Paris La Défense à la recherche d’un souffle nouveau

Paris La Défense à la recherche d’un souffle nouveau

La Défense a attiré 1,8 milliard d’investissements privés en 2014. Mais le quartier doit être rénové en profondeur et ouvert sur son environnement : c

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La Défense a attiré 1,8 milliard d’investissements privés en 2014. Mais le quartier doit être rénové en profondeur et ouvert sur son environnement : c’est la mission du Projet stratégique et opérationnel présenté par l’Établissement public d’aménagement de la Défense (Epadesa) et par les communes. 

La Défense, côté pile : 115 milliards d’euros de PIB annuel, 160 000 salariés, 2 500 entreprises dont 70 % de sièges sociaux, 3,4 millions de mètres carrés de bureaux… Bref, encore et toujours le premier quartier d’affaires européen et une pépite qu’il faut à tout prix faire fructifier pour le plus grand bien de la Métropole à venir.

Et puis La Défense, côté face : 11 % de taux de vacance des bureaux, contre 7 % dans l’ensemble de l’Île-de-France, une concurrence sévère des quartiers moins prestigieux mais moins chers de Seine-Saint-Denis, des coûts de maintenance prohibitifs, des droits à construire qui ne suffisent plus à financer la remise en état des infrastructures par l’établissement public gestionnaire…

Les Parisiens, qui regardent toujours avec admiration leur « skyline » entre Arc de triomphe et Grande Arche, ne l’ont pas forcément bien compris. Mais en réalité, La Défense, qui avait trente ans d’avance, est aujourd’hui distancée. Pour les grandes firmes qui cherchent leur implantation sur la mappemonde, il y a désormais d’autres pôles d’attraction, à commencer par Manhattan, de l’autre côté de l’Atlantique, la City, côté anglais, ou encore, plus loin, Singapour…

Vue de près, La Défense a d’autres difficultés : isolée derrière des boulevards qui sont autant d’autoroutes – et de frontières ! –, elle n’a pas pris le tournant de la proximité et de la mobilité douce, nouveaux mots d’ordre des urbains du XXIe siècle. Ses tours vieillissent et sont terriblement gourmandes. La Défense n’a pas pris non plus le tournant de la désormais indispensable sobriété énergétique.

Or, ces nouvelles exigences ne relèvent pas d’un simple snobisme bien-pensant : avant tout, il s’agit de maintenir l’attractivité des lieux aux yeux des grands investisseurs du monde, ceux-là même qui sont de plus en plus efficacement courtisés par Londres, New York ou Singapour…

« Il est vrai », admet Hugues Parant, directeur général de l’Epadesa, établissement public gestionnaire du quartier, « que La Défense a eu des moments de doute… »

Et le gouvernement en a suffisamment pris la mesure pour demander à l’Epadesa de concocter un  Projet stratégique et opérationnel (POS) qui tranche vraiment avec le passé.

Le « grand carénage » sur les rails

C’est chose faite depuis juin 2015. Face à la presse parisienne convoquée dans l’un des salons les plus chics de la Tour Majunga, Patrick Jarry, maire « gauche citoyenne » de Nanterre et président de l’Epadesa, a expliqué sa volonté d’orchestrer « un véritable changement d’époque. « Jusqu’à présent, souligne-t-il, on ne parlait de La Défense que pour additionner les milliers de mètres carrés que l’on allait construire. Désormais, il s’agit de penser le devenir de ce grand secteur. »

Penser le devenir du quartier commence sur la dalle elle-même. Comme pour les centrales nucléaires, l’heure est au « grand carénage »…

Remise aux normes énergétiques, confort, embellissements : il y a beaucoup à faire pour rendre des tours vieillissantes à nouveau attractives. Aux élus et aux décideurs publics d’ « accompagner la rénovation », poursuit Patrick Jarry.

Même si, première difficulté, il faut commencer par convaincre les propriétaires privés de se lancer dans une modernisation qu’ils perçoivent dans un premier temps comme un coût… « Il faut que cette rénovation soit appréhendée comme un investissement, poursuit Patrick Jarry. Ce n’est qu’à cette condition que les propriétaires feront ces frais… »

Pour les convaincre, les communes entendent prendre leur part de l’effort à fournir en facilitant les accès au quartier et en offrant des services nouveaux dans les alentours immédiats de la dalle. « Il faut fluidifier les relations et favoriser la rencontre entre le quartier d’affaires et les villes de proximité », assure le maire de Nanterre.

C’est dans cette perspective que des axes nouveaux sont créés dans des quartiers de Nanterre qui avaient justement la chance de disposer de friches ferroviaires. Les Jardins de l’Arche, qui s’étendent sur 8 hectares entre la Grande Arche et les Terrasses de Nanterre, vont offrir aux cadres du quartier d’affaires aussi bien qu’aux Nanterriens une grande promenade en pente douce, véritable pôle d’animation autant que de liaison. Côté Puteaux, c’est la Rose de Cherbourg, dont l’achèvement est prévu en 2020, qui doit ouvrir le quartier d’affaires sur son environnement immédiat. Ici, c’est un anneau routier qui sera transformé en jardin suspendu dédié à la promenade et aux activités sportives…

Le quartier « de toutes les modernités »

Patrick Jarry attend beaucoup des futurs Jardins de l’Arche : « Lorsqu’on va les livrer, ainsi que l’Arena, grand pôle sportif et culturel, cela va tout changer. Nanterre va venir coloniser La Défense et vice versa. C’est un moment tout à fait nouveau dans l’histoire de ce lieu qui, autrefois forteresse close, va devenir un pôle rayonnant… »

De quoi, peut-être, rompre enfin avec des fractures aujourd’hui  considérées comme infranchissables par les Parisiens comme par les touristes : quoi qu’en dise l’Epadesa, rares sont pour l’instant les Parisiens qui décident d’aller passer leurs soirées sur la dalle tandis que les touristes persistent à préférer le Paris du Grand Siècle à celui du XXe…

Les nouvelles zones de développement de Nanterre, véritables extensions de La Défense, ainsi que la rénovation de certaines tours vieillissantes sur la dalle elle-même doivent aussi susciter l’installation de davantage de PME.

Autre axe de renouveau, le logement. L’Opération d’intérêt national (OIN) crée déjà 450 logements par an depuis dix ans dans le quartier. Le mouvement, affirment ses responsables, doit se perpétuer et même se renforcer. Là aussi, il s’agit de faire le lien avec les zones environnantes : sur les Groues, quartier nanterrien en mutation, 5 000 logements nouveaux doivent être réalisés. Le développement n’ira pas, désormais, sans la solidarité.

Enfin, il faudra « faire des abords de La Défense le quartier de toutes les modernités » : Nanterre, qui accueille déjà quelque 40 000 étudiants entre université et grandes écoles, entend offrir aux investisseurs de La Défense les services les plus aboutis en matière de centres de recherche et de développement et de pépinières pour l’éclosion des start-up. C’est la « révolution qualitative », s’enthousiasme Patrick Jarry…

Ces efforts tous azimuts donneront-ils à La Défense le souffle nouveau qu’elle recherche ? Surtout, cela se traduira-t-il par un renforcement de l’investissement et, à terme, de l’emploi, sur le quartier lui-même et à proximité ? Réponse… dans quelques années.

Crédit Photo : Willy Labre CG 92

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