Paris fait de la place sur ses places

Paris fait de la place sur ses places

Les places de la Bastille, de la Nation, des Fêtes, Gambetta, d’Italie, de la Madeleine et du Panthéon, soit sept grandes places parisiennes, sont promises à la rénovation. Objectif : en finir avec les ronds-points routiers et rendre de l’espace aux piétons. Fin des travaux prévue en 2019.

L’affaire dure déjà depuis plus d’un an. Dès juin 2015, Anne Hidalgo, maire de Paris, avait lancé un appel aux Parisiens, leur proposant d’apporter leur contribution aux projets de rénovation de sept des plus grandes places parisiennes.

La démarche s’est voulue exemplaire, ou en tout cas approfondie, pour des sites majeurs souvent chargés de symboles et d’histoire. Des lieux que l’on ne touche évidemment qu’avec la plus grande prudence. Réunions publiques, marches exploratoires, appels à la participation sur internet se sont ainsi succédé au fil des mois, permettant aux Parisiens, tout au long de l’année, de donner leurs avis sur la base de nombreux documents mis en place pour les accompagner dans leur démarche.

Une prise de parole tout de même encadrée de quelques directives majeures, qui reprennent un leitmotiv déjà largement entendu par ailleurs : il s’agit d’orchestrer, sur les places parisiennes, la fin du tout-voiture que la Ville essaie d’organiser sur l’ensemble de la Capitale.

50 % de la place pour les piétons

Qu’il s’agisse de la Bastille, de la place des Fêtes, des places Gambetta, d’Italie, de la Madeleine, de la Nation ou du Panthéon, les nouveaux aménagements devront rendre de l’espace aux adeptes des « circulations douces », marcheurs, cyclistes ou patineurs.

Un objectif qui se traduit en chiffres précis : sur ces sept places où l’aire de circulation automobile sera limité à 12 mètres de large, c’est en moyenne 50 % de l’espace qu’il s’agit de gagner pour le rendre aux piétons. C’est tout simple : le but est certes de se déplacer, mais aussi, détaille Anne Hidalgo, « de s’arrêter, de flâner, de faire du sport, de se rencontrer et d’échanger… » Des activités modestes, certes, mais impossibles à mener à bien entre des flots de voitures vrombissantes.

Atout collatéral de ces évolutions : elles devraient aussi favoriser une meilleure qualité de l’air, lutter contre les pollutions visuelles et sonores, et réduire l’effet « îlot de chaleur » des espaces envahis par les voitures. Au bout du compte, et surtout diront certains, les nouveaux aménagements pourraient permettre de retrouver des monuments que les files incessantes de voitures rendaient inaccessibles. Pas si simple, aujourd’hui, d’aller admirer en paix Le triomphe de la République, ce groupe de bronze qui trône depuis 1899 au centre de la place de la Nation. Et s’aventurer jusqu’aux pieds du Génie de la Bastille requiert pour l’instant une audace quasi révolutionnaire… Le résultat de la rénovation promise se veut radical sur la plupart des sites concernés.

Des aménagements sobres et verts

La Bastille, justement. Les Parisiens et les visiteurs de la ville devraient désormais pouvoir s’aventurer jusqu’à son monument central sans risquer leur vie à chaque expédition : la circulation circulaire, caractéristique de cette immense place transformée en rond-point, sera purement et simplement supprimée au profit d’un axe majeur nord-sud qui devrait valoriser, affirme la maire, « une perspective sur le paysage ouvert du bassin de l’Arsenal ».

La place de la Nation, autre haut lieu historique que les voitures interdisent aux piétons en dehors des jours de manifestation, devrait être transformée en place-jardin. La place de la Madeleine, de taille certes plus modeste, se verra « désencombrée » d’un mobilier urbain disparate qui cache parfois aux regards l’église de la Madeleine. La place d’Italie, elle-même, qui n’est guère pour l’instant qu’un grand nœud routier, verra son terre-plein central agrandi et rendu plus accessible.

Le modèle ? La place de la République, « qui foisonne d’animations et est plébiscitée par toutes les générations et tous les publics », assure Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, en charge de l’urbanisme.

Reste une question posée par bon nombre d’élus, celle des moyens. Tandis que la rénovation de la seule place de la République avait coûté une vingtaine de millions d’euros, trente à quarante millions sont pour l’instant attribués à une opération qui concerne pourtant sept places. Même si Anne Hidalgo insiste sur la légèreté et la sobriété volontaires d’aménagements ayant pour objectif non pas de construire mais bien de libérer l’espace tout en le végétalisant, le budget paraît bien modeste, notamment aux élus de l’opposition…

Ci-dessus, la place d’Italie avant réaménagement, vue depuis la terrasse du centre commercial Italie2. Crédit Christophe Belin.

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