Le Grand Paris, une smart city ? Entretien avec Sarah Emmerich

Le Grand Paris, une smart city ? Entretien avec Sarah Emmerich

La smart city ou ville intelligente est indéniablement le sujet du moment. Chaque semaine amène son lot de conférences et de tribunes afin de débattre

Le Grand Paris de la romancière Laurence Cossé
‘C’est d’abord à nous, urbanistes, d’écouter’
Troisième série de relocalisations pour l’Agence de développement du Val-de-Marne

La smart city ou ville intelligente est indéniablement le sujet du moment. Chaque semaine amène son lot de conférences et de tribunes afin de débattre des enjeux de la ville en devenir. Le 8 octobre dernier, Objectif Grand Paris a organisé une rencontre sur cette thématique lors du salon Smart City/Smart Grids. Sarah Emmerich, auteur de La smart city en 10 questions (Editions Territorial) comptait parmi les intervenants.

Propos recueillis par Laetitia Sellam

De quelle ville parle t-on quand on évoque la smart city ?

La smart city est un terme qui a au départ été généralisé par les grands opérateurs du numérique comme Cisco ou IBM et son département « smarter city », avec une approche toute technologique qui avait néanmoins le mérite d’être transversale.
Croiser les données d’une diversité de secteurs – les réseaux de chaleur, d’eau, les autoroutes urbaines etc.-, promet en effet de fluidifier l’ensemble des services urbains. Mais cette vision de la « ville monitorée » contient dans le même temps son écueil : une ville n’est pas uniquement un système intégré c’est surtout un système complexe ! Et puis, personnellement, je me méfie de l’intelligence autoproclamée. D’autant qu’avec l’apparition de nouveaux entrants sur le marché, la ville intelligente ou smart city prend un tour de plus en plus « serviciel », avec le risque de devenir une ville de résidents-abonnés qui payeraient des services.

Dernièrement, des expressions plus diverses sont apparues comme celle de « ville agile » ou « ville connectée ». La participation et l’inventivité citoyenne donnent aussi lieu à l’appellation de la ville plateforme (A city as a platform) où les résidents « pluggeraient » des services et des projets.

S’interroger sur la ville intelligente de demain revient donc se poser des questions sur le rôle de la ville d’une manière plus générale.

On ne peut s’abstraire de la vision politique. C’est le politique qui fixe les règles du jeu et les enjeux de l’espace public. Choisit-on une logique de services marchands ou de services gratuits ? Choisit-on de faire coexister des intérêts complexes et différents ? Ces questions se posent avec acuité.

Comment voyez-vous le devenir « intelligent » de Paris et du Grand Paris ?

Paris est déjà hyper connectée et la vitalité de son écosystème de start up l’inscrit en très bonne place dans la compétition mondiale. Par sa créativité et son histoire, je dirais que Paris est déjà une ville intelligente.
Quant au Grand Paris, la fragmentation administrative rend complexe l’unité territoriale qui se construit aussi technologiquement. Si les collectivités ne pensent pas ensemble un socle commun de bonnes pratiques, cela risque de sérieusement handicaper l’interopérabilité des services… Mais je note d’autres signaux, très positifs, comme le rôle que va occuper le futur Grand Paris Express dont le très haut débit va irriguer l’ensemble du territoire.
De même qu’il s’agit d’interroger l’expression de smart city et toutes les promesses qu’elle véhicule, il convient de définir ce que l’on entend par Grand Paris…

COMMENTAIRES