Keolis dans les starting-blocks pour exploiter le nouveau métro

Keolis dans les starting-blocks pour exploiter le nouveau métro

Groupe français de transports publics, Keolis fait partie des leaders mondiaux de l’exploitation de métros automatiques. Si l’entreprise attend avec impatience les appels d’offres du Grand Paris Express, elle espère aussi tirer son épingle du jeu grâce à son observatoire de la mobilité digitale. Objectif : apporter aux usagers des services numériques nouveaux.

Ce n’est un secret pour personne : le groupe Keolis, filiale de la SNCF, ambitionne depuis longtemps de devenir l’exploitant du Grand Paris Express. Son expérience du métro automatique pourrait s’avérer un point fort. Keolis a en effet inauguré le premier réseau mondial en 1983 à Lille. Son dernier gros contrat date de mai 2016, avec lequel il exploitera la première ligne de métro automatique de Shanghai.

Mais le groupe, qui transporte 3 milliards de voyageurs dans 16 pays, porte un autre projet. Celui de créer des services à destination des usagers du futur métro du Grand Paris. Pour cela, l’entreprise s’appuie sur Keoscopie, un observatoire qui étudie les comportements des usagers durant leur trajet. « Keoscopie est une flèche supplémentaire à notre arc. Il nous permet de développer des solutions au plus près des besoins des voyageurs », explique Éric Chareyron, directeur prospective de Keolis. Sans surprise, le numérique est la pièce maîtresse de ces futures innovations.

Des itinéraires spécifiques pour personnes fragiles

Si Keolis travaille déjà sur des applications pour smartphone qui pourraient aider les usagers à se repérer dans le nouveau métro, elle mise aussi beaucoup sur les « espaces bavards ». Cette expression désigne les mobiliers urbains connectés capables d’interagir avec le public en distribuant de l’information. Mais il ne s’agira pas seulement d’indiquer un itinéraire, ce mobilier devra être plus intuitif et proposer différents degrés d’assistance. « Les usagers se repèrent bien plus à partir des enseignes qu’à partir des noms des rues dans les vastes zones périphériques », poursuit Éric Chareyron, qui entend même aller jusqu’à proposer aux voyageurs les plus fragiles (personnes âgées, handicapées, femmes enceintes, etc.) un itinéraire spécifique suivant les heures de la journée. Il pourrait s’agir par exemple d’emprunter les chemins les plus fréquentés de nuit ou des trajets comportant uniquement des escalators.

Mais toutes ces belles idées ne sortent pas uniquement de la matière grise des équipes Keolis. « Nous nous associons avec des start-up du monde entier pour nous aider à identifier les tendances et les innovations. C’est le cas avec Moovit qui est née à Tel Aviv, Masabi sur le réseau de Boston, Via à New York ou Navya à Lyon », avance Laurent Kocher, directeur marketing, innovation et services de Keolis. L’entreprise pense déjà s’inspirer de Butterfly, une application qui permet aux personnes ayant des difficultés à s’orienter dans l’espace de suivre la direction prise par des papillons virtuels sur leur smartphone !

L’étalement horaire plébiscité

Autre solution numérique à développer dans le cadre du Grand Paris Express : la possibilité de voir instantanément son parcours réadapté en cas de perturbation du trafic. D’où l’importance d’interconnexions efficaces. « La correspondance peut être vécue comme une rupture de la fluidité du parcours et peut se révéler très dissuasive. L’environnement des lieux d’échanges, la signalétique appropriée, la sécurisation des lieux et l’harmonisation des horaires sont autant d’éléments pour assurer un ‘parcours sans couture », estime Éric Chareyron.

La liste des innovations digitales en cours de développement est longue. Mais, chez Keolis, on reste prudent. Difficile en effet de savoir à quoi ressembleront les téléphones portables en 2022 (année de mise en service de la ligne 15 du Grand Paris Express) ni même leurs fonctionnalités. Alors l’entreprise mise aussi sur le volontarisme des chefs d’entreprise prêts à faire commencer leurs salariés 15, 30, voire 45 minutes plus tôt ou plus tard pour fluidifier le trafic aux heures de pointe. Cette expérience de l’étalement horaire, Keolis l’a tentée pour la première fois en 2012, à Rennes. Et elle perdure encore aujourd’hui. « L’université a accepté de décaler de 15 minutes les emplois du temps d’une partie des étudiants. Résultat, la collectivité n’a pas été obligée de racheter des rames supplémentaires », déclare Youenn Dupuis, directeur général adjoint Île-de-France de Keolis. Pour inciter les grandes entreprises à adapter leurs horaires, Keolis va même jusqu’à proposer qu’une réduction soit accordée sur leur cotisation au système de transports.

En attendant que l’étalement horaire arrive jusqu’en Île-de-France, les équipes du groupe de transport public sont dans les starting-blocks, tous les regards tournés vers la Société du Grand Paris, maître d’ouvrage du nouveau métro. Selon Youenn Dupuis : « Les infrastructures qui vont supporter toutes les données doivent permettre de disposer du haut débit, notamment en souterrain », conclut-il. Ce métro, qui se veut le plus digital au monde, semble moins attendu comme le Messie par les Franciliens que par les grandes entreprises qui espèrent participer à sa construction. Keolis prévoit d’ailleurs d’augmenter les moyens humains et financiers au sein de son observatoire Keoscopie pour mettre toutes les chances de son côté.

Ci-dessus, métro automatique Keolis circulant en Grande-Bretagne. Crédit : Keolis.

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