« Nous n’avons rien de commun avec les autres villes de la Boucle Nord ! »

« Nous n’avons rien de commun avec les autres villes de la Boucle Nord ! »

A la tête de Clichy-la-Garenne depuis 2015, Rémi Muzeau souhaite être un maire-bâtisseur : 2 600 logements pourraient être construits d’ici 2020 aux m

Fragile et complexe, mais… prête !
La Métropole se dévoile dans un film
“Nos points forts peuvent poser des problèmes”

A la tête de Clichy-la-Garenne depuis 2015, Rémi Muzeau souhaite être un maire-bâtisseur : 2 600 logements pourraient être construits d’ici 2020 aux marges de la ville. L’arrivée prochaine de la Cité judiciaire est tombée à point nommé pour ce maire qui voit sa ville comme un arrondissement parisien.

Clichy-la-Garenne a été dirigée pendant 30 ans par un maire socialiste. Entendez-vous trancher avec le passé ?

La réussite d’un projet urbain ne dépend pas d’un parti politique. Je connaissais les atouts de Clichy-la-Garenne bien avant de devenir maire. Le projet de la Cité judiciaire, qui accueillera 12 000 salariés et 9 000 visiteurs par jour, est l’occasion d’insuffler un dynamisme économique et résidentiel nouveau. La Cité judiciaire se trouvera sur le territoire de la Capitale, mais la majorité des flux proviendront de Clichy-la-Garenne via la station « Porte de Clichy » de la ligne 14 prolongée. Des cabinets d’avocats s’installent déjà, d’autres entreprises attendent les immeubles de bureaux qui vont sortir de terre… Des magistrats achètent les appartements en cours de réalisation.

Près de 2 600 logements pourraient voir le jour d’ici 2020. Vous espérez l’arrivée d’une population nouvelle ?

Nous souhaitons avant tout que nos habitants aient un logement qui leur appartienne. Environ 26 % seulement des Clichois sont propriétaires. Avant, le Plan local d’urbanisme obligeait à développer uniquement du logement social en centre-ville. Résultat : la ville n’intéressait plus les promoteurs. Aujourd’hui, nous profitons du foncier qu’il nous reste pour répondre aux besoins de la population en faisant construire des appartements familiaux. Dans les prochaines années, la ville comptera 6 000 habitants en plus, parmi lesquels, je l’espère, des Parisiens attirés par des prix de l’immobilier plus accessibles.

Quelles sont vos solutions pour venir à bout du sentiment d’insécurité qui inquiète les habitants de certains quartiers ?

Mon objectif est de sécuriser toute la ville. Nous sommes passés de 18 agents de police municipale armés à une quarantaine. Ils sont sur le terrain de jour comme de nuit, 24 heures sur 24. Grâce à ce déploiement et au réseau de vidéosurveillance, l’insécurité est en baisse. Dans le passé, une partie des équipes de L’Oréal a quitté la ville à cause de cela. Près de 80 % du personnel est féminin et, malheureusement, une partie a été découragée par les actes de délinquance. Cela ne doit plus se reproduire. Le mouvement contraire est amorcé.

Comment préserver la jeunesse de ces difficultés ?

J’encourage l’apprentissage car c’est l’avenir. On peut sauver notre pays du chômage grâce aux Centres de formation d’apprentis (CFA). Il y a quelques semaines, j’ai visité le CFA Ducretet, dédié aux métiers de l’électronique. Il accueille des élèves provenant de diverses villes sauf de Clichy-la-Garenne. Je ne suis pas certain que les familles clichoises en connaissent même l’existence. Je me battrai pour que les Clichois s’intéressent davantage à cette filière car les débouchés sont nombreux.

Certaines grandes entreprises comme BIC sont présentes dans la ville depuis plusieurs décennies. Comment en attirer de nouvelles ?

Nous développons plus de 30 000 mètres carrés de bureaux à proximité de la Cité judiciaire. L’idée est d’accueillir toutes ces entreprises qui reviennent en première couronne, attirées par les loyers moins élevés que dans l’hypercentre parisien et par les nouvelles gares en cours de création. C’est maintenant qu’il faut les fidéliser ! Nous voyons régulièrement les entreprises déjà présentes et leur permettons d’organiser des événements dans des lieux prestigieux comme Le Pavillon Vendôme ou encore les salons de l’Hôtel de Ville. Les démarches administratives sont également facilitées et les salariés ont un accès privilégié aux équipements sportifs et culturels de la ville.

Les finances de la commune vous permettent donc d’offrir ce soutien aux entreprises ?

C’est avant tout une attitude dans le relationnel que nous entretenons naturellement avec les entreprises que nous comprenons. En ce qui concerne les finances de la commune, Clichy donne 3 millions d’euros par an au titre de la péréquation et nous ignorons la destination de ces fonds alors que nos dotations ont baissé de 2 millions d’euros. C’est le montant du budget des sports ! Pour compenser, nous misons sur un réajustement raisonnable de la taxe d’habitation des ménages les plus confortables tout en épargnant les plus modestes. Pour faire des économies, nous regroupons également certains services en mairie et nous cédons des terrains que la ville avait achetés, sous l’ancienne municipalité, sans projets définis.

Autre levier innovant, j’ai récemment lancé un fonds de dotation territorial, Clichy Mécénat, avec le soutien des entreprises leaders de leur secteur et historiquement implantées à Clichy, comme Bic et L’Oréal. Grâce au soutien des entreprises clichoises, qui pourront pas ailleurs disposer de déduction fiscale au titre du mécénat, nous espérons maintenir et développer des actions en faveur de la réussite éducative, du sport et de la culture.

La Métropole du Grand Paris a-t-elle un rôle à jouer dans l’attractivité d’une ville comme la vôtre ?

La Région aurait dû être la Métropole du Grand Paris. Là, nous sommes la seule métropole à être englobée dans une région ! On ajoute un échelon supplémentaire alors qu’il y en a un qui fonctionne très bien et qu’on tente de supprimer : le département. Nous avons près de 2 700 personnes bénéficiant du Revenu de solidarité active à Clichy-la-Garenne, le record du département. Pourtant, le Conseil départemental parvient à gérer la situation. Le dynamisme économique est toujours au rendez-vous car, contrairement à d’autres départements, les Hauts-de-Seine ont misé sur le libéralisme. On ne peut pas faire de social si l’on n’a pas d’argent ! Il faut d’abord faire rentrer l’argent pour le redistribuer.

Quel rôle jouer dans la « Boucle Nord de Seine », l’Etablissement public territorial auquel vous appartenez ?

Nous nous considérons davantage comme un arrondissement parisien. Clichy-la-Garenne a très peu de points communs avec les autres communes de la Boucle Nord de Seine (T5). Je regrette qu’on nous ait obligés à nous marier… Mais la Métropole n’a pas que des aspects négatifs. Le concours Inventons la Métropole du Grand Paris l’a enfin rendue concrète. Notre projet de réhabilitation de la Maison du peuple a été retenu, ce qui est une très bonne chose car la ville n’aurait pas pu mobiliser des millions d’euros pour la remettre à neuf. Nous restons très ouverts aux propositions des groupements d’architectes et de promoteurs qui vont se constituer : une galerie commerçante ou encore un musée d’art moderne nous conviendraient tout autant.

 

Crédit photo : mairie de Clichy-la-Garenne.

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