Quand le Grand Paris Express marche sur des os !

Quand le Grand Paris Express marche sur des os !

Entre septembre et fin novembre 2016, des archéologues se sont emparés du chantier de la future gare de Vitry-sur-Seine, qui accueillera la ligne 15 d

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Entre septembre et fin novembre 2016, des archéologues se sont emparés du chantier de la future gare de Vitry-sur-Seine, qui accueillera la ligne 15 du Grand Paris Express. La découverte d’ossements, à plus d’un mètre de profondeur, a entraîné la suspension des travaux. Les scientifiques de l’Institut national de recherches archéologiques préventives sont à l’œuvre !

Vitry-sur-Seine, jeudi 20 octobre, 11h. Sous un soleil automnal, une dizaine d’archéologues et d’anthropologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), pinceau en main, s’activent au sol. Genoux à terre, ils défrichent soigneusement onze tombes de tailles différentes, creusées à des profondeurs variées. À l’intérieur, des squelettes. Les mieux conservés présentent des ossements parfaitement distincts mais ce n’est pas le cas de tous : certains affichent des os éparpillés, rendant plus difficile le travail des spécialistes.

Ici, sur ce terrain situé en pleine zone urbaine, derrière le parc communal du Coteau, rien ne laissait présager la présence d’un cimetière sous les décombres d’une ancienne maison bourgeoise, détruite pour faire place à la ligne 15 du métro. Pourtant, pour l’anthropologue Philippe Viard, rien d’exceptionnel à cela : « Il y a une cinquantaine d’années, c’était la campagne ici ! De plus, la mémoire des lieux se perd vite, les cimetières pouvaient rapidement devenir des friches », explique-t-il, face au squelette qu’il prend soin de dégager.

Des sarcophages réutilisés

Cependant, bien qu’oubliés depuis des siècles, ces « premiers habitants de Vitry » ont déjà pu livrer quelques secrets. Les sépultures construites en tuile dateraient du 4e IVe siècle de notre ère, celles en pierre du Ve et, enfin, les cavités dans lesquelles des bandes de linceul ont été retrouvées remonteraient au VIIIe siècle. Mais, comme l’explique Sébastien Poignant, responsable scientifique à l’Inrap, rien n’est figé : « Dans le temps, lorsqu’on se souvenait de l’emplacement d’un sarcophage, ce dernier pouvait être réutilisé plusieurs siècles après. Ce qui explique la présence de multiples os dans une même tombe. » Autre cas de figure : les tombes et leurs occupants ont pu être détériorés au cours des siècles par les pelles cherchant à faire de la place aux nouvelles dépouilles, mêlant ainsi les ossements.

Mais, pour aller au-delà des hypothèses, il faudra patienter deux ans. À la fin de leur mission, les scientifiques de l’Inrap enverront toutes les pièces trouvées à différents laboratoires. Une fois rédigé, le rapport pourra nous en dire plus sur les conditions de vie de ces anciens habitants et sur leur métier. Qu’adviendra-t-il des pièces excavées ? « Elles appartiendront à l’État. Elles finiront sans doute dans des musées », estime Sébastien Poignant.

Fin octobre 2016, figurait parmi les seuls objets trouvés un robinet datant du XVIIe siècle installé dans la maison bourgeoise qui, selon la Société du Grand Paris (SGP), disposait d’un « judicieux système de distribution d’eau ». Le chapiteau d’une église du XIIIe siècle pourrait également s’ajouter à la collection.

Vitry, première d’une longue série de fouilles ?

Si Vitry-sur-Seine est la deuxième opération menée par l’Inrap pour le compte de la SGP (un contrat de 12 ans les lie), c’est son premier chantier fructueux. Ici, le budget de l’opération s’est élevé à 800 000 euros, dont une grande partie servira à financer les études. Bien que les fouilles ne soient pas systématiques, Vitry-sur-Seine pourrait être le début d’une longue série de trouvailles pour l’Institut, avec 68 nouvelles gares prévues. « Heureusement que les technologies évoluent. Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de faire des relevés manuels car les vestiges sont enregistrés en 3D. Nous gagnons du temps ! », conclut Sébastien Poignant.

 Crédit : Denis Gliksman, Inrap.

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