Clichy-la-Garenne : revanche sur la ville

Clichy-la-Garenne : revanche sur la ville

Un urbanisme en otage. C’est ainsi que l’on pourrait décrire le développement de la ville de Clichy-la-Garenne durant ces cent dernières années. En cause, les implantations successives d’équipements de la ville de Paris et des industries rejetées par la Capitale. Aujourd’hui, Clichy-la-Garenne semble tenir sa revanche : le futur Tribunal de grande instance et le prolongement de la ligne 14 du métro sont l’occasion de réparer le territoire et d’augmenter son attractivité.

Nombre de communes limitrophes de Paris n’ont pas été maîtresses de leur urbanisme. De grands services urbains parisiens, repoussés par la Capitale car trop gênants pour sa population, ont ainsi échoué au-delà du périphérique. À Boulogne, ce fut une déchetterie et un héliport, à Pantin un cimetière de 107 hectares. Clichy-la-Garenne n’a pas dérogé à la règle : elle a notamment reçu une usine de traitement des eaux usées et une fourrière.

Les traces de cet urbanisme contraint sont encore visibles. Le centre historique, très dense, se compose essentiellement d’immeubles anciens. Pour certains, « un fonds de 1,4 million d’euros dont 600 000 de subventions à destination des propriétaires privés » sera débloqué pour les cinq prochaines années, d’après la municipalité. A contrario, une partie des extrémités de la ville affichent de grands terrains, parfois en cours d’abandon, parfois friches de plusieurs années, laissées par les entreprises industrielles disparues.

Autre victime des décisions parisiennes : les abords du périphérique. Côté Clichy-la-Garenne, les lieux découragent toute promenade : sombres, bruyants, insécures… Des adjectifs qui pourraient aussi bien s’appliquer aux quais de Seine qui ont longtemps tournés le dos à la ville et à ses habitants. Ici, c’est le Conseil départemental des Hauts-de-Seine qui a pris l’affaire en main. Leur réaménagement est prévu pour fin 2019.

Des équipements valorisants

Ce tableau peu glorieux pourrait cependant changer. La chance semble avoir tourné…

Premier équipement à s’imposer dans l’horizon clichois : le futur Tribunal de grande instance de Paris, attendu pour 2017. Bien que situé administrativement dans la Capitale, sa position en limite du périphérique lui confère un accès très facile depuis Clichy-la-Garenne. Une aubaine pour le nouveau maire, Rémi Muzeau, qui voit là l’opportunité de laisser une empreinte durable dans la commune. L’élu, qui se considère comme « bâtisseur », fait construire, à proximité immédiate du Tribunal, des immeubles de bureaux mais aussi plus de 500 logements pour les salariés désireux de vivre à proximité de leur nouveau lieu de travail.

Même volonté de renouveau du côté des espaces publics longeant le périphérique : ils devraient être complètement réaménagés et faire plus de place aux piétons. Les commerces aussi devraient changer de look et de destination, la municipalité souhaitant se doter davantage d’enseignes qualitatives.

Un boulevard urbain côté Saint-Ouen

À plus long terme, d’autres perspectives sont espérées par la mairie grâce à l’arrivée de la ligne 14 du métro prolongée, dont une station, « Clichy-Saint-Ouen », se situera à l’est de la commune d’ici 2019. Si l’objectif du nouveau parcours est de désengorger la ligne 13, il permettra aussi aux quartiers situés en limite des Docks de Saint-Ouen de faire peau neuve. Ici, 400 logements ainsi qu’un pôle d’activités économiques devraient voir le jour. La ville a désigné le groupement conduit par l’agence d’architecture et d’urbanisme Bécard Map, qui devrait démarrer le projet en 2018 aux côtés des aménageurs Séquano Aménagement et Citallios.

L’occasion également pour Clichy-la-Garenne et Saint-Ouen de se doter d’un boulevard urbain pour diminuer leurs embouteillages. Des mutations rendues possibles par la présence d’anciens terrains industriels : ici, ceux de Total et d’une fourrière de la ville de Paris.

Et les exemples de friches ne manquent pas aux extrémités de la ville, ouvrant de nouvelles perspectives. Ainsi, d’autres secteurs attendent leur transformation, notamment dans les quartiers d’habitat social situés côté Seine. D’après la municipalité, « une nouvelle programmation, axée sur la mixité, sera mise en œuvre notamment sur les terrains de l’État, anciennement occupés par l’Institut des langues et des civilisations orientales ». De nouveaux commerces et des bureaux seront construits dès 2018. Les barres Hlm se verront également réhabilitées et les espaces publics prolongés jusqu’au centre-ville pour désenclaver le secteur.

2 600 nouveaux logements

Des travaux qui permettront peut-être d’améliorer le quotidien des habitants souvent impuissants face à la délinquance. Pour y faire face, Rémi Muzeau n’y va pas par quatre chemins : réseau de vidéosurveillance et augmentation du nombre de policiers municipaux armés. L’avenir dira si le cocktail urbanisme-sécurité s’avère payant…

Au total, le renouveau espéré par la ville devrait s’appuyer sur la construction de 2 600 nouveaux logements d’ici 2020, soit 3 000 habitants supplémentaires. Un chiffre qui pourrait être revu à la hausse : les promoteurs ont l’obligation de développer des logements familiaux. Actuellement, 50 % des logements de la ville sont des studios et des deux pièces, le plus souvent loués par leurs habitants. L’objectif de la municipalité : augmenter le taux de propriétaires occupants, qui s’élève aujourd’hui à 28 %.

La ville fait également les yeux doux aux sièges sociaux et espère allonger sa liste (qui comprend déjà des noms comme L’Oréal, Bic, Etam ou encore Amazon) à grand renfort d’incitations fiscales. Tribunal de grande instance et ligne 14 du métro, ticket gagnant pour Clichy-la-Garenne ? Au vu des premières grues qui s’activent dans la ville, ça l’est au moins pour les entreprises du BTP.

Crédit : Clichy-la-Garenne

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