Jeu de cartes

Jeu de cartes

Elles sont peintes à la bombe de couleur vive, les cartes de Simon Pradinas : rassemblées dans Street Paris, un guide touristique pas tout à fait comme les autres, elles y révèlent au fil des rues les coups de cœur de l’artiste pour Paris et ses alentours. Entre peinture et street art, rencontre avec un flâneur épris de ruelles cachées et de belles histoires.

Le Grand Paris en un souvenir ?

Ma mère, lorsqu’elle m’emmène au jardin des Plantes. J’ai passé mon enfance à Paris, mais je me souviens de ce moment : j’avais cinq ans, je sortais de la grande galerie de l’Évolution, j’en avais plein la tête, des visions de dinosaures… Ce qui m’a aussi beaucoup marqué, c’est que lorsque j’étais au collège, j’avais une amie qui habitait près de la porte de Saint-Cloud et qui n’avait jamais vu Montmartre : à la fin du XXe siècle, il y avait une autre vision de la ville alors que, maintenant, on passe la Seine sans même y penser !

Un coup de cœur ?

Paris, c’est comme un continent : personne ne possède une vision globale de la ville. Il y a beaucoup d’univers imbriqués, cachés, qu’on ne peut imaginer à un mètre. Pour moi, Paris se prête vraiment à ça, c’est une ville dont il est impossible de faire le tour: lorsqu’on se promène. Même dans un quartier que l’on connaît très bien, il y a forcément un jour où – alors que l’on est invité à deux rues de là –, l’on découvre une vue incroyable. Ce qui me fascine dans cette ville, c’est aussi le devenir des lieux, la plupart des sites qui font aujourd’hui la renommée de Paris étaient autrefois des endroits très très pourris, il faut le dire : les Champs-Élysées, un cloaque, Montparnasse, un tas d’ordures, que les étudiants avaient surnommé ainsi pour rigoler, même chose pour les quatre grands parcs du Paris d’Haussmann, par exemple, les Buttes Chaumont, qui étaient des anciennes carrières abandonnées où se cachaient les truands… Tout cela fait réfléchir sur la façon dont évolue une ville, et dont évoluera le Grand Paris.

Un coup de gueule ?

La peur que la qualité de l’eau, de l’air, ne se dégrade. Socialement aussi… que l’on vive dans une société avec des différences sociales si marquées que les gens ne puissent plus cohabiter, dans un Grand Paris à deux vitesses. Lorsque ma grand-mère me racontait son immeuble, on se serait cru dans celui de La Vie mode d’emploi de Georges Perec, classe aisée au premier, classe moyenne au 3e, pauvres et artistes au dernier. Mais les gens habitaient le même immeuble, ils se disaient tous bonjour. Aujourd’hui, il y a une grande arrogance, dans certains quartiers.

Un jardin secret ?

J’en découvre tout le temps, ça peut être un raccourci, un passage. Pour moi, un jardin secret, c’est un endroit que l’on découvre en décalage avec ses habitudes : hier, je suis allée aux Puces de Saint-Ouen, alors que le marché n’était pas ouvert. Il y a des gens qui y habitent, c’est un quartier, paisible, mais qui n’est visible que quatre jours par semaine.

Un rêve ?

Pourquoi ne pas appeler le Grand Paris « Paris », tout simplement ? Montmartre, autrefois, était une commune, tout comme Belleville ou Ménilmontant qui ont été annexées à l’époque de Napoléon III et ont gardé leur ambiance, leurs particularités : si on appelait tout cela « Paris », si quelqu’un qui habite à Aulnay-sous-Bois pouvait tout simplement dire « je suis Parisien », cela serait peut-être plus simple.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le 19ème numéro d’Objectif nouveau Grand Paris.

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