger des milliers de familles modestes, les barres avaient aussi des effets collatéraux négatifs durement présents à l’heure de la crise économique.

L’intercommunalité pionnière

Projets et idées, pourtant, auraient eu bien du mal à s’incarner s’ils n’étaient portés par des hommes et des structures efficaces. D’où la première des innovations de Plaine Commune : une intercommunalité revendiquée.

C’est dès la fin des années 90 que naît la communauté de communes, une union des bonnes volontés au sein de laquelle des compétences sont transférées et des politiques communes mises en place. De quoi donner au territoire beaucoup de force face à l’État, à l’entreprise, à la Région ou aux autres collectivités territoriales. On a évité, ici, au fil des années et des travaux engagés, les rivalités entre barons et autres querelles de clocher.

Le territoire, très homogène politiquement, réussit même le tour de force de se faire entendre de tous les pouvoirs, ou presque. Après avoir proposé un co-pilotage du projet urbain à Pierre Bérégovoy, premier ministre au tout début des années 90, la communauté de communes négociera l’arrivée du grand stade avec Édouard Balladur, également chef du gouvernement, ou, plus tard, un programme particulièrement massif de réhabilitation des quartiers avec Jean-Louis Borloo, alors ministre délégué à la ville et à la rénovation urbaine : 24 sites font peau neuve avec l’Anru 1 et 14 seront pris en charge par le nouveau programme de rénovation urbaine (NPRU). De 2005 à 2014, le tiers de la population des 9 communes a été concerné.

Autres interlocuteurs d’importance croissante, les chefs d’entreprise. Au tournant des années 70 et 80, beaucoup ont plié bagage, au rythme de la désindustrialisation de l’ensemble du pays. Les élus prennent alors leur bâton de pèlerin pour convaincre les entreprises de s’installer en Seine-Saint-Denis, très aidés dans leur argumentation, bien sûr, par le développement des transports en commun. Avec l’arrivée du grand stade, la communauté de communes a négocié la couverture de l’A1, le prolongement de la ligne 13 et de la ligne 12 du métro, les deux gares RER, les tramways… Évidemment, cela aide. Et quelques grands noms, peu à peu, redorent le blason dyonisien : BNP Paribas Securities Services, installée depuis 2009 dans les anciens grands moulins de Pantin, Generali, compagnie d’assurances accueillie sur le site du Landy à Saint-Denis, ou encore SFR ou la SNCF… « Dès que l’on apprend qu’une entreprise songe à déménager, nous allons la voir, nous présentons le territoire, expliquons nos atouts, et tout ce que nous ferons pour accueillir les salariés au mieux », souligne Patrick Braouezec.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le dernier numéro d’Objectif nouveau Grand Paris.

 

COMMENTAIRES